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Samedi 17 juin 2006

  Il y a un an je m’étais fait rétamer la gueule dans un combat sans merci contre le Puy de Dôme. Le défi : partir du centre ville de Clermont-Ferrand pour aller jusqu’au sommet du Puy-de-Dôme 14km plus loin et surtout 1km de dénivelé plus haut. Pour aider à la tâche, ce jour avait été LE plus chaud de l’année. L’atmosphère était étouffante, il n’y avait pas le moindre air, sans compter que je n’étais quasiment pas entraîné. Les quatre premiers kilomètres dans la ville ont été particulièrement atroces car la pente était raide et sans aucune source d’ombre. Et lorsque j’étais arrivé à la première étape de ravitaillement à l’orée des bois, je me suis à marcher comme beaucoup d’autres mais cela a été l’erreur fatale car j’ai eut énormément de mal à repartir. Finalement le dos d’occasion qu’on m’a refourgué à la naissance s’est mis à déconner et j’ai été assez pitoyable. J’ai mis près de deux heures, j’ai été dans les quelques derniers, et en lisant le journal du lendemain qui affichait les résultats des 350 premiers arrivés je n’ai même pas vu mon nom. Donc grosse défaite et grosse frustration.

  Depuis je me suis juré de prendre ma revanche. J’ai récemment très souvent parcourut les 4 premiers kilomètres en ville de cette course afin de trouver mon rythme, je me suis forcé à aller courir à 14h de l’après-midi par plus de 30° histoire d’être habitué au cas où le temps refasse le même coup cette année. Je suis donc aussi prêt que ce que je pouvais l’être pour cette année.

  Il est actuellement 12h47 alors que j’écris ces lignes. Le départ de la course sera donné à 17h. Qu’en sera-t-il donc cette année ? En tout cas le soleil est moins plombant que l’année dernière, il y a pas mal de nuages et un peu de vent. C’est toujours ça de gagné. La réponse est pour dans quelques heures pour moi et pour vous dans quelques secondes, puisqu’à l’heure où vous lisez ces lignes j’ai d’ores et déjà fini la course… J’aime cette dissymétrie temporelle !

  15h. Plus un seul nuage dans le ciel. Putain il va faire chaud ! Mais juste avant le départ de la course le ciel est entièrement gris et se teinte de plus en plus vers le noir… Mais bon ce qui compte c’est la course, quel que soit les conditions.

  Comme je suis un grand malade je me suis écrit ISHI en japonais sur la main, ce qui veut dire Volonté. Sorte de pense bête à regarder dès que la motivation baisse pour se relancer. Bonne idée mais dans mon enthousiasme j’ai pris le premier feutre venu pour m’écrire sur la main, et il s’agissait évidemment d’un feutre indélébile, et après la course j’ai eut beau laver, curer, poncer, gratter au cutter, il est resté flambant neuf… Sans commentaires. Mais nous n’en sommes pas encore là.

  Le départ est donné. Une grande impulsion généralisée plus tard on est tous en train de courir. Cette fois pas de précipitation. L’année dernière j’avais tout donné dès le départ et il ne m’était rien resté au bout de quelques kilomètres. Je cours donc à rythme moyen sans m’offusquer de me faire largement dépasser. Je me dis que je les pourrirais bientôt. Quand la pente se fait plus abrupt le rythme général décroit et j’en profite pour accélérer car j’ai parcouru cette partie tant de fois que j’y suis très à l’aise. Puis vient la vraie grimpette avec une pente aussi raide qu’une bonne sœur, mais cette fois ça passe bien.

  Arrive le premier point de ravitaillement qui avait sonné ma défaite l’année dernière. J’arrache un verre d’eau sur la table sans m’arrêter, en bois une gorgée, balance le verre et je cours. Je cours, cours, cours sans m’arrêter et dépasse tous ceux qui se sont mis à marcher comme je l’avais fait l’an passé. En course les 15-20 premières sont souvent décisives. C’est là où la machine se lance une fois rodée ou elle cale. Une fois ce dur passage assumé sans m’arrêter, le corps s’est mis en mode automatique et c’est très agréable de courir, presque jouissif.

  Il s’est mis à pleuvoir. Gentiment tout d’abord puis de plus en plus fort mais je crois que personne n’y fait vraiment attention. Au bout de dix kilomètres alternant faux plat, pente douce et pente abrupte nous voici au pied du Puy de Dôme sous une pluie battante. Le plus dur reste à faire car les 4 derniers kilomètres sont de la pur montée à 12% sans aucun repos. Au fur et à mesure que je grimpe la pluie devient torrentielle, les éclairs zèbrent le ciel. Puis il se met à grêler, de façon ridicule tout d’abord puis à gros grêlons. On s’en prend plein la gueule, on est cent fois trempé jusqu’aux os, nos chaussures ne sont plus que des serpillères alourdies par le pois de l’eau. Mais je ne m’arrête pas. Mon défi d’aujourd’hui n’est pas un temps particulier. Seulement de ne pas m’arrêter une seule fois de courir tant que je ne suis pas en haut. Et étrangement, sous cette grêle battante et sur cette pente qui me brûle les mollets à chaque pas, je me sens extraordinairement bien et vivant. Car malgré tout je continue à courir.

  La grêle s’arrête deux kilomètres avant l’arrivée pour laisser place à de la pluie fine, et c’est là que mon lecteur MP3 rend l’âme pour en avoir pris plein la gueule durant une heure. Et sans musique pour me distraire, mes jambes pas suffisamment entraînés pour ce type d’effort me rappellent à l’ordre et elles me semblent incroyablement lourdes. Mon rythme s’affaisse mais je ne marche pas. Je cours à un rythme pitoyable mais je cours, et je parviens même à faire une poussée dans la dernière ligne droite.

  BILAN. Temps : 1h39. J'estime être environ dans les150 premiers sur un peu plus de 400 participants. Ce qui est tout à fait honorable. J’ai mis vingt minutes de moins que l’année dernière, je ne me suis pas arrêté. Toutefois, je pense que je dois avouer que cette année j’ai fait match nul contre le Puy de Dôme. L’année dernière il m’avait écrasé pitoyablement. Cette année je l’ai combattu avec hargne, je lui ai imposé mon rythme sur une longue durée, mais sur la fin il m’a coupé les jambes et je ne suis pas du tout content de mes 2 derniers kilomètres même si j’ai fait tout ce que j’ai pu. Si je parviens à passer sous la barre des 1h30, j’estimerais l’avoir définitivement battu. Donc tu peux te dresser fièrement au-dessus de ma ville encore un an Puy de Dôme, mais l’année prochaine, je te fais ta mère !

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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