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Lundi 10 avril 2006

  Enfin une bonne nuit de sommeil. Heureusement parce qu’il me faut ensuite accompagner Toda et Yoko au marché aux puces où je m’y emmerde sérieusement et où ils chinent de façon très attentive et surtout très lente. Au bout de presque deux heures, Toda achète des peintures à un étalage et comme à son habitude, me demande de le filmer pendant qu’il côtoie d’autres français. Les sacs du vendeur s’envolent, je les ramasse gentiment et il remarque que je filme. Il s’énerve subitement, débite des propos incohérents, comme quoi il n’est pas intéressé, qu’il ne sait pas ce que je vais faire de cette vidéo. Je lui réponds que c’est pour faire un porno mais ça n’a pas l’air de le calmer et il part de plus belle. Je lui dis donc de « reprendre ses sacs à la con » et m’en vais avant que la démangeaison dans ma droite ne s’abatte sur sa tronche d’abruti. Toda me rejoint juste après. C’est la première fois qu’il me voit énervé et il est très étonné car je suis toujours bonne patte d’ordinaire, souriant et blaguant la plupart du temps. Mais faut pas toucher au grizzli !
  Et enfin on quitte Paris. Plus je viens dans la capitale et moins je la supporte. Je m’y ennuie sérieusement, je n’aime pas la gueule fermée et maniaco-dépressive de la plupart des gens et dont le regard étincelle de vide, l’air pue, il n’y a pas de vert, ça me fatigue, j’y étouffe physiquement et intellectuellement. Même si Paris est un lieu avec lequel je devrais forcément collaborer à l’avenir pour mon travail, je me refuse à y vivre, quitte à me galérer en train plus que de raisons. Pour garder mon intégrité d’ours des montagnes, je ne peux pas vivre dans cet enfer de béton.
  J’ai deux heures et demi de train jusqu’à Tours pour digérer ma colère du matin et ma frayeur du midi, car ma femme aimant m’offrir des surprises, s’est payée une crise d’anémie et a presque perdu connaissance. Mais au moins cela a animé les regards des gens dans le restaurant où la scène s’est passée.
 A la gare de Tours nous attend Lucie Jurvillier, la directrice du festival de cinéma asiatique de Tours. C’est une petite femme d’une cinquantaine d’année, très sympathique et partageant étonnamment un grand dynamisme avec une certaine timidité, ce qui n’est pas sans me rappeler Jean-Pierre Gimenez, le directeur du festival Asiexpo avec qui elle me semble partager les mêmes qualités. 
  Le lendemain a lieu la projection pour laquelle nous sommes invités. La salle, déjà pas très grande, est à peine remplie à moitié. C’est apparemment la faute aux manifestations et boycotts anti CPE, car d’ordinaire la plus grande partie de l’audience du festival est constituée par les étudiants, mais dans les conditions anarchiques de ces dernières semaines, impossible de faire de la pub auprès d’eux dans les facs, et beaucoup, n’habitant la  ville que pour leurs études, sont rentrés chez leurs parents en attendant de reprendre les cours. 
  Malgré tout la projection est lancée. Elle commence par mon court-métrage, Tenshi to Akuma, puis est suivie de Snow in Spring de Toda. Et lorsque la lumière se rallume il est l’heure pour un peu d’exhibition et d’auto-promotion. On traverse la salle sous bien peu d’applaudissements en raison du petit nombre de paires de mains, puis face aux quelques personnes restantes, beaucoup ayant quitté la salle dès la fin de la séance, dans une ambiance presque intime, commencent les questions. La plupart portent évidemment sur le film de Toda, puisqu’étant un long métrage et qu’il faut relativement pertinent. Mais quelques questions se tournent tout de même vers moi, et en bon promoteur je ne loupe pas l’occasion pour glisser quelques mots sur Sakura no Kage. C’est la deuxième fois en trois jours que je me retrouve avec un micro face à un public et j’avoue me sentir plus à l’aise que la première fois. Mais il le fait que Toda et ma femme, en tant qu’interprète, soient à côté de moi, enlève beaucoup du côté intimidant. 
  Et maintenant je tiens à avoir quelques mots sur l’hôtel où l’on a logé durant deux nuits. Au départ, le gérant, quinquagénaire bedonnant et peu bavard me semblait du type ours sympathique. Arrivé dans la chambre, il n’y a qu’une dose de shampoing et qu’une serviette pour deux, et malgré ma demande il me dit que ce n’est pas possible, car c’est la femme de ménage qui a la clé de la pièce où sont rangés ce genre de chose. Il me ment effrontément, car on ne va pas me faire croire qu’il n’a pas de double des clés et qui plus est, quand en grave pénurie de PQ je lui en ai demandé, il est parvenu à trouver ses propres clés… Le plus « drôle » reste à venir. Le premier matin, lors du petit-déjeuner, il n’a pas cessé de nous observer. Il s’agissait d’un buffet censé être à volonté mais voyant que nous avions mangé plusieurs croissants et pains au chocolat il n’a pas hésité à reprendre le plateau, à aller le cacher dans une pièce voisine, puis à les distribuer au compte goutte aux clients suivants. Et le lendemain, pas de plateau remplit de croissants. Il nous en a donné un chacun. Pas plus. Qui plus est, ayant vu la veille que nous avions bu beaucoup de jus d’orange sans toucher au jus de pamplemousse, ce matin il n’a servit que du jus de pamplemousse. Pour les  trois japonais qui m’accompagnent son avarice et l’illogisme de son attitude est incompréhensible. En économisant quelques centimes, il perd quatre clients qui ne reviendront assurément pas dans son hôtel d’une part mais qui risque aussi de lui faire une mauvaise publicité. Je ne dirais pas son nom car ce serait mesquin, mais en tout cas je vous déconseille l’hôtel ROISNY !
  Et c’est donc en ce matin du 10 Avril que Yoko repart pour l’Angleterre, l’estomac retourné à l’idée des mauvais petits plats anglais qu’elle n’a cessé de critiquer durant tout le séjour, et que nous, nous partons pour Clermont-Ferrand où nous attend la fin du tournage.

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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