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Vendredi 7 avril 2006

  Planning serré, emploi du temps chargé, panne d'internet... Les raisons qui m'ont empêché d'écrire le blog jusqu'ici ne manquent pas. Mais je m'excuse quand même de ne pas avoir écrit durant près de deux semaines...
  Voici donc un premier résumé des trois premiers jours depuis mon retour du Japon le 4 Avril. Le reste viendra très bientôt...

  Métro, train, avion. La nourriture est moins dégueulasse qu’à l’aller mais pour cause de grèves anti-cpe notre correspondance entre Milan et Paris se prend une heure de retard dans le programme sans un mot d’excuse de qui que ce soit. Après les déblatérations d’un chauffeur de taxi sur le CPE, les jeunes et le monde, nous arrivons enfin chez une amie qui nous loge. Il est 1h du matin et à nouveau 24 heures nous séparent du moment de notre départ. Bien qu’ayant été un peu triste de quitter le Japon, je suis très enthousiasmé en retrouvant la France car de nombreuses nouvelles aventures m’y attendent.   Comme si nous n’en avions pas eut assez, on retourne dès le lendemain à l’aéroport Charles de Gaulle. L’ami Toda arrive, un chapeau de pêcheur Lacoste sur le crâne. Je suis en France mais finalement je continue à parler principalement en japonais. Les retrouvailles sont brèves car chacun a du décalage horaire plein les pattes.

   La nuit porte peu de sommeil pour cause d’horloge interne schizophrène, puis dès le matin on embarque dans le train direction Orléans. Valises lourdées à l’accueil de l’hôtel, on se lance à la recherche d’un restaurant dans cette ville blanche aux multiples représentations de Jeanne la pucelle. Le restaurant une fois choisi et après ¾  d’attente, on nous apprend finalement qu’il y a un problème avec les plats du jour que l’on a commandé. Le problème c’est qu’il y en a plus. On rechange donc entièrement la commande et après une brève attente et une autre heure d’attente, on a enfin droit à notre plat à moitié froid et le vin offert dans le menu est oublié. Je pars râler et obtient trois cafés gratos. C’est pas grand-chose mais c’est toujours ça de pris. En attendant Toda se marre car c’est typiquement français et ça lui plaît.    

 

 

 On se promène dans la ville, visitant la cathédrale qu’il faut avouer très belle, puis par hasard on passe devant une armurerie dont la vitrine attire le regard de Toda. On a besoin d’un autre pistolet pour notre film et celui que voit Toda lui plait particulièrement. Le vendeur nous met en garde sur les balles à blanc qui sont fortes, mais cause toujours Emile, on a l’habitude des pistolets à blanc. 
  Toda est tout heureux de son achat et se dépêche de rentrer à l’hôtel pour tester l’engin. Une fois dans sa chambre et le flingue chargé, je me bouche quand même les oreilles au cas où mais Toda tout à son innocence ne prend aucune mesures préventives, lève le pistolet et tire. Pour ce qui est du bruit je ne peux juger que par Toda dont les oreilles ont sifflé pendant heures car j’avais suffisamment protégé les miennes, mais la flamme qui en est sorti faisait largement dix centimètres et n’avait rien à voir avec la petite fumée qui sortait des pistolets utilisés au Japon. Toda est aussi effaré qu’extrêmement content. Je suis mort de rire en voyant cette joie infantile sur ce visage âgé et la plupart du temps si sérieux. 
  Mais il est maintenant temps de se rendre au festival de courts-métrages d’Orléans où un de mes scenarii a été sélectionné avec neuf autres pour la finale du concours de scénario. L’intérêt principal de la soirée est qu’une troupe de théâtre amateur a mis en scène les scénarii et les jouent devant le public. Le mien est joué en dernier. Le titre est « ça me tape sur les bambous » et raconte l’antagonisme entre Bernard Lavilliers et Philip Lavil... C’est forcément une comédie absurde et les gens dans la salle se marrent beaucoup. Vu que je ne gagne pas de prix c’est déjà une très bonne récompense. La déception n’est pas au rendez-vous puisque je dois m’habituer à ce genre d’évènements et que je me doutais que mon scénario ne ferait pas l’unanimité. 
  Après quelques heures d’un sommeil encore non-réparateur, je retrouve un Toda tout enthousiaste car il a décidé d’aller acheter un autre modèle de pistolet avant de reprendre le train pour Paris. L’arme achetée et le Toda enjouée, une heure de train s’écoule avant qu’on ne retrouve Yoko, non pas celle qui a joué avec moi dans le film, mais une autre Yoko, amie de Toda, et vivant en Angleterre. 
  Quelques rames de métros après et 130 marches vers les entrailles de la terre, les squelettes nous entourent de toute part. En tant que créateur de Skeleton Films Toda est plus que heureux de se retrouver dans les catacombes, et je dois avouer que c’est assez fantastique. Comme Toda porte toujours sa caméra avec lui, on en profite pour tourner quelques plans dans les couloirs emplis d’os impersonnels. La caméra une fois rangée je me laisse aller à penser. Tous ces crânes ont appartenus à des gens qui possédaient de leur temps des rêves, des sentiments, des gens auxquels ils tenaient. Des milliers de vies oubliées pour l’éternité m’entourent. Finalement entre ces catacombes et le monde du dessus il n’y a pas beaucoup de différence, si ce n’est qu’ici dans ces profondeurs mortuaires il n’y a pas de place pour l’hypocrisie. Chacun vit dans son propre couloir obscur, aujourd’hui vivant grâce aux morts du passé et bientôt appelé à faire partie du grand rien du tout. 
  Revenu à la surface et à des idées plus optimistes, on se fait quand même attaquer par un adorable mort-vivant poilu dans un café. Je ne connais pas son prénom mais je sais qu’elle est née au Vietnam et y a vécu jusqu’à l’âge de six ans. Mais c’était il y a bien longtemps. Aujourd’hui elle a 91 ans, une barbe impressionnante pour son sexe (que l’on ne se méprenne pas sur cette phrase…), la peau sur les os et les yeux enfoncés dans les orbites, mais elle est toute mignonne dans son costume de petit chaperon rouge. Une autre dame, moins âgée mais en ayant quand même pris pour son grade, l’accompagne jusque dans la monochromie des couleurs puisque celle-ci est habillée toute en bleue. Elle me dit qu’elle trouve que Toda est très beau et qu’elle envisagerait bien de se marier avec lui. Je traduis ça à Toda qui rigole beaucoup. Après m’avoir appris une dixième fois qu’elle est née au Vietnam, la nostalgie dans sa voix toujours aussi intense, le petit chaperon vermeil s’en va avec son chaperon bleu.  

  Histoire de rester dans le même thème, on va au Cimetière Montparnasse où un panneau très avenant m’apprend qu’ici est enterré Serge Gainsbourg. On passe une bonne demi-heure a chercher Serge, et on a beau l’appeler il ne répond pas. Au moment où l’on va rentrer broucouille (ou bredouille comme on dit en dehors du Bouchonois) un vieil anglais que j’avais accosté  pour m’aider à trouver la tombe de Gainsbourg et qui n’avait su m’aider, surgit d’on ne sait où, triomphateur, et nous guide jusqu’à la tombe de Serge. Parmi toutes les fleurs se trouvent un chou et un paquet de gitane. Toda y laisse un paquet de cigarette en souvenir.  

  Et là soudain miracle ! Non Serge ne s’est pas réincarnée dans le chou, mais à quelques mètres de là se trouvent deux sakuras en fleurs surplombant des tombes. Toda et moi n’osons y croire. Notre film s’appelle Sakura no Kage, on y traite de mort et de solitude, et surtout on y mélange culture française et japonaise. Et dans un cimetierre français se trouve deux magnifiques cerisiers. C’est tellement parfait qu’à l’écran cela semblera peut-être faux. Toda sort sa caméra et son trépied télescopique, moi je rentre aussi subitement que possible dans la peau de Pierre, et on tourne quelques scènes parmi les tombes tandis que les pétales de sakuras s’envolent autour de nous. Le détail comique est que le vent s’est tu pendant un moment, et que Toda s’est mis à secouer l’arbre comme un gorille pour que les pétales en tombe avant de courir derrière sa caméra. Du coup la prise est foirée parce que je me marre mais la suivante je parviens à oublier le gorille chauve pour me concentrer sur mon rôle. Les scènes dans la boite on est particulièrement heureux de cette trouvaille inopinée. Serge si tu as l’ADCELESTE et que tu me lis, merci du coup de main !  

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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