Dernier jour au Japon. Demain, si la gigantesque manifestation qui se prépare n’empêche pas mon avion d’arriver, je serais de retour en France. Tant de sentiments multiples et intenses durant ce séjour que je me mets à trembler en y repensant. Le sol et les maisons voisines en tremblent par la même occasion. Bon d’accord, j’avoue, il s’agit d’un tremblement de terre de faible magnitude, mais il ne fait que susciter d’autant plus de souvenirs car le jour même de mon arrivée il y a de cela deux mois, il y avait eut un tremblement de terre de même amplitude. Je pensais que dans la grande mise en scène dans la vie, ces deux tremblements de terre étaient là pour ouvrir et refermer la parenthèse de ce séjour, mais une bien plus belle façon de fermer la boucle m’a été offert à ma plus grande surprise.
Je dois donc revenir 63 jours en arrière. Je ne suis pas encore au Japon, mais je suis à Paris, chez une amie, Sophie. Cette Auvergnate qui se la joue Parigote prend des cours de chant car il faut l’avouer, elle a une sacrée belle voix. Son professeur lui a appris récemment une chanson en japonais qu’elle me chante, et dont le titre est : Sakura. La chanson est très belle mais l’air me dit quelque chose… Surgit de ma mémoire d’ancien téléphile la publicité d’Obao que je cherche tant bien que mal à repousser. Non je ne veux pas que cette belle chanson soit assimilée à une putain de pub pour un savon (même si les corps dénudés de cette publicité ont beaucoup joué dans l’érotisme de mon enfance). Je me concentre donc pour écouter cette chanson mais Sophie ne la connaît pas entièrement et le temps ne suffit pas à enterrer cette pub…
Le temps défile : Arrivée au Japon, retrouvaille avec m belle-famille, avec mes amis, je cours plus de raison, multiplie les photos, écris, écris, écris, je pars pour Kyôto puis Fukui, je suis réalisateur, acteur, puis monteur, avant que le rythme ralentisse et ne me ramène à Tôkyô où je me remets à écrire, à courir et à voir mes amis, puis nous sommes le 3 Avril. Ma belle belle-maman, que nous nommerons intimement Miwako, me fait part que sa meilleure-amie va venir d’ici une heure pour nous offrir un souvenir avant de repartir en vacances. Nos deux valises font déjà près de 60 kilogs, et je ne sais pas s’il y aura de la place pour son cadeau car je ne sais pas ce que c’est.
L’amie en question se nomme Madame Matsukado et je suis devenu ami avec elle lors de nombreuses rencontres, ainsi qu’avec l’un de ses fils, Yohei, qui est l’acteur le plus talentueux que je connaisse et dont je n’avais pas vu un tel charisme et une telle aura depuis Toshiro Mifune. On attend depuis longtemps avec impatience de pouvoir travailler ensemble mais les éléments ne nous l’ont pas permis pour le moment… Ce sera pour une prochaine histoire… En attendant Madame Matsukado est arrivé. Je descends dans le salon. Malgré ses presque 60 ans, c’est encore une très belle femme au corps raffiné et je suis toujours ravi de voir une jolie femme. Elle me parle de la saison des sakuras qui arrive à sa fin et fait allusion à son cadeau. Par terre derrière elle, se trouve un énorme objet tout en longueur couvert d’une housse que je n’avais pas remarqué. Une idée passe très vite dans ma tête mais je n’ai pas le temps de la saisir. Madame Matsukado me demande si je connais la chanson traditionnelle en l’honneur des sakuras. Je réponds sincèrement non, car j’ai complètement oublié Sophie ainsi que
Puis une fois la chanson finie, Mme Matsukado s’en va déshabiller le superbe koto qu’elle a apporté. Le koto est un instrument à cordes entre deux et trois mètres de longueur, et dont les sonorités sont utilisées dès que l’on présente quoi que ce soit en rapport avec le Japon (même un putain de savon…). C’est la première fois que j’en vois un d’aussi près. Je la regarde l’accorder sans perdre la moindre miette de sa préparation. Elle chausse sur trois de ses doigts ce qui pourrait correspondre à des sortes de médiators montés sur bague. Elle se met à jouer et je prends ma seconde baffe. Je suis hypnotisé par ses doigts glissant sur les cordes et par la mélodie qui me transperce d’une heureuse mélancolie. J’ai mon appareil-photo avec moi mais je suis incapable de prendre la moindre photo. Tout d’abord parce que je ne veux pas sortir de la transe dans laquelle je suis rentré, mais aussi par respect pour qui elle qui me donne tant et parce que je le dois de le recevoir en me fondant intégralement dans sa musique (alors pourquoi y a-t-il des photos sur ce blog ?... je vous laisse résoudre la devinette) Aucun autre cadeau n’aurait pu être plus précieux que ce qu’elle m’offre en ce moment, et je pourrais l’emporter où que ce soit avec moi. Et me rendant-compte qui plus est de la magnifique façon dont s’achève cette parenthèse japonaise j’en suis ému à un degré inexplicable. Je ne sais pas ce que vaut le fond du film de ma vie, mais la forme est souvent très belle et si bien pensée que je finirais presque par croire vivre mon propre Truman Show. Sans doute est-ce parce que je suis constamment à la recherche de ce genre de détails que je les remarque, et certainement n’y a-t-il aucun sens ni volonté derrière ces simples hasards, mais la seule chose importante est qu’ils rendent ma vie plus belle et plus poétique jusque dans le simple quotidien.
Le morceau s’achève. Je ne sais même pas quoi dire pour la remercie et pour exprimer ma gratitude. Car elle est parvenue à concevoir quel cadeau me serait le plus précieux alors que l’on ne se connaît pourtant que très peu. J’ai beau dire merci, que c’était superbe et que j’étais ému, elle ne saura sans doute jamais à quel point.
| Mai 2008 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | |||||||
| 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | ||||
| 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | ||||
| 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | ||||
| 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | |||||
|
||||||||||