Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Catégories

Mercredi 22 mars 2006

  Il est maintenant temps de revenir à l'origine de ce Blog, qui était je vous le rappelle pour une question à mille point, la réalisation d'un documentaire sur le Japon. Pour pouvoir le constituer, j'ai besoin d'effectuer beaucoup de recherches et de beaucoup étudier. Seulement pour avoir les fonds nécessaires pour effectuer cette recherche, j'ai d'ores et déjà lu un certain nombres d'ouvrages afin de constituer un premier brouillon du projet.

  Aujourd'hui, je me propose de vous faire part de ce "brouillon" qui représente la somme non exhaustive et non détaillée de ce que j'ai pu glaner comme infos et comprendre jusqu'ici. Cela ne représente en rien le documentaire que je vais créer, et il n'y a rien d'extraordinairement nouveau là-dedans. Mais il était nécessaire de créer un point de départ avancé récapitulant  les différents points sur lesquels j'aimerais que les japonais s'expriment par eux-mêmes et que j'aimerais développer.

  Voici donc le texte que des inconnus sont en train de juger pour savoir si je mérite de recevoir une bourse... La tension est insoutenable n'est-ce pas ?

 

  Les Japonais. Rarement un peuple a autant fasciné, été critiqué, tout en étant profondément incompris. Il faut dire que la chose n’est pas facile. Tout d’abord parce qu’au Japon on ne cherche pas à se mettre en avant, ni à s’exprimer ouvertement, et ce qui pourrait être, à certains niveaux, une qualité, se révèle préjudiciable pour leurs rapports internationaux. En conséquence ils sont taxés d’êtres froids, renfermés sur eux-mêmes et peu enclins à la communication. Définition aussi simpliste que subjective puisque amputée de son contexte. Héritiers de principes confucianistes et zens aussi ancrés dans la vie quotidienne que la télévision, les Conbinis  ou le Karaoké, les valeurs primordiales pour tout japonais sont le respect de l’autre et de la hiérarchie, et la recherche perpétuelle de l’harmonie. Alors qu’en France on bataillera avec une foi digne des croisades pour, si ce n’est imposer, argumenter son point de vue, au Japon, on gardera le silence et son opinion pour soi par signe de respect pour l’harmonie générale. Il est considéré comme égoïste et même futile de mettre en avant une opinion qui ne concerne que soi-même. Chacun pensant différemment, et ce pour différentes raisons, il est irraisonnable de vouloir convaincre l’autre. Cette attitude, pourtant noble, est la source de toutes les mésententes sur un Japon qui ne cherche pas à s’expliquer. Pour comprendre le Japon il faut devenir un minimum japonais, en l’observant sans rien dire, sans tirer de conclusion hâtive, et finalement accepter que d’autres conceptions que la notre puissent exister. 

  Et puis comment comprendre un peuple qui lui-même ne se comprend plus et se cherche ?  Aujourd’hui il y a pour ainsi dire deux Japon et l’on ne peut pas se permettre de catégoriser facilement alors qu’un tel schisme se développe, et ce à plusieurs niveaux. Car si beaucoup de japonais sont adaptés au système de valeurs précédemment cité, il y a également tous ceux qui n’y trouvent plus leurs repères et qui souhaitent un grand changement sans pour autant pouvoir le définir, principalement chez les jeunes qui cherchent à plus s’extérioriser.  L’image que leur ont laissé leurs parents est celle d’un père constamment absent, travaillant plus que de raisons et passant une grande partie de son temps libre avec ses collègues. Tandis que la mère accumule les tâches ménagères en attendant patiemment le retour de son mari, en s’occupant seule de l’éducation des enfants, et occupant ses loisirs avec ses amies. Finalement, l’on assiste à une scission de la société où les deux sexes semblent rarement se croiser. La journée appartient aux femmes : course, shopping, activités, promenades avec les enfants, sorties entre copines… Mais en fin de l’après-midi, elles rentrent bien vite s’occuper de leur foyer. C’est à cette heure que les hommes commencent à sortir du travail. Les rues, les bars et les restaurants s’emplissent de ces salarymen (terme désignant les cadres) qui même une fois leur travail fini, restent entre collègues. L’entreprise où ils travaillent étant considérés comme une sorte de deuxième famille où il faut cultiver les liens avec tous les membres qui la constituent, rien d’anormal donc au fait qu’ils ne se précipitent pas pour rentrer chez eux. Et puis ces sorties entre collègues servent d’exutoire au stress journalier que le seul bien-être du Home Sweet Home ne suffirait pas à apaiser. Les images de salarymen saoulés à mort, vomissant sur la voie publique, sont devenues d’une triste banalité. Sans compter que beaucoup ne rentrent pas chez eux de toute la nuit, dormant sur leur lieu de travail pour y accomplir le plus de travail possible jusqu’à leur extrême limite. Passer une ou deux nuits par semaine sur son lieu de travail, et travailler qui plus est un week-end sur deux est tout à fait courant au Japon. Pour tenir le coup ces salarymen prennent des pilules énergétiques, qu’ils compensent souvent de somnifères pour pouvoir dormir la nuit. Les japonais restant humains malgré tous leurs efforts surhumains pour leur entreprise, et il arrive trop souvent que certains meurent d’épuisement. Ce phénomène a même un terme : « Karoshi » qui signifie « mort par surtravail ». Il y aurait 10 000 personnes par an au Japon qui mourraient uniquement pour cause de fatigue liée au travail. Et cela est sans compter environ 30 000 personnes par an qui se suicident à cause du trop grand stress (dans ce chiffre il faut compter un grand nombre d’étudiants ne parvenant pas à suivre la course aux examens). Ce sacrifice pour sa société pouvait trouver une once de raison dans le fait que la société protégeait ses employés avec des emplois à vie et les assuraient d’une carrière ascendante, mais si cela était valable durant l’âge d’or de la bulle économique, aujourd’hui le Japon est en crise et les entreprises ne peuvent plus protéger si assurément leurs employés. 

  Chez la nouvelle génération, beaucoup semblent avoir perçu dans ce système une défaillance. Dans quel but travailler autant pour construire un foyer paisible, certes, mais que l’on laissera finalement de côté la plupart du temps ? Et à quoi bon tenir une maison impeccable pour quelqu’un qui est soit absent soit trop saoul pour le remarquer ? Ils ne critiquent pas la vie de leur parent qui est basée sur le sacrifice de soi pour le bien-être de la famille, le père gagnant de l’argent pour sécuriser sa famille et offrir des études à ses enfants, et la mère faisant tout son possible pour faire de son foyer un havre de paix et de tranquillité, et il leur en sont, pour la plupart, reconnaissants. Seulement c’est une façon de penser et de vivre qu’ils ne conçoivent pas pour eux. Les hommes souhaitent moins travailler et les femmes plus travailler. 

  La société tend donc vers un équilibre du travail mais n’y est pas prête aussi bien éthiquement que logistiquement. Par exemple pour ce qui est du travail des femmes, ce sont souvent des taches subalternes, avec peu d’espoir de promotion et avec une réelle inéquité dans les salaires vis-à-vis de leurs homologues masculins. Et il est toujours usuel que ce soient les femmes qui confectionnent le thé ou le café et aillent le servir à leurs collègues, même à postes égaux. Quant aux structures pour accueillir les enfants, telles que les crèches, il y en a peu et le principe de nourrice existe pour ainsi dire pas, et il est donc particulièrement difficile de faire garder son enfant durant ses heures de travail. Mais l’élément le plus rigide reste la pensée machiste selon laquelle passé 30 ans une femme doit se consacrer à son foyer et à son mari, ce qui est souvent tacitement évoqué aux femmes par leurs propres patrons lorsqu’elles approchent de l’age fatidique. Sans compter la pression de la famille pour qui il est sujet embarrassant que sa fille ne soit pas normalement casée comme toute femme qui se respecte. 

  Et bien que les mentalités changent, il faut reconnaître un rythme assez lent, et de nombreux éléments de la société préfèrent quitter le bateau en route. Déçus, sans valeurs ni repères, n’ayant aucune foi en leur avenir, de nombreux jeunes se laissent aller à la dérive. Que ce soit une dérive virtuelle, comme les fameux otakus, enfermés dans leurs univers de jeux-vidéos, de mangas et de télévision, bien souvent incapables d’établir de réels liens humains autrement que cachés à l’abri derrière leur ordinateur, seule vitre de leur antre sur un univers extérieur qu’ils savent inadaptés à leurs désirs et besoins et auquel ils ne comptent pas tenter de s’adapter. Ou que ce soit une dérive morale, avec la banalisation de la prostitution des adolescentes qui vendent facilement leurs charmes dans le seul but de s’offrir un sac Vitton, ou tout autre produit de luxe, elles-mêmes se voyant parfois comme une marchandise vouée à être passée de mode et donc à vendre le plus tôt possible. 

  Il est toutefois intéressant de remarquer que les jeunes  semblent pousser au paroxysme les principes d’une société qu’ils rejettent. Car pour oublier ce monde qui les oppresse ils consomment énormément afin de se divertir et de s’amuser. Vêtements, gadgets, accessoires, mangas, jeux… Pourtant cela n’apaise pas leur frustration, qui augmente donc, et qui les fait consommer d’autant plus. Mais c’est aussi une façon de répondre au stoïcisme formel de leurs anciens, par la fantaisie et l’extravagance, qu’elles soient vestimentaires ou capillaires. Une mode récente chez les jeunes femmes japonaises est de se teindre les cheveux en blond platine et de se bronzer la peau au point de la noircir, devenant ainsi la parfaite imagine négative de la femme supposée idéale japonaise à la peau blanche-porcelaine et aux cheveux noirs de Geai, affirmant ainsi ouvertement leur volonté de ne pas subir le poids de la tradition.   

  Quoi qu’il en soit le malaise actuel est donc plutôt productif au sein de la société puisqu’il a généré la culture Pop japonaise qui se répand à travers le monde : les mangas et les jeux vidéos, la culture kawaii (qui consiste pour les filles à revêtir le plus d’objets mignons sur elles : porte-clés, housse de portable, sac, chaussettes…)… Toute une partie de l’occident ainsi que la Corée du Sud ont le regard tourné vers le Japon et souhaite profiter de sa culture et s’en inspirer. 

  Cette nouvelle génération est une génération au présent. Elle ne se soucie que très peu de son passé, de sa culture et de son histoire ni de l’avenir qu’elle ne peut imaginer. Les jeunes sont devenus très épicuriens, profitant du plaisir immédiat. Tous ces éléments sont jugés très sévèrement par leurs pairs et sont considérés comme iconoclastes, en dehors de la société, mais ces mêmes éléments semblent de plus en plus constituer la société de demain. 

  Mais d’autres éléments restent mis au banc de la société malgré eux. Il s’agit d’un côté des Burakumins, que l’on pourrait comparer d’une certaine manière à la classe des « intouchables » d’Inde. Ils représentaient au temps d’Edo la caste la plus basse et à laquelle il ne fallait absolument pas se mélanger. Les Burakumins étaient pour les Burakumins. Aujourd’hui il est évidement prohibé de pratiquer une quelconque ségrégation de personnes descendants des Burakumins, mais c’est pourtant souvent le cas. Selon le nom de famille, voire le quartier où ils habitent, ou par des études généalogiques, il existe toute sorte de moyen pour s’assurer que son futur conjoint, ou son futur employé, ne descend pas de cette caste. Actuellement aucune personne sensée n’ira mêler son nom sur un registre du mariage à celui d’un Burakumin sous peine d’humilier sa famille et de se marquer de ce sceau indélébile. 

  Et de l’autre côté il y a les Coréens dont les parents ou grands-parents avaient été enlevés de force à leur pays durant la seconde guerre mondiale pour servir l’effort de guerre et en payer un prix plus que lourd. Bien que ceux-ci parlent japonais et portent la nationalité japonaise, aux yeux des « purs japonais » ils restent des Coréens, une ethnie différente de la leur que l’on accuse facilement de nombreux maux. Aujourd’hui la population japonaise ne comprend que 1% de personnes issues de nationalité étrangère, et dont la moitié sont Coréennes. On peut comprendre la difficulté qu’ils ont à s’intégrer dans un pays possédant une identité nationale aussi forte doublée d’une certaine fierté. 

  Car malgré son aspect actuel tape à l’œil et bruyant, les Japonais, qu’ils le veuillent ou non, garde ancrés en eux le Japon traditionnel et ses valeurs, à l’image des rues des grandes villes où entre deux rues marchandes surpeuplées, surgit un petit temple de quartier à l’atmosphère apaisante. Après plusieurs décennies uniquement concentrées sur la résurrection du Japon puis sur un capitalisme exacerbé, il semble que les Japonais qui fonçaient de l’avant, commencent à se retourner sur leur héritage, et y retrouvent des valeurs pour enrichir leur vie. 

  A commencer par l’art du bain. Tout le monde sait qu’au Japon, le bain et tout ce qui va avec est extrêmement important. Le Japon compte des milliers de sources chaudes, onsen, naturelles ou artificielles, disséminées un peu partout, que ce soit au bord de la mer ou en pleine montagne. Ces « cures thermales » dont les japonais sont friands et font partie de leurs habitudes depuis des siècles, étaient principalement visitées par une population au-delà de la cinquantaine. Mais récemment, le stress et la fatigue de la société moderne a crée un véritable boom chez les jeunes qui ont trouvé en ce plaisir ancestrale un moyen de trouver un peu d’apaisement et de renouveau dans leur vie toujours rapide et bien réglée. C’est plus que jamais un retour aux sources ! 

  Le retour du kimono chez les jeunes filles est aussi un signe de ce réveil de la culture. Bien sûr elles ne vont pas se mettre à le porter dans la vie de tous les jours, mais le kimono se porte de plus en plus comme tenue de soirée. A cela s’ajoute une nouvelle tendance, mêlant traditionnel et moderne, consistant à transformer la matière première des kimonos en tenues plus citadines et contemporaines. 

  Mais peut-être n’est-ce là qu’un simple effet de mode. Seul l’avenir pourra dire quelle part de tradition survivra aux grands changements qui s’annoncent… 

  Egarés depuis près d’un siècle et demi entre mondialisation et préservation des valeurs traditionnelles japonaises, l’avènement d’une nouvelle ère qui parviendrait à concilier les deux pourrait bientôt émerger du chaos actuel. Car tout en ayant créé une nouvelle culture typiquement japonaise, beaucoup s’éloignent du matérialisme et recherchent d’autres valeurs plus « saines » qui les amènent finalement vers les sources de leur culture : le zen et la recherche d’un éveil de l’esprit, une plus grande communion avec la nature… Le puzzle japonais pourrait bien arriver à son terme…

   Bon ça manque un peu de sel et de piquant, et cela fait un peu trop scolaire à mon goût; mais laissons la personalisation du projet pour après. Pour le moment, la seule chose qui compte est de montrer l'aspect sérieux et d'en présenter les grandes lignes...

 

PHOTOS 19 Mars 
PHOTOS 22 Mars 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
commentaires (0)    recommander

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Recherche

créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus