Ah les mecs ! Tout seul ça fait n’importe quoi. Ce matin je n’avais plus rien de propre à porter. Le montage véhémente de la veille nous ayant entraîné jusqu’à trois heures du matin j’ai complètement zappé de jouer à la blanchisseuse. Et ce matin je suis obligé de fouiller dans mon sac de linge sale, de sentir mes chaussettes pour voir celles qui puent le moins. C’est honteux d’avouer ça mais j’avoue que ça me fait marrer. J’ai quand même la chance par la suite de pouvoir utiliser la machine à laver de la clinique de Toda, mais comme on est deux mecs, je me rendrais-compte le lendemain que certains vêtements ont rétréci au point de faire passer le costume de Spiderman pour des vêtements bouffants.
Quoiqu’il en soit, trois jours durant c’est atelier montage. On prend à peine le temps de manger, avalant sandwichs et sushis à emporter sur place. On partage de temps en temps le repas dans la cantine de la clinique où je suis maintenant des leurs. Une des patientes de Toda, sérieusement atteinte, viens s’asseoir à côté de moi pour me dire qu’elle m’aime. Merci c’est gentil. Ah tiens elle me caresse les poils des bras, largement apparent puisque les manches longues de mon t-shirt me remontent maintenant jusqu’aux coudes, en me disant qu’ils sont beaux (mes poils, pas mes bras !). Puis elle tire dessus en me demandant si ça fait mal. Au même moment j’ai mon pote au langage incompréhensible qui surgit derrière moi et entreprend de me masser sans prévenir, de façon virile mais efficace. Tout ça est bien sympa mais je suis quand même en train d’essayer de manger. Toda le leur fait comprendre et ils s’en vont. Je découvre à trois chaises de mois une grand-mère, le regarde dans le vide, extrêmement triste. Elle tourne vers moi un regard dénué de quoi que ce soit, regarde à nouveau devant elle, puis s’effondre sur la table, tête dans les mains, en pleurant. Bon ça y est j’ai plus faim moi !

Le troisième soir, ayant fini plus tôt que d’habitude, vers 22h, j’en profite pour aller courir. Très vite je sors de la ville et me retrouve sur des petites routes de campagne, bordées de forêts de bambous, baignant dans la lumière de cette nuit sans nuages. Tout en courant, j’écoute les morceaux de piano qui m’ont servit à écrire et interpréter le film que l’on a tourné. Ce soir je ne sais finalement pas qui est en train de courir à ce moment même. Est-ce Pierre ou Guillaume ? Créer et jouer ce personnage m’a permis de mieux me trouver et de mieux me comprendre. Sans doute me suivra-t-il toujours à partir de maintenant… Mais finalement tout ça est trop sérieux et manque un peu de rythme, et à trop se frotter le bambou on finit par le casser. Changement radical. Bye bye piano mélancolique, bonjour les Village People pour ma part d’homosexualité refoulée et pour mon goût de la simplicité comique. Les jambes doublent leur rythme tandis que les Village People chantent « We are who we are », et je suis bien d’accord avec ça !
Finalement au bout de quatre jours, on achevé et parachevé le montage et trouvé même le temps de tourner deux scènes additionnelles. On est vraiment tous les deux extrêmement satisfait du résultat et l’on a plus que hâte de tourner les scènes en France et que Mikiko HASEGAWA nous compose une musique magnifique pour que l’ensemble soit parfait ! Mais tout d’un coup je m’aperçois d’un sentiment de légèreté et de sérénité que je n’avais pas ressenti depuis des années. Car maintenant je peux mourir. Jusqu’ici j’étais obsédé quotidiennement par l’idée que si je venais à décéder tout à coup, ma vie n’aurait eut aucun sens. Mais maintenant que j’ai réalisé cette œuvre, même si je meurs demain, je n’aurais pas vécu pour rien. Bien sûr je souhaite avoir l’occasion d’en réaliser beaucoup plus et de me perfectionner, et sans doute est-ce un peu difficile à comprendre, mais un poids énorme qui était sur mes épaules s’est envolé.
Pour fêter cet achèvement, Toda s’est absenté 1h30 pour son travail et m’a laissé en compagnie d’une patiente aux yeux inquiétants qui m’a abreuvé de questions sur
Et enfin triste nouvelle, mon poisson cauchemar a du passer l’arme à gauche, ou plus sûrement à la casserole, car depuis que je suis revenu il n’est plus là. Ils ont bien essayé de me le cacher en mettant un autre poisson à sa place, mais on ne me la fait pas, ce n’est pas le même ! Au revoir donc vilain poiscaille, j’espère que mes cauchemars sont morts avec toi.
| Mai 2008 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | |||||||
| 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | ||||
| 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | ||||
| 19 | 20 | 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | ||||
| 26 | 27 | 28 | 29 | 30 | 31 | |||||
|
||||||||||