Le tournage et ses multiples à côtés ayant remplit les jours précédents du matin jusqu’à des heures avancées de la nuit, je ne peux reprendre que maintenant l’écriture de ce blog.
L’ensemble de cette aventure a été si dense et si intense qu’il me semble être parti plusieurs mois alors que cela ne fait que 10 jours. Les évènements, les expériences et les rencontres se sont multipliées à un rythme surhumain mais ennivrant. MEGURO Yukako qui avait joué dans le précédent film de Toda, September Steps, nous a rejoint. C’est la seule de toute l’équipe à être une actrice professionnelle. Okayama a aussi fait un peu de théâtre mais pour elle il s’agit de son métier, du coup on lui en demande forcément plus qu’aux autres mais elle s’en sort parfaitement et avec talent !
Quant à mon propre jeu, je n’ai pas encore eut l’occasion de voir les scènes que j’ai tourné. Je n’ai plus qu’à espérer que je n’étais pas mauvais. La seule chose que je sais est qu’au bout de quelques heures de tournage, j’ai fini par rentrer totalement dans la peau du personnage, au point d’avoir du mal à me mêler à l’équipe par la suite, préférant m’isoler pour rester dans la solitude et la froideur du personnage. L’avant dernier jour de tournage était complexe puisque ayant décidé de faire un film quasi sans paroles, et comme il fallait tout exprimer par les expressions. Je m’isolais, écoutait la musique m’inspirant pour l’atmosphère du personnage, mais au moment de jouer, forcément il y a plein d’indications qu’on vous donne, puis le STARTO est crié avant d’avoir repris sa concentration. Je ne sais donc pas ce que ça a donné finalement, entre toute la tristesse que je faisais monter sur mon visage, puis partait revenait, partait, revenait… et cela pendant près de trois heures, je ne sais pas quel visage s’affiche à l’écran… Peut-être que j’ai un visage à la double-face peint par un Picasso sous amphétamines…
Mais le plus dur pour se concentrer, était ce putain de bonze dans le temple voisin qui s’est mis à faire des gammes de taiko (énorme tambour). En même temps ça rythmait l’action mais j’avais plus des images de bonze cloué à son taiko en tête que des images tristes. On finit par attendre qu’il se calme en discutant et tout à coup le son se double. Est-ce la fin qui me fait avoir des illusions sonores ? Surgi de nulle part un second bonze et son apprenti en file indienne, tout deux disposant d’un petit tambour portatif, tapant dedans en psalmodiant des chants religieux. Il y a un grand dome à côté de l’endroit où l’on tourne. Ils en font le tour, s’arrêtant au nord, à l’ouest, au sud, et à l’est en le saluant, ils sont revenus à leur point de départ, ils vont partir ?... Et ils repartent pour un autre tour, tambourinant et chantant à n’en plus pouvoir, du moins moi au bout de leur quatrième tour je n’en peux plus et je suis prêt à faire passer mon personnage de tueur de la fiction à la réalité. Mais ils s’en vont. Et tout d’un coup le silence, magnifique, parfait ! Peut-être que le taiko de l’autre bonze s’est décroché et qu’il étouffe actuellement en dessous, mais en tout cas plus un bruit. Acteurs et caméra en place, c’est parti pour tourner… BOUM BOUM ahhhhhhh ahhhhhhhh ! Bon on a plus de patience, on les laisse continuer à faire les guignols et on s’en va. De toute façon on a tout en boite.
Puis le lendemain après quelques scènes on repart pur Kyôto. Le temps est à l’image de notre humeur, gris et triste de voir s’achever le tournage où on a pris tant de plaisir et de dire au revoir à toutes ces personnes à qui on s’est attaché. Durant le trajet de retour je piaille 3 heures sans discontinuer avec Yoko qui est toujours de plus en plus surprenante. Pourquoi ne suis-je pas surpris qu’elle adore les serpents, le comics X-men, et tout un tas d’autres choses qui la rende inclassable ? A la richesse excentrique de son intérieur, s’ajoute l’extraordinaire lever de soleil qu’elle offre lorsque son visage glacé s’illumine subitement d’un sourire à la sincérité désarmante avant de mourir aussitôt dans un crépuscule plein de regret pour son observateur. On arrive finalement à Kyôto. Je retrouve le même hôtel qu’avant de partir mais sans pouvoir le reconnaître. Le sentiment est terrifiant et excitant à la fois…
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