J’étais si pris ces derniers temps que je n’avais pas le temps d’écrire ce qui explique qu’en un jour je balance les faits des cinq derniers jours. A peine revenu d’Atami, j’ai reçu la version du scénario que Toda avait fait à partir du mien. Les japonais ont toujours tendance à minimaliser mais là le scénario fait 3 fois moins de pages, beaucoup de choses sont complètement chamboulées, et bien qu’intéressantes il manque beaucoup d’éléments pour cimenter à la fois l’histoire et les personnages. Je discute donc avec Toda et me lance dans une troisième version. J’écris, j’écris puis je bloque. Trop de stress. On est lundi soir, et mercredi matin je pars à Kyôto pour préparer et effectuer le tournage. Je prends donc mon lecteur MP3 et m’en vais errer dans les rues de Tôkyô de la nuit.
Je chausse les écouteurs sur les oreilles afin d’écouter la musique qui m’a inspirée durant toute l’écriture, uniquement des morceaux de piano dont un magnifique d’Aphex Twin qui est pourtant monsieur le roi de l’elektro, et le reste de Philip Glass, m’arrête au conbini le plus proche m’acheter une canette de Lemon Sawa, mélange de Shochu (alcool fort japonais) et de limonade au citron, et je me lance dans la première rue inconnue qui passe à ma portée, mais comme il y a plein de mondes j’en prends une seconde, quasi déserte. Je me laisse emporter par l’alcool, la musique, le vent frais, les petites rues de ce Tôkyô nocturne que j’affectionne tant, et au fur et à mesure que je me dilue dans cet ensemble, y trouvant mon inspiration, je me sens plus vivant que jamais. C’est un univers noir, inconnu et solitaire, que je traverse en observateur, que j’habille de mon imagination, et que la musique m’aide à rendre plus magique, plus sensible. Je suis chez moi, je m’y sens bien, en harmonie.
Je profite aussi de ce moment pour mieux me saisir de mon personnage, car inutile de le cacher plus longtemps, je vais interpréter le personnage principal du film. Cela s’est avéré plus que logique en fonction du scénario mettant en scène un personnage français au Japon, et également parce que je pensais pouvoir plus que quiconque exprimer les sentiments de ce personnage. Bonne décision ou pas ? L’avenir le dira. Co-réaliser un film dans une langue que l’on ne maîtrise pas est déjà loin d’être facile et j’aurais peut-être du m’en contenter, mais j’avais besoin de pousser le défi plus loin, de me foutre sous les projecteurs et de prendre le risque d’être soit ridicule soit d’extérioriser des sentiments très personnels et difficiles devant des gens.
Au bout de près de deux heures de marche nocturne et deux canettes de Lemon Sawa j’ai à peu près tout le nouveau scénario en tête, ayant parvenu à utiliser le meilleur des deux en les combinant et en créant des nouvelles scènes pour donner de la cohérence à ce nouveau venu. Je passe toute la journée du mardi à écrire et à 22h30 j’ai enfin terminé. Je n’ai toujours rien préparer pour mon voyage et le temps tout faire il est déjà minuit passé.
Dans le métro je suis juste à côté d’un vieillard, sûrement SDF, qui empeste un mélange savant d’urine et d’excréments. Au bout d’une demi-heure j’en ai la nausée, surtout qu’il a trouvé une place assiste juste à côté de l’endroit où je me tiens debout, mais pourtant je change pas de place car je ne veux pas le vexer ou l’humilier. En même temps j’ai envie de le frapper pour puer autant et surtout pour être tombé dans un tel état d’abnégation d’amour PROPRE. Entre la compassion et le mépris, je choisi l’indifférence, ça joint facilement les deux. Je quitte enfin le métro pour rejoindre
5 heures et demi, il faut se lever, vérifier les derniers points et partir. Sur le quai en attendant le métro, un homme regarde ma sacoche attentivement puis me regarde, et part attendre le métro
Quand je prends enfin ma place dans le shinkansen, je m’attends à ce que mon voisin soit une vieille prostituée vérolée revenue de partouze, mais il s’agit d’un simple salaryman. Quelques villes plus loin, il s’en va pour être remplacé par une jeune fille aux cheveux verts, portant un bandeau rouge sur un œil et des vêtements étranges. Mais elle est étonnamment aussi sage et discrète qu’elle est extravagante. Sans doute se rendait-elle à une congrégation de cosplay mais je n’ai pas su reconnaître le personnage qu’elle représentait.
Sur le quai de la gare de Kyôto, en face de la porte du shinkansen d’où je descends, se trouve Toda avec un magnifique chapeau. Je ne reconnais pas non plus son personnage mais je suis bien content de le voir. Il n’a pas encore eut le temps que ma femme a courageusement traduit durant la matinée et lui a envoyé par mail. Après un bon repas et diverses discutions, il lit enfin le scénario et l’approuve dans son ensemble à part une scène peut-être un peu difficile à tourner, mais qu’il trouve pourtant intéressante et souhaite réfléchir à une façon de la concrétiser. On passe toute cette journée à discuter du scénario, des personnages, de nos idées et l’on semble apparemment d’accord sur la plupart des points, ce qui est plutôt rassurant.
Il m’emmène à mon hôtel après le dîner avec la promesse de revenir demain pour se lancer dans l’atelier story-board. J’ai envie de lire, j’ai envie de me mater un film, mais surtout je souhaite rattraper mon retard sur le BLOG, quitte à y passer toute ma soirée. Voilà qui est chose faites.
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