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Mercredi 1 mars 2006

  Atami. Il y a plus d’un an, alors que voyageais en train, j’avais eut l’occasion d’apercevoir cette ville construite à flanc de montagne avec le privilège d’être face à la mer. Le cadre bucolique m’avait tout de suite enchanté et j’avais regretté de ne pouvoir m’y arrêter. Et depuis je repensais souvent à cette paisible petite ville. J’eut l’occasion de la recroiser dans un film d’Ozu : « Voyage à Tôkyô », où un couple de seniors étaient envoyés en cure par leurs enfants pour se débarrasser d’eux. Bien que très courte, mon expérience atamienne me fit dire que le paysage en arrière-plan se devait d’être cette fameuse ville qui me faisait fantasmer, et une courte recherche sur internet me le confirma. Il est donc compréhensible que lorsque mes beaux-parents proposèrent de partir en week-end dans un onsen de Atami, j’en fus si ému que des pétales de sakura me sortirent du nez. 

  A environ 1h30 de train de Tôkyô, je pose enfin les pieds à Atami !... et me retrouve à Pépèreland. Finalement je ne sais pas à quoi je m’attendais mais en tout cas pas à ça. Il y a quelques décennies, Atami était une cité thermale et balnéaire très prisée et très en vue. De nombreux couples extra-conjuguaux venaient ébattre dans tous les sens du terme bien à l’abri des yeux discrets. Il y avait une certaine connotation luxueuse dans cette ville. Puis elle passa soudainement de mode et devint une ville désertée. Ce n’est que tout récemment, que la ville a commencer à se remonter en faisant beaucoup d’efforts économiques mais sans revenir à l’état de grâce qu’elle avait connu autrefois. Aujourd’hui c’est une petite cité thermale sans plus. Et les traces de ce cassage-de-gueule divin sont encore nettement visibles puisque ci et là on y trouve des immeubles crasseux, bouffés par le lierre, et dont j’avais un spécimen juste devant la fenêtre de la chambre d’hôtel où j’ai séjourné, et d’où je pouvais voir la mer entre deux immeubles étroitement serrés l’un contre l’autre. 

  Mais cet hôtel a un autre atout en plus du onsen qui en fait partie intégrante, la grande porte qui mène à la cour a été utilisée par pas moins de deux empereurs. Akihito, fils de Hirohito et actuellement simple Tenno du Japon, dont la photo de son impériale personne entrant dans l’hôtel trône dans le hall de ce même hôtel dans une sorte de mise en abîme péteuse. Et l’autre Empereur est le magnifique et immortel Akira Kurosawa qui avait utilisé la dite porte pour certains plans de Kagemusha.  

  Avant de profiter des bains, nous nous rendons dans les hauteurs de la ville pour visiter un magnifique parc où divers variétés de pruniers se donnent en spectacle pour la plus grande joie de tous, s’empressant de se faire prendre en photo avec ce magnifique arrière-plan. J’y croise même une miss quelque chose qui pose pour quiconque souhaite la prendre en photo ou se faire prendre avec elle. Bien que la prendre sous un de ces pruniers me semble être une idée particulièrement béatifiante, je me dis que ça ne ferait peut-être pas bon mélange avec l’ambiance innocente de ce lieu.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Et puis enfin le bain. J’arrive seul. Je me fous à poil, ouvre la grande baie vitrée couverte de buée et tombe à nouveau sur un yakuza au dos tatoué. Putain ils sont partout ou c’est moi qui n’est pas de chances ? Apparemment après en avoir discuté, c’est moi qui les attire… Mon beau-père arrive quelques minutes plus tard et le croise à son tour. Le yakuza partit, Takazumi de son petit nom, dans son costume d’Adam vient me dire de faire attention à ce yakuza. Il m’explique que la plupart sont nationalistes et n’aiment pas les étrangers et selon lui ce type a du déjà tuer une ou deux personnes. Au Japon les nationalistes sont cons et dangereux comme partout, mais ils sont aussi ouvertement bruyants. Ils se promènent en camionnette avec leurs slogans aussi répétitif que rétrogrades en banderoles, un mégaphone sur le toit gueulant des chansons patriotiques du temps de la seconde de la guerre, vantant l’empereur et la grandeur du peuple japonais. Il faut le voir pour le croire et malheureusement on peut les voir n’importe où et à n’importe quel moment de la journée. Comme quoi la liberté d’expression n’a pas que du bon, ce qui est assez ironique vu que ces gros empaffés du bulbe en abusent alors qu’ils la supprimeraient immédiatement s’ils étaient au pouvoir. 

  Mais le tatoué s’en va vite donc pas d’occasion d’exprimer sa haine raciste, si tant est qu’il en est, n’enfonçons pas les stéréotypes, même sur les yakuzas, bien qu’il ait totalement dédaigné mon bonjour en rentrant… Le bain est scindée en deux partie. Une à l’intérieur, où il fait bien chaud mais c’en est presque étouffant, et une autre extérieure, sur le toît, où il fait bien froid mais le mélange avec l’eau de friture est particulièrement bon. Au début je suis seul, mais très vite d’autres nudistes se joignent à moi, devinent immédiatement que je ne suis pas japonais, et c’est parti pour une discussion sur la France. Les personnalités françaises qui reviennent toujours dans la bouche des Japonais sont : Catherine Deneuve, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, et Jean Gabin pour les plus cultivés. Et s’ils n’étaient pas tous morts ou en attente de l’être, ils en seraient sûrement très honorés. J’hésite à leur dire « mokarimakka ? » histoire de blaguer mais comme je suis timide j’ose pas. Mais que veut dire « mokarimakka ? ». A l’ère d’Edo, Osaka était La ville marchande, certainement méprisée par les samouraïs pour qui les marchands étaient de viles créatures sans morale. Le but de tout marchand étant forcément de se faire des couilles en or (surtout au japon où « couille » se dit « kintama » ce qui signifie littéralement « boule en or ») au lieu de se dire bonjour le matin, il se disaient « mokarimakka » ce qui en gros signifie « ton commerce est fructueux ? ». Sans doute que certains continuent de l’utiliser. 

  La soirée se termine en apothéose avec un repas titanesque amené dans notre chambre par une « servante » en kimono qui fait dix courbettes entre chaque plat apporté. Je mange les aliments les plus étranges, autant en goûts qu’en couleurs, qu’il m’ait été donné de rencontrer et je ne saurais d’ailleurs décrire ce que c’était mais le Japon recèle de ces aliments martiens. La télé étant restant allumé, j’aperçois pour la troisième fois en moins d’une heure un medley de la prestation effectuée par la patineuse japonaise qui a reçu la médaille d’or. Quand le Japon a un gros titre il le passe en boucle si souvent que l’on fini par croire qu’il n’y a rien d’autre qui se passe dans le monde. Depuis qu’elle a gagné cette médaille, dès que je passe devant la télé, ce que j’évite de faire, je vois son string bleu, ce qui n’est pas non plus pour me déplaire. Mais à cela rien d’étonnant. Lorsque j’étais venu au Japon en Novembre 2004, ils continuaient à passer en boucle les victoires japonaises aux Jeux Olympiques d’été de 2004… Quoi qu’il en soit ils finissent par passer l’intégralité de sa prestation. Sincèrement le patinage artistique m’a toujours laissé froid, mais je ne sais pas si c’est d’être venu intime avec elle à force de voir son visage, ou à cause de l’alcool et de la fatigue qu’assène les bains thermaux, ou peut-être parce qu’elle méritait vraiment sa médaille d’or, mais le spectacle qu’elle m’a offert m’a ému à la limite des larmes tant l’ensemble était doux, harmonieux, sensible et sans la moindre imperfection. Merci Shizuka Arakawa.  

 

  Le lendemain matin, on est assaillit dès 8h du matin par un petit déjeuner aussi copieux que la veille, sauf que tous ces poissons, molusques, crustacés, et autres aliments indescriptibles n’ont pas le même attrait au saut du lit. Un café bien noir et un croissant m’aurait convenu, mais je me refuse à faire le difficile et avale tout ce que je peux me permettre. 

  Dehors le temps est con et foireux. Il pleut, il y a de la brume, c’est gris, c’est moche. En temps normal le temps grisailleux me correspond assez bien, mais aujourd’hui il a rien compris car on doit aller sur une petite île en bateau et ce n’est pas le temps rêvé. Sur la mer le bateau tangue, tangue et retangue encore. Je ne suis pas particulièrement sujet au mal de mer mais je suis à deux points de renvoyer le déjeuner du matin dans les fonds sous-marins d’où il a été arraché, et je m’efforce d’ailleurs de ne pas y penser sous risque d’accélérer le processus. En face de moi il y a une vielle femme sur un banc, verte et dégoulinante de sueur, son chapeau sur les genoux, à moitié dessapée, tentant tant bien qu mal de garder la bonne figure qu’elle n’a plus depuis longtemps. On arrive enfin sur l’île !  

  Mais pourquoi être venu ici ? Tout d’abord pour voir une certaine variété de sakura dont j’ai oublié le nom. Normalement Le Sakura si prisé des japonais ne fleurit que fin Mars début Avril selon leur emplacement géographique. Il est d’ailleurs assez hallucinant de voir plusieurs fois par jour à la télévision des journalistes commenter la progression de la floraison qui arrivera à Tôkyô dans deux semaines… dans dix jours… dans deux jours… tandis que les autres membres du plateau poussent des « eeeeehhhh » admiratifs. Et quand les sakuras sont enfin en fleurs, c’est partie pour une méga fiesta où chacun s’approprie son arbre, dépose une grande bâche à son pied, et festoie avec sa famille et ses amis dans un flot de saké. Mais nous ne nommes qu’en février et les sakuras ils hibernent tranquillement. Ce que mon ignorance m’avait caché jusqu’alors, est qu’il existe une grande variété de sakuras (environ 400) et que même s’ils ne possèdent pas la mélancolique noblesse du chef de famille, ils n’en sont pas moins extraordinairement beaux. Mais vu la pluie battante qu’on se prend dans la gueule, il n’y a pas grand-chose à voir, et si j’en ai croisé j’ai oublié. 

  Mais surtout le deuxième atout de cette île c’est sa vue imprenable sur l’île de Honshu (une des 4 îles principales du Japon). Saut qu’aujourd’hui je vois à peine les arbres quelques centaines de mètres plus loin. Mais pas peu têtu, on se rend tout de même dans un grand hôtel de huit étages, pour y admirer le néant grisâtre à défaut d’autres choses. Mais arrivé au dernier étage, le restaurant avec vue panoramique est fermée et on nous refuse donc d’aller remplir nos mirettes de rien du tout. 

  Au retour la mer est redevenue calme. Bientôt on quitte Atami et sa grisaille. Dans le train je suis amusé de lire dans le roman « les bébés de la consigne automatiques » de Murakami Ryu à travers un personnage, qu’une des seules choses en laquelle on peut avoir confiance en  ce monde est la météo de NHK. Effectivement elle m’avait prévenu mais je lui en veux quand même, elle avait qu’à annoncer un temps superbe sur Atami pour tout le week-end !

PHOTOS 25 FEVRIER 

PHOTOS 26 FEVRIER 

INCONNUS DU METRO

 

 

 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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