Si je vous offre un cadeau, même si je ne compte pas le faire, que me répondez-vous ? Merci ? Et si je suis japonais ? Merci encore ? Bou Bou ! (bruit d’une fausse réponse, à opposer à Pin Pon, qui est le bruit d’une bonne réponse, et dont le jeu télévisé d’où provient ces deux bruits était si populaire que cette façon d’indiquer les bonnes et mauvaises réponses dans le langage usuel est devenue aussi courante qu’agaçante). Au Japon on s’excuse avant tout et pour tout. Je m’excuse donc de vous offrir un cadeau de piètre valeur qui est certainement très nul, et vous vous excusez de m’avoir fait donner la peine de vos offrir ce cadeau… En France on remercie car on accepte l’attention de l’autre, et on en est heureux. Au Japon on est embarrassé d’avoir causé à l’autre de l’attention sur soi même. La nuance est très importante ! A tel point que l’on hésitera parfois à offrir un cadeau à quelqu’un, sachant que cette même personne cherchera à nous rendre l’attention par un cadeau de même valeur voire supérieure et que cela lui causera donc de la gêne…
Quasiment pour toutes les occasions où l’on remercierait en France, il convient de s’excuser au Japon, ce qui n’empêche pas de rajouter des remerciements en même temps histoire de ne pas se tromper et tant que vous y êtes, rajoutez deux trois pas de danse et un haïku, ça peut pas faire de mal sauf si vous avez de l’arthrite. Parfois c’est un jeu d’excuses à n’en plus finir, car l’essence de ces pardons à répétition est avant tout l’humilité et la modestie pour lesquels les japonais rivalisent entre eux à savoir qui sera le plus modeste.
Ainsi il est bien vue de parler de son conjoint en le rabaissant, du moins en rabaissant ses capacités. En France il y en a qui ne peuvent pas ouvrir la bouche sans vanter les mérites de leurs conjoints (trait particulièrement féminins qu’il faudra m’expliquer…) et au Japon cela serait des plus déplacés, presque inconcevable. En gros pour inviter quelqu’un à dîner, déjà excusez-vous de l’embarrasser à venir jusque chez vous, puis excusez-vous de votre maison moche, de vos enfants qui ne sont pas brillants, et de votre femme qui ne fait pas bien la cuisine si vous êtes un homme ou de votre mauvaise cuisine si vous êtes une femme, car soyons sérieux, on est au Japon, un homme ça ne cuisine pas ! Déjà quand un homme japonais sait enfiler ses chaussettes par lui-même c’est miraculeux... mais je reviendrais sur cet aspect dans un autre article.
Il faut un certain temps avant de s’accommoder à cette façon de pensée car il faut tout bonnement changer sa façon de réagir intérieurement. Les premières fois où je me suis vu déprécier par ma femme devant d’autres personnes, alors qu’elle me supporte plutôt d’habitude, il y a eut chocs des cultures avec lâchée de noms d’oiseaux et haussement de ton. Maintenant je prends les devants, quand je me présente je dis « bonjour Guillaume Tauveron, je suis un réalisateur AMATEUR qui n’ai fait que des PETITES choses sans aucune valeurs et je pense d’ailleurs me suicider d’ici la fin de l’année, mais puisque je suis nul j’ai peur de me rater. Et vous comment ça va ? » Au moins on gagne du temps en engueulade.
Tant que j’y suis avec les mésententes franco-japonaises, voici une petite anecdote. C’était il y a si longtemps que je commencerais bien mon histoire par « il était une fois », je ne sais plus de quoi je parlais avec ma femme qui ne l’était pas à l’époque (non ce n’est pas un trans…), mais c’était un sujet à fleur de peau. Tout à coup elle m’a tapoté doucement la tête en disant « c’est bien, c’est bien ! » et paf ! Encore un choc culturel. En France on a plutôt l’habitude de faire ça pour se moquer de quelqu’un, comme en caressant la tête d’un chien, « mais oui t’es beau, mais oui t’as raison… ». Evidemment, sans penser que le même geste avait peu de chances d’avoir la même signification j’ai cru qu’elle se foutait de ma gueule et je me suis énervé. Alors qu’en fait, au Japon, on tapote, ou on frotte, la tête de quelqu’un quand il a fait quelque chose de bien. Pour le récompenser en sommes. Ah putain le con ! En plus je n’avais pas d’excuses car j’avais déjà vu ça dans des mangas (je ne citerais pas Dr Slump car apparemment c’est une référence plutôt honteuse… mais je m’en fous, moi ça me fait rire).
Tout ça pour dire que de toute façon, même si j’essaie de vous prévenir à l’avance des pièges à éviter, vous foncerez forcément droits dans d’autres que j’ai oublié ou que je n’ai pas encore désamorcé et qui m’attendent sadiquement dans un coin, donc amusez-vous bien !
LIEN VERS PHOTOS D'AUJOURD'HUI
+ Nouvelle critique : Seppuku de Masaki Kobayashi
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