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Dimanche 5 février 2006

  Réunion de travail. J’ai retrouvé dans un restaurant de Shibuya le réalisateur Hiroshi Toda, la compositrice Mikiko Hasegawa, et le producteur Kengo Nishimoto. On a commencé par éclaircir le résumé du scénario que je leur avais envoyé, car écrit avec mon pauvre japonais c’était loin d’être parfaitement compréhensible. Heureusement, entre Mikiko qui parle français et anglais, et Kengo qui parle anglais, ont a fini par se comprendre. Le scénario compris et accepté, on a commencé les préparatifs. Tout d’abord les acteurs. Comme il y a peu de personnages, cela ne sera pas trop difficile de réunir un casting dont nous avons déjà la plupart des noms en tête. Nous avons contacté une actrice qui correspondrait au rôle principal féminin et nous attendons sa confirmation. Je l’avais remarqué dans deux autres films de Toda et le rôle lui irait parfaitement.

 

(Hiroshi Toda)

  Ensuite nous avons établi le planning de travail. Il faut que d’ici le 20 Février, j’ai fini d’écrire l’intégralité du scénario et qu’il ait été traduit en japonais par ma femme. Puis nous tournerons du 1er au 15 Mars entre les villes de Kyoto et de Fukui. Toda ayant tout de même un autre travail, celui de gérant d’un hôpital psychiatrique, il sera occupé par la suite jusqu’au 23 Mars. S’il reste des scènes à tourner, étant reparti pour Tôkyô entre temps, je repartirais à Kyoto pour finir le tournage. Et enfin, comme Toda rentre avec moi en France pour se rendre dans des festivals où certains de nos films ont été sélectionnés, nous en profiterons pour tourner quelques plans en France.

(Mikiko HASEGAWA)

 

 

    C’est un planning assez chargé. Mais pendant le peu de temps qu’il reste, je souhaiterais parvenir à réaliser un court-métrage avec un ami qui est acteur et vraiment très doué. Je suis allé voir la pièce de théâtre dans laquelle il jouait hier et il a un charisme extraordinaire. Il n’y a malheureusement pas de rôle qui lui corresponde dans le film que l’on va tourner, mais je vais tenter de réfléchir à un scénario de court-métrage. Cela fait un an maintenant que l’on s’est rencontré et que nous souhaitons travailler ensemble et il ne faut pas trop faire traîner ce genre de choses.

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Dimanche 5 février 2006

  Ce qui est amusant au Japon est qu’ils ont leur propre conception du chauffage central. C'est-à-dire qu’il y a 1 pièce chauffée à bloc, où tout le monde se réunit, tandis que tout le reste de la maison est laissé dans le froid le plus total. On hésite pas, même en hiver, a laisser la porte d’entrée ouverte car sincèrement ça ne change pas grand-chose. A force de passer d’une pièce chauffée à 30° à un couloir à -10°, j’ai perdu deux plombages et une testicule à cause du choc thermique. Et puis cela donne aussi l’occasion d’examiner attentivement les plafonds de la maison après avoir attrapé un chaud et froid carabiné.

(Famille inconnue volée sur le net)

 

 

   Je continue sur les éléments du chauffage japonais pour présenter deux objets assez intéressants. Il y a tout d’abord le « Kotatsu ». C’est une table chauffante électrique, le plus souvent recouverte d’une couverture, autour de laquelle se réunit la famille. Sous le plateau de la table il y a une résistance électrique qui permet d’avoir les jambes tenues bien au chaud.

(Les dessous interdits du Kotatsu)

 

 

    L’autre instrument indispensable est la « hotto capeto », soit la « carpette chaude ». Cela ressemble à un tapis, ça a la texture d’un tapis, sauf que ça vous chauffe les fesses à plein tube. Même système de résistance qui chauffe et qui permet d’avoir une source de chaleur privée et directe.  

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Jeudi 2 février 2006

  Il est des choses du Japon qu’on sait sans connaître. Tout le monde sait que les japonais raffolent des bains et que c’est chez eux une source de détente extrême confinant au rite ancestral. Par contre, la façon de se laver est bien souvent méconnue et c’est le point sur lequel je souhaite vous éclairer aujourd’hui.

  La salle de bain au Japon est une vraie salle d’eau. C'est-à-dire que toute la pièce est inondable. On peut s’amuser à foutre de l’eau partout, y compris sur les murs. Les japonais qui se sont amusés au même jeu chez leur correspondant français ont du apprendre le choc des cultures à leur dépends… Le sol de la pièce est constitué de carrelage, avec un trou plus ou moins central pour que l’eau s’y écoule. Vous y trouverez à la fois une douche et une baignoire déjà remplie d’eau fumante. L’eau du bain est, entre guillemets, sacrée. Elle ne sert pas à se laver mais à se détendre, et la même eau sera conservée pour toute la famille (la température étant thermo-régulée par un système hautement sophistiqué comme l’aime les japonais). Les Français qui se plongeront dans le bain immédiatement, se savonneront et se rinceront dans le bain avant de pisser dedans pour finir, apprendront également le choc des cultures à leur dépends.

  Avant de rentrer dans le bain, il faut tout d’abord laver les parties impures, à savoir l’entrejambe et les pieds, et également le cul selon les régions. Suite à cette première douche, l’on peut enfin se glisser dans l’eau brûlante. Mais perdez tout espoir de vous y étendre. Les baignoires sont relativement petites, même pour des japonais, un peu comme les baignoires-sabots de nos grands-parents.

  Vous pouvez vous y délasser selon votre désir et surtout selon votre résistance à la chaleur, mais surtout sans péter dans l’eau du bain, ce qui prouverait que vous n’avez pas compris l’importance de la pureté de ce moment. Et à la question « puis-je péter en dehors du bain ?» il faudra que je consulte un expert avant de vous répondre.

  Le corps rendu suffisamment flasque, vous pouvez maintenant sortir du bain, vous shampouiner et vous savonner avant de vous rincer avec… avec… avec la douche évidemment. Comme les japonais sont prévoyants, ils disposent sur la baignoire un système de fermeture enroulable doublement utile puisqu’il sert à conserver la chaleur de l’eau, mais également à éviter toute projection de savon ou de shampoing dans l’eau. Donc vous pouvez vous frictionner avec toute la passion que vous le désirez tant que vous avez pensé à refermer le bain.

  Et après s’être rincé, il est coutume de retourner une seconde fois dans le bain…

  Maintenant vous ne pourrez pas dire que vous n’avez pas été prévenu !

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Jeudi 2 février 2006

  5h30. Le réveil sonne. Il peut toujours faire la malin avec ses bips superficiels car, enthousiasme mêlé de stress oblige, je suis déjà réveillé depuis belle lurette. Et quoi de mieux au saut du lit que de faire un peu de muscu ? J’attrape donc la plus grosse valise, celle de 30 kg, et m’amuse bien malgré moi à la descendre six étages plus bas, sans ascenseurs évidement. Je m’étais déjà amusé deux jours auparavant à les monter au sixième où habite l’amie qui nous logeait sur Paris, j’aurais bien du me douter que cela ne se serait pas arrêté là. Et puis il faut dire que c’est des étages qui ont de l’envergure. Chacun séparés par un escalier en colimaçon grimpant à pic, ils trônaient avec défiance et un certain amusement de voir mes lombaires s’effriter au fil des marches. Mais comme j’ai ma fierté je fais le gars qui ne souffre pas et passe devant leur pauvres numéros crasseux avec mépris. Le jeu enfin fini, faut que je remonte au sixième étage chercher la seconde valise, celle qui fait juste 22 kilos. Je monte au pas de course du tout, empoigne la valise et ma femme avec, dit au revoir à notre amie et c’est parti.

  Quelques vertèbres déplacées plus loin après avoir monté et descendu les valises au gré des escaliers du métro parisien qui doit être le paradis pour les handicapés masochistes, enfin l’aéroport Charles de Gaulle. Le nom me dit quelque chose… sans doute un ancien de la star ac’. Arrivés deux heures et demi avant l’embarcation et étant les premiers, je demande à ce que l’on soit placé dans l’avion sur le côté et surtout aux rares places où il n’y a que deux sièges au lieu de trois, nous offrant ainsi une plus grande tranquillité. Comme on est les premiers, pas de problèmes.

  Le premier vol qui nous emmène prendre notre correspondance à Rome est effectué par Air France. Je remarque que nous sommes trois côte à côte mais cela est normal puisque ce n’est qu’un petit avion faisant le transit entre Paris et Rome, et ma demande « capricieuse » ne prendra effet que sur le gros modèle qui nous emmènera de Rome à Tokyo.

  J’attends avec impatience le moment où l’avion va s’élancer. J’adore la sensation de cette poussée gigantesque qui nous cloue en arrière tout en nous propulsant en avant. C’est le même sentiment de puissance et de lâcher prise que celui ressenti durant un sprint, ou celui de tout lâcher subitement pour s’envoler au Japon pour y réaliser un film à peine à moitié écrit. L’envol ne me déçoit pas, fulgurant, m’assommant à moitié, me ravissant complètement.

  Des sentiments plus matérialistes m’assaillent soudain car cela fait tout de même 5 heures que je suis debout à faire le sketch de la valise, avec ou sans spectateurs, et je n’ai toujours rien avalé à part un demi pain au chocolat payé à un prix plus que malhonnête à la boulangerie de Paul de l’aéroport, et mon estomac crie FA MI NE, tout en se demandant ce que peut bien être cette dernière note. Mais nous sommes avec Air France et je ne doute pas de recevoir un bon petit dej à la française. Comme quoi la confiance aveugle en nos compatriotes nous aveugle. En guise de boisson une ridicule canette de 15cl de jus d’orange, affublé de deux pauvres gâteaux secs que ces charognards avaient du aller piquer dans la boite à gâteaux de mon arrière grand-mère maintenant décédée pour le meilleur de son entourage.

  J’aspire ce petit déjeuner et m’inquiète d’une amnésie passagère tant je n’ai aucun souvenir d’avoir ingurgité quoique ce soit, puis prend mon mal en patience en prenant des photos par le hublot avec une certaine admiration jalouse pour le paysage qui défile en-dessous de moi et découvrant que les Alpes c’est quand même vachement grand.

  Un atterrissage réussi plus loin, je tombe amoureux d’une sœur italienne borgne et décide d’immortaliser sa prestance digne du sœur Marie-Thérèse des Batignoles.

 

 

  A peine une heure d’attente avant de prendre l’autre avion, cette fois-ci de la compagnie Alitalia. En guise de place à deux sur une des rangées du bord au fond de l’avion comme stipulé ci-dessus, on se retrouve vers l’avant, en pleine rangée du milieu (adieu hublot de mes premiers émois aérotiques) avec un japonais bien portant comme voisin. A l’instar des nombreux oiseaux dont nous nous apprêtons à violer fièrement le territoire, de nombreux noms de leurs espèces volent à travers la cabine avant de s’écraser platement devant l’inutilité d’un tel envol. Mais la bonne et étonnante surprise est que l’avion est plus qu’au ¾ vide et finalement chaque passager possède 3 sièges pour lui seul, ce qui sera un grand avantage pour dormir. Notre voisin a même la bonne initiative d’aller se chercher fauteuil ailleurs et nous l’en remercions.

  Nouvelle poussée, nouvelle érection mentale, nouvelle attente du repas. Il y a le choix entre repas italien et repas japonais. On décide de prendre chacun un plat différent afin de partager. Quel que soit le choix effectué il aurait été difficile d’envier à l’autre son repas et il aurait été malpoli de le partager car comment donner à autrui ce que l’on ne veut pas soi même ? J’avais été habitué jusqu’ici à voler avec British Airways dont ont m’avait dit le plus grand mal de leur nourriture, alors que personnellement j’avais pris un pied ingénue à manger leurs maigres plateaux-repas, et m’attendait donc à un bon repas de la part d’Alitalia. En cas de doute sur les définitions des mots insipides et étonnamment mauvais il serait utile d’avoir, à défaut d’un dictionnaire, un plateau repas Alitalia dont la justesse de la définition sans aucune parole pourraient s’avérer du plus poétique. En attendant, mon poil commençait à se hérisser. Trois verres de vin le lissèrent à rebrousse-poil et je décidais de finir de déconnecter mon cerveau définitivement avec un film. Vu le choix de films, pas vraiment de choix, et ce fut Cindarella Man de Ron Howard qui fut doublement le grand gagnant.

  Je vous passe le détail sur le reste, et sur le plateau repas du petit déjeuner dont il resta beaucoup de restes également, pour me contenter de vous expliquer un petit détail administratif. Il en va peut-être de même pour tous les autres pays, mais comme je n’ai voyagé jusqu’ici que dans deux pays : le Japon et la Suisse (si, si, c’est un pays !) je n’en sais pas plus. Toujours est-il qu’il faut pour tout étranger remplir un tout petit formulaire présentant son identité et le but de sa visite. Comme tout truc administratif c’est chiant mais il faut le faire. Le plus amusant reste tout de même le moment où l’on arrive au service de l’immigration et que l’on vous dit que le formulaire est trop vieux et qu’il vous faut en remplir un autre qui est en tout point pareil si ce n’est un centimètre de marge en moins. Je perds donc dix minutes à recopier ce pour quoi j’avais déjà perdu dix minutes dans l’avion, et je peux enfin aller récupérer mes valises et entrer véritablement au Japon.

  Comme cela me manquait, je recommence le sketch de la valise, enfin des valises, me tape trois heures de train et de métro pour enfin arriver au Home Sweet Home de mes beaux-parents. Il est 13h45 au Japon, soit 5h45 en France. Après vingt-quatre heures de voyage anti-gastronomiques les Dieux japonais me récompensent par une plâtrée comme on en fait plus de curry japonais. Et tandis que je déguste ce plat, la fatigue et l’énervement redescendent enfin, je pense aux combinis, aux sushis, aux jolies japonaises et à leurs tenues vestimentaires singulières, à la douce clarté du soleil passé midi, aux petits ruelles aussi étroites qu’illuminées par les néons des restaurants qui s’entassent sur plus de dix étages, aux croissement des corbeaux… Ça y est. Je suis enfin rentré chez moi.

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Samedi 28 janvier 2006

  Je ne décolle que mardi matin (enfin si Alitalia a cessé de s'amuser à annuler plus d'une centaine de vols par jours) mais comme je pars dès demain sur Paris, je n'aurais pas l'occasion d'écrire avant mon arrivée au Japon.

  Avant de retrouver les toits étroits de Tôkyô je fais un petit point sur la situation.
  Tout d'abord sur ce Blog, qui initialement devait traiter uniquement du documentaire sur le Japon. J'ai décidé d'élargir ses horizons à tout ce qui concerne la réalisation et le Japon. J'ai fait un pari, celui de devenir réalisateur et celui de travailler en étroite collaboration avec le Japon. Cette profession de foi je l'ai totalement embrassé il y a environ deux ans mais y pensait depuis bien plus longtemps. Aujourd'hui si je me retourne sur le chemin que j'ai parcouru jusqu'ici, je dois reconnaître que j'ai avancé de façon relativement droite vis à vis des buts que je m'étais fixés et que j'ai tout de même fait un petit bout de chemin. Mais pour être objectif jusqu'au bout, le point de départ ne me semble malheureusement pas si éloigné que ça et quand je regarde vers l'avant je ne vois pas la moindre ombre de la ligne d'arrivée, ce qui est normal puisqu'il n'y a aucun but ultime. Il s'agit juste du travail d'une vie cherchant à suivre une certaine direction de façon la plus régulière possible. Vais-je réussir ou me casser la gueule ? C'est le web-réalité en direct. Il y a environ 5 ans, je me suis juré qu'avant mes 30 ans je verrais un film que j'aurais réalisé être distribué dans un des cinémas de Clermont-Ferrand où j'ai l'habitude d'aller depuis que je suis petit. J'ai bientôt 27 ans et un bac littéraire option mathématiques qui me permet d'affirmer qu'il me reste à peine trois ans pour y arriver. Trois ans c'est très peu mais c'est également énorme quand on y pense. Il y a trois semaines j'étais moyennement enthousiaste vis à vis des mois à venir que j'imaginais morne, et me voici parti pour le Japon pour y co-réaliser un film que j'aurais écrit. Alors bien sûr il va falloir faire beaucoup d'efforts et ne pas perdre trop de temps, mais c'est réalisable.

  A propos du film, le projet a bien avancé. J'ai écris le gros de l'histoire, j'ai un titre, on a déjà décidé des acteurs principaux... D'ici que le tournage commence (début Mars à priori) j'aurais largement temps de réécrire le scénario deux ou trois fois pour le parfaire le plus possible. Tandis que je l'écrirais à Tôkyô, Hiroshi Toda se chargera certainement de rechercher les lieux à Kyôto ou/et à Fukui. Cela a l'air simple comme ça, mais à mon avis ce qui va être dur est la barrière de la langue. Todasan ne parle ni français ni anglais, et moi je baragouine le japonais... Heureusement une des actrices parle français et anglais, et le producteur parle anglais, donc en faisant un Gloubi Boulga de ces trois langues on devrait parvenir à se comprendre. Au pire il reste le mime pour lequel je suis très doué (voir Le nouveau Marceau et ne pas trop m'en vouloir après : http://www.guillaumetauveron.com/download/Le_nouveau_marceau.rmvb). On a pas encore décidé des informations que l'on filtrera ou non, donc pour le moment je ne peux rien dire, mais au fil du tournage je vous ferais part de quelques infos et de quelques photos.
  Prochain article en direct du Japon

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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