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Mercredi 15 février 2006

  Hier surprise au repas. Je m’attable innocemment sans me douter de rien. La vie est belle. Je suis au Japon. J’ai une vie saine faites de créativité, de sport, et de rencontres. Quoi demander de plus ? Ce soir là, la vie a décidé que ce n’était pas suffisant et de m’apporter des huîtres frites. A l’instar des aliments de la veille, les huîtres sont recouvertes de chapelure puis trempée dans de l’huile bouillante. Tel un Indiana Jones sans chapeau je m’empare de cette nouvelle connaissance culturelle sans aucun à priori ni soupçon. J’y vais doucement au départ, puis je suis le rythme de mon beau-père. Deux… Trois… Quatre… Sept… Dix… Douze… Bon si je m’arrêtais là. 

  Le repas se passe sans problèmes ainsi que les 3 heures suivantes. Puis soudainement c’est le chaos dans mon ventre. L’enfer a décidé de s’ouvrir en deux, et il a choisit mon ventre pour le faire. Remarque cela faisait longtemps que je n’avais pas passé une soirée en tête à tête avec des toilettes et franchement on s’emmerde vite. Il n’y a pas grand-chose à contempler à l’intérieur. De l’eau, de la faïence, on en a vite fait le tour. Mais mon tour de manège à moi n’est pas près d’être fini… 

  Alors n’oubliez jamais ceci : « une huître frite en vaut deux » donc ne dépassez pas la dose prescrite par votre médecin sous peine de soirée anti-romantique.

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Lundi 13 février 2006

  Aujourd’hui journée intéressante en perspective. Des amis vont nous emmener, ma femme et moi m’aime, chez un potier afin que nous fassions notre propre chef d’œuvre. Après l’activité physique de la veille, un peu de créativité ne me fera pas de mal. Ayant retrouvé les dits amis qui n’étaient que deux, nous errons dans les petites rues à la recherche du fameux artisan. Il faut savoir que les japonais aiment leur intimité au point de rendre quasiment impossible le fait de trouver leur habitation. On peut trouver l’arrondissement, la rue parfois, mais la maison elle-même reste très difficile à trouver. Alors comment font-ils pour se rendre chez des amis pour la première fois ? Ils se donnent rendez-vous soit à la sortie de métro la plus proche, ou à un autre lieu reconnaissable… Pourquoi faire compliqué quand on peut faire encore plus compliqué ? 

 Après avoir erré, un homme costaud à moustache nous fait signe de l’autre côté de la rue et rentre dans ce que je croyais être rien du tout. Nous le suivons et entrons dans le repère de la bête. Un petit atelier de poterie bien caché en pleine rue résidentielle. Le gars me paraît un peu bourru de prime abord, mais ce n’est finalement que de la timidité, peut-être exacerbée vis-à-vis de l’étranger qui vient de pénétrer dans son antre. Il nous fait choisir à chacun un modèle d’objet à confectionner. Le choix n’est pas énorme. Une demi-douzaine de formes différentes nous ait offerte : tasse avec anse, bol, verre, plat de force ovale… Moi je pars pour le bol. Il faut ensuite choisir la couleur finale du produit, car selon qu’elle sera sombre ou claire, l’argile à utiliser ne sera pas le même.  

Ayant tous choisis des futurs tons clairs, notre moustachu nous emmène un unique bloc d’argile mastoc, suivie d’une petite balance. Il me donne une sorte de fil à couper le beurre et me dit de couper un morceau de 700g. Je dois avoir un compas dans l’œil car ça me démange parfois et surtout en un seul coup je sors un morceau de 700g pile. Je fais ensuite une grosse boule avec le tout, puis l’enveloppe dans une serviette humide afin que l’argile ne durcisse pas durant le temps que mes camarades procèdent à leur tour, sans mon magnifique succès immédiat, au couper d’argile. 

Vient la partie suivante où il explique à chacun comment procéder avec sa boule d’argile selon l’objet qu’il désire obtenir. Moi il me dit de faire une pizza bien ronde de l’épaisseur d’une règle en bois qu’il me prête contre un chèque en caution et un pacte du sang. Je m’arme d’un rouleau à pâtisserie, puis mon travail de pizzaïolo accomplit il me donne un cercle de carton que je dois apposer sur ma pizza et couper au cutter tout ce qui dépasse. Ah ben bravo les 700g piles si c’est pour en virer une grosse partie.   

  Ensuite il me met un pot de fleur au cul rond à l’envers devant moi et me fait comprendre qu’il faut que ma pizza prenne la forme de ce cul. Mais il faut que j’y aille lentement et progressivement pour ne pas froisser l’argile. Je pose ma pizza dessus et en tapote donc lentement les bords jusqu’à ce qu’elle épouse en son âme et conscience la forme de ce cul de pot de fleur. Et j’ai l’insigne honneur de signer ma création en traçant au crayon dans la pâte molle. Puis à l’aide d’un pochoir j’appose tout autour du bol la forme d’une fleur de cerisier. 

  Et tout d’un coup il se ramène avec un sèche-cheveux. Bon je sais, je suis sorti sans me coiffer ce matin, mais c’est pas franchement le moment pour ça. Il s’agit en fait de réchauffer l’argile pour qu’il durcisse. Enfin la dernière touche, une fois le bol presque formé et enlevé de son perchoir, est d’en lisser les bords intérieurs et extérieurs avec de l’eau. Et il n’y a maintenant plus qu’à attendre un mois pour qu’il le chauffe et mette le coloris choisit… Ouais ben il y a intérêt à faire un long séjour au Japon pour pouvoir participer à cet atelier, mais c’est super sympathique et cela ne coûte que 1000 yens (environ 8 euros) et je le recommande fortement.   

  Puis vient la nuit avec son pote l’appétit, et ça tombe bien car mon ami (monsieur Komatsu, à ne pas confondre avec le kotatsu…) connaît plein de restaurants où on mange à volonté. Il nous emmène dans un restaurant de agemono, soit de la nourriture frite. Pour 1800 yen (soit environ 13 euros) c’est l’éclatage véhément d’estomac assuré durant 70 minutes (au-delà cela coûte un supplément). Tout d’abord au niveau du choix d’aliment à frire, il y a plein de sortes d’aliments, tous juchés au bout de leurs piques à l’instar des nobles français de la fin du 18è. Il y a de la viande, des crevettes, du poulpe, différente variété de poisson, des takoyakis (beignets au poulpe), de la citrouille, des girafes, des boules de pétanque, des bibles… (à vous de voir quand je me suis égaré => jeu gratuit sans obligation de participation). On fait son choix puis on retourne à sa table où au centre trône un trou plein d’huile bouillante, mais avant d’y enfourner sadiquement les bâtonnets, il faut d’abord tremper la nourriture dans une sorte de liquide blanchâtre sans odeur dont je ne saurais vous dire le nom, puis dans ce qui fait office de chapelure et enfin on ébouillante. Plaisir sado-masochiste puisque le retour de manivelle vient se déverser dans votre bouche lorsque vous croquez dans l’aliment gorgé d’huile bouillante. Et quand y en a plus y en a encore autant que vous voulez. Ou alors quand y en a marre y en a plein d’autre. On peut également manger du odon, ou du riz au curry (caréraisu dont les japonais sont friands) ou diverses salades. Il y a des gâteaux, des fruits, de la glace… Tout à volonté que je vous dis ! Donc pas de pitié.  

  Que ce soit pour la poterie ou le restau n’hésitez pas à m’écrire si vous voulez des renseignements. Je suis un mec sympa et contre une grosse somme d’argent je n’hésiterai pas à échanger gratuitement mes connaissances.

Photos : http://www.guillaumetauveron.com/Images/Photos/Voyage_Japon%202/Photos-voyage-Japon2-12F.htm  

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Dimanche 12 février 2006

  6h. Putain me voilà déjà debout encore prêt à aller faire le mariol. Le programme d'aujourd'hui est une randonnée en montagne avec deux amis du club des Crazy 88. En fait ils sont que quatre membres dans ce club, enfin cinq avec moi, mais je suis un membre honoraire qui me pointe quand ça me chante et surtout quand il n'y a pas 10 000 kilomètres qui nous séparent. C'est une bande de dingues qui chaque année se tape une course de 78 km en montagne et qui dure environ une vingtaine d'heure, courant de nuit avec des lampes vissées sur le front en espérant ne pas rater le prochain tournant. Pour les présenter rapidement, il y a tout d'abord Taguchi, qui est le leader puisque le plus âgé. C'est un maniaque de l'équipement et il dispose toujours de tous les gadgets derniers cris. Il y a ensuite Yoshimura, mais qu'ils appellent Yojimura, car il a souffert il y a quelques années d'une crise d'hémorroïde et malheureusement tout le monde l'a su, grâce à Taguchi qui est un petit blagueur, et comme hémorroïde se dit « ji » en anglais ils ne l'ont pas épargné. Après il y a Nishio qui est le marrant de la bande et qui est toujours de bonne humeur. Il m'a raconté la semaine dernière, qu'une fois où il s'était complètement bourré avec ses collègues, il avait grimpé sur la très célèbre statue d'Hachiko à Shibuya. Des photos ont été prises et j?essaie de me les faire envoyer. Enfin le dernier, Nagasaki, comme la ville tristement célèbre, qui est le plus jeune et le plus timide mais qui est très sympathique. Mais aujourd'hui je ne retrouverais que Taguchi et Nagasaki.

  6h30 je décolle de la maison, j'achète un « Free Pass » pour Tanzawa et prend la ligne Odakyu (je vous donne tous les détails pour que vous puissiez à votre faire cette superbe randonnée) jusqu'à la station de Shibusawa où je retrouve Taguchi et Nagasaki (de son prénom Kenbo qui sera plus court à utiliser). 10 minutes de bus supplémentaires nous emmènent au départ de la randonnée qui ne fait que 7 km, mais avec 1km 200 de dénivelé, j'aime autant vous dire que les guiboles en ont prit leur compte. Enfin bon c'est donc parti pour la grimpette. Ça grimpe sec et cela en sera toujours ainsi. On discute. Moi comprenant un tiers des phrases en me vantant, et un quart pour être presque honnête. On a un peu chaud avec toutes nos épaisseurs, mais comme on va grimper à 1500m d'altitude et que l'on est en hiver, on sera bien content de cet équipement une fois en haut. Au détour d'chemin, on croise un espèce de dingue avec un minuscule short violet et des cuisses de gorille qui descend en sens inverse. On rigole et on avance.  

Quelques mètres plus loin, on arrive à une espèce de minuscule échoppe en bois où l'on peut se ravitailler en boissons. J'ai un peu crapahuté dans les montagnes japonaises, et j'ai toujours trouvé de ces échoppes dans les coins les plus reculés, mêmes hauts en altitude. Comment ils peuvent gagner leur vie, et comment ils se ravitaillent c'est un mystère. J'ai la réponse à ma première question en achetant une bouteille d'eau trois fois son prix normal. La réponse à la seconde question, je ne l'aurais qu'une fois au sommet, donc je ne dis rien pour le moment. 

  Et peu après commence la montée des marches. Comme c'est un chemin très pratiqué pour cause de vue extatique une fois au sommet, une grande partie du chemin a été constituée avec des marches, qui sont en fait de simples rondins de bois. Je ne les ai pas compté mais il y en a largement plus de deux mille. Aucun entraînement dans une salle de muscu ne peut rivaliser avec le travail que mes cuisses et fessiers ont effectué et je les sens encore vivement à l'heure où j'écris. Au départ ça me fait rigoler de monter ces marches mais j'apprends très vite à en avoir la nausée à la moindre vue. Toutefois, la vue sur le mont Fuji qui est de plus en plus magnifique diminue la grande partie du côté astreignant.

 

     En plus des echoppes-étapes, et des escaliers, les japonais ont encore inventé un moyen de lier la promenade en nature à la civilisation mais je dois avouer qu'il s'agit d'une très bonne idée. Ils ont disséminé environ tous les cinq cent mètres, un petit panneau avec un nombre à chaque fois différent et un numéro de téléphone. Comme ça en cas de malaise où d'accident, il suffit de se traîner jusqu'au premier panneau, de composer le numéro écrit dessus (encore faut-il avoir un portable) et de dire au secours le nombre affiché sur le panneau, qui leur servira de point de repère pour venir le sauver. Après il faudra que le gars prenne son mal en patience, car ni hélico ni voiture ne pourront accéder à ces petits chemins sous les bois, mais c'est toujours mieux que d'attendre en se demandant si quelqu'un va venir. 
  Ah oui, un truc que j'ai zappé. Avant de commencer la grimpette on m'a appris des règles importantes à observer. Tout d'abord ceux qui descendent s'arrêtent pour laisser la place à ceux qui montent, histoire de ne pas foirer leur élan. Ensuite quand on croise quelqu'un on doit se dire bonjour. Sauf que le Japon est féru de raccourcis, et j'y consacrerais un article entier tant c'est intéressant, histoire de gagner du temps. Donc au lieu de dire ohayo gozaimasu, qui est sommes toutes assez long je vous l'accorde, on prononce une espèce de son qui n'y ressemble quasiment pas et qui donne une sorte de « eusse ». Si vous vous promenez et que vous entendez des sifflements persistants au loin, ce n'est ni une attaque de serpents ni la résurrection de Voldemort, mais simplement des randonneurs japonais qui se croisent. 

  Un peu plus haut, je croise un japonais qui m'aborde, non sexuellement, pour me demander d'où je viens. Je lui réponds de France, bien évidemment. Il me demande de quelle ville et je lui réponds que c'est une petite ville persuadé qu'il ne connaîtra pas Clermont-Ferrand. Il me cite une chiée de villes sans trouver, puis je lui balance le nom style : « tu vois tu connais pas ». Et là il me parle de la première croisade catholique qui était parti de Clermont-Ferrand au 11è siècle. Ce qui me flingue d'autant plus est qu'un autre japonais m'avait fait exactement le même coup la veille. Ce n'est pourtant pas une donnée particulièrement célèbre. Moi je le savais par hasard parce que mon frère avait regardé un documentaire sur les croisades et m'avait fait part de cette donnée mais que deux japonais sans aucune relation l'un avec l'autre connaissent ce détail me rend respectueux et admiratif.  

  A force de grimper, on fini par rencontrer un peu de neige, puis de plus en plus. J'ai toujours tendance à me foutre de la gueule (mentalement) de Taguchi et de ses divers gadgets, mais à chaque fois je dois accepter leur utilité. J'avais déjà croisé par le passé des randonneurs qui s'aidaient pour marcher avec une sorte de bâtons de ski, et je m'étais dit « regarde-moi ces cons là, ils ont même pas remarqués qu'ils ont paumés leurs skis » mais quand Taguchi m'a prêté un de ces fameux bâtons, et que cela m'a évité de me glander lamentablement dans une descente abrupte totalement givrée, j'ai du une nouvelle fois admettre mon erreur, bien que je pense toujours que ces cons de randonneurs avaient paumés leurs skis. 

  Et on arrive enfin en haut au bout de quatre heures de marche. La vue est extraordinaire. On peut contempler un seul coup le Mont Fuji, des chaînes de montagnes légèrement embrumées, la ville dans la plaine et tout au loin la mer. Ce paysage se passe de mot.

 

    On va se réchauffer un peu à l'intérieur de l'échoppe qui trône en ce sommet et j'ai le plaisir de boire un café bien chaud. Et la surprise est d'autant plus agréable que ce café est plus fort que ceux que j'ai coutume de boire au Japon, sans l'être autant qu'en France, car la plupart du temps quand on me sert un café au Japon j'ai envie de demander « est-ce que je pourrais avoir un peu de café dans cette eau marron ? ». Et pendant que nous avalons notre repas, un grand gaillard avec un énorme paquetage sur le dos déboule. Je le regarde attentivement enlever son sac. Il en sort un certain nombres de bouteilles et cannettes puis va les ranger derrière le comptoir et j'ai enfin la réponse à ma seconde question. Ils se tapent un aller-retour tous les jours en transportant toute la marchandise sur le dos. Incroyable ! Mais je n'ai pas fini d'être étonné par l'endurance japonaise.

 

    En repartant on croise un dingue en petit short violet avec des cuisses de gorille alors que le sommet est couvert de neige et que moi je viens d'enfiler mon bonnet et ma capuche en frissonant. Taguchi profite d'une seconde pour lui demander combien de fois de suite il a grimpé la montagne. Trois fois ! Ce putain de malade a grimpé la montagne 3 fois ! Et il n'est qu'13h30. Nous, l'aller-retour nous prendra en tout 6h30 sans trop glander. Même en considérant qu'il ne lui faudrait que 3h30 pour faire l'aller-retour, et encore faudrait-il qu?il soit au moins Batman, cela voudrait dire qu'il a commencé la grimpette aux alentours de 3h du mat. Complètement cinglé! Mais je suis fasciné par son endurance que je ne parviendrais jamais à égaler. J'avais connu mes limites physiques en faisant une course de 25km dans les montagne d'Auvergne, et j'étais revenu avec une vieille casserole toute déglinguée en guise de corps. J'avais franchi la ligne d'arrivée, certes, mais telle une oeuvre de Picasso. Donc chapeau au dingue au short ! 
  En redescendant je croise sur le côté une vieille femme d'environ 60 ou 70 ans en train de faire des étirements. Et malgré son âge avancé elle est d'une souplesse et d'une finesse digne d'une adolescente. Cette force vitale dans ce vieux corps est magnifique ! Mais je pense soudainement que je n'ai croisédurant toute cette promenade qu'une seule personne de mon âge. Toutes les autres avaient la quarantaine passée et la majorité était proche de la soixantaine. Au Japon les jeunes ne font pas de randonnées. Pourquoi ? Parce qu'ils n'ont pas le temps et qu'ils sont trop fatigués pour cela. C'est triste mais c'est vrai. Plusieurs de mes amis passent deux ou trois jours par semaines à dormir au bureau, et travaillent un week-end entier sur deux. L'appel du fauteuil ou du lit est plus fort que celui de la montagne.

 

   Le dingue en short nous dépasse à nouveau. Taguchi lui demande s'il s'entraîne pour les jeux olympiques mais l'autre ne répond pas. Il à autre chose à foutre. Moi aussi d'ailleurs. Je me concentre pour avancer sans me casser la gueule. En plus comme j'ai pas mal couru cette semaine, j'ai les jambes bien fatiguées. Et pour parachever j'ai piqué les chaussures de montagne de mon beau-père. Et bien que j'ai des pieds plutôt petits pour un français, mon beau-père fait 1m65 les jours de grand soleil et je me sens comme une chinoise aux pieds comprimés. Comme on est tous un peu crevé, on passe la dernière heure à courir histoire de se reposer. Et enfin, après 2h30, on arrive à l'arrêt de bus. 
  Dans le bus personne ne moufte. On en a pris pour notre matricule mais c'était bon. En attendant le métro je tente une blague en disant qu'il faudra que j'aille m'acheter des nouveaux pieds demain, mais comme ils sont japonais et qu'ils prennent tout au premier degré, ils ne comprennent pas. Ils pensent que la fatigue a attaqué mon cerveau. J'explique donc la blague. Ils rigolent. Dix minutes plus tard, Taguchi me redemande confirmation de la blague pour être sûr qu'il a bien compris. Ah l'humour international à ses limites.

 

    Dans le métro de retour, en face de nous il y a un jeune gars qui rit tout seul. Il regarde son portable, rit, se tortille les doigts. Il n'a pourtant rien d'un fou. Propre sur lui, bien coiffé, petites lunettes, certainement un cadre efficace. Mais le travail au Japon rend fou et je croise souvent des gens qui rient tout seul, ou au bord de craquer. Comme il a l'air un peu stricte et timide, je m'imagine qu'il a un rendez-vous pour ce soir, que c'est peut-être le premier de sa vie, et qu'il espère marquer le score d'une autre façon que dans le vide de sa solitude. Je suis sans doute enfoiré mais je m'en fous, je fais ce que je veux avec mon imagination. 
 
 Enfin de retour, mais il me faut encore archiver les photos et écrire cet article. Je meurs en cours de route et ne finirais que le lendemain. Les yeux fermés, je revois encore ce magnifique paysage, et j'ai l'étrange sensation de m'envoler et de le survoler encore et encore...

Toutes les photos de cette journée :

 http://www.guillaumetauveron.com/Images/Photos/Voyage_Japon%202/Photos-voyage-Japon2-11F.htm


Et comme beaucoup semblent l'avoir apprécier je remettrais de temps en temps un lien direct vers la vidéo Nihon (nécessité real player):

http://www.guillaumetauveron.com/download/Nihon.rmvb 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Jeudi 9 février 2006

  Presque chaque jour je pars courir entre une et deux heures dans les rues de Tôkyô. Chaque fois je choisis une rue différente, et comme en générale elles sont toutes droites sur des kilomètres, je la suis jusqu'à ce que je sente qu'il soit temps de faire demi-tour pour cause de guiboles en bout de course alors qu'elles n'en sont qu'à la moitié.
  Grâce à cette petite bestiole, merveille de la miniaturisation japonaise, je peux prendre des photos de bonne qualité n'importe où et n'importe quand. Je l'ai toujours avec moi. Je mélange donc le plaisir du sport et celui de la photographie, et il faut avouer qu'ils se marrient assez bien ensembles. Et cela m'est d'une grande utilité car dans mes vagabondages je découvre plein de petites merveilles au coin des rues. Comme ce petit temple paisible en pleine ville.

  Les villes du Japon regorgent de milliers de ces petits havres traditionnels de tranquillité. Qu'on les cherche ou pas, on finit toujours pas en trouver et cela démontre l'immense respect du Japon pour sa culture et ses origines, que même une extrême urbanisation ne peut ni effacer, ni remplacer.

  L'autre raison de ces courses quotidiennes est d'observer le monde japonais. Bien sûr certains me diraient que je dois pas voir grand chose en courant et que je ferais mieux de m'asseoir et d'observer tranquillement et à ceux-là je leur dirais de pas se faire un cuire un oeuf avant de manger des sukiyakis. Car vu que je bouge beaucoup, je croise beaucoup de gens, je vais dans plein de quartiers différents et j'observe attentivement mais discrètement la moindre personne que je croise, allant du chauffeur de taxi, au vieil agent de la circulation, à la mère de famille, aux écoliers... J'emmagasine mentalement toutes les informations que je peux déceler en si peu de temps et les combine à celles déjà acquises.

  Ce qui m'a frappé le plus à force de courir dans des rues éternellement droites, croisant des dizaines de rues et de toutes parfaitement perpendiculaires est l'extrême perfection et le soucis d'harmonie recherché. De même en observant les gens, tout le monde possède un sourire, est très poli. Le service est rapide et efficace, on trouve de tout, n'importe où, n'importe quand. Soudain cet excès de perfection m'a brûtalement frappé et j'ai alors compris les excès inverses du Japon que ce soit dans l'art, les attitudes vestimentaires... Il y a quelque chose d'un peu oppressant finalement. Toute cette propreté et ces choses bien faites sont apaisantes et rassurantes d'un certain côté, et quand on connaît la qualité du service français et les sourires vers les pieds de la plupart des vendeurs, on est reconnaissant au Japon d'élever si bien son petit monde, mais d'un autre côté cela pousse à une certaine anarchie et à un désir de désordre. Je me suis même surpris à apprécier qu'une serveuse fasse la gueule plutôt qu'elle me sorte la même senpiternelle phrase sur l'exacte tonalité partagée avec des millions d'autres. De l'ordre naît le chaos. Les films extrêmes de Miike sont là pour le prouver, comme des oeuvres telles que Battle Royale ou les livres de Murakami Ryu, le Japon est trop propret, trop poli, tout le monde trop bien aligné, et seuls les excès permettent de se faire remarquer ou de se déstresser.

 

  Il est d'autant plus difficile pour les jeunes d'aujourd'hui de trouver leur équilibre dans ce conflit intérieur puisqu'ils n'ont pas hérité de la philosophie qui accompagne cette recherche d'harmonie et venant principalement du Zen et du Bouddhisme. Si cette rigidité convenait à leurs parents cela n'est pas leur cas. Ils ont l'esprit japonais, ça c'est indéniable bien que je ne puisse pas le définir, mais ils sont aussi mondialiés, américanisés, et s'intéressent autant à Basho ou Hiroshige qu'à la politique, ce qui veut dire rien du tout car au Japon on ne s'intéresse pas à la politique. On peut les comprendre puisque le même parti gouverne depuis plus de cinquante ans et qui plus est, ils n'ont pas hérité d'un passé politique comme les pays de l'Europe. L'intérêt politique et ses luttes ne représentent quasiment rien dans l'histoire du Japon. La constitution et beaucoup de lois leur ayant été imposés par les Etats-Unis on est loin des luttes des classes et des débats d'idées. Mais je me perds... Toujours est-il que ce nouveau monde japonais, remplit de bruit et de couleurs tout en recherchant la discrétion est assez déroutant, et l'on comprend que la jeunesse ait du mal à trouver ses repères.
  Je vais clore cet article en disant simplement qu'il y a encore beaucoup à dire et à observer pour comprendre le Japon... En attendant, je vous invite à vous rendre sur le lien suivant où je mettrais régulièrement mes photos du Japon :
http://www.guillaumetauveron.com/Images/Photos-voyage-Japon2.htm
Et je rajoute cet autre lien qui sont des photos de mon précédent voyage :
http://www.guillaumetauveron.com/Images/Photos-japon-noir-et-blanc.htm

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Jeudi 9 février 2006

  Aujourd'hui petit cours de cuisine. J'ai décidé de présenter de temps des plats typiquement japonais pour que vous remplissiez votre clavier de salive bien fraiche.

  Je commence avec les inévitables sushis. Pour ceux qui ne le sauraient pas voici comment sont constitués les sushis. La base est évidement du riz collant, fortement compacté. Mais ce n'est pas un simple riz. Il y est ajouté une sorte de vinaigre qui donne le petit goût supplémentaire sans quoi un sushi n'est pas un sushi qui se respecte, et un sushi qui ne se respecte pas est vite mis au banc de la société en attendant qu'on s'asseoit dessus... Bon je reprends. La plupart du temps une petite dose de wasabi (moutarde forte japonaise de couleur verte tristement devenu célèbre par le film du même nom qui est de la daube en boite périmée) est aposée sur le dessus, avant qu'elle ne soit évincée par une fine tranche de poisson cru. Et les variétés de poisson ou de crustacés de manquent pas. Saumon, thon, poulpe, crevette, oursin et un tas d'autres poissonailleries que le manque de vocabulaire m'empêche de vous citer. Et enfin la petite goutte qui fait déborder la salive est le shoyu (sauce de soja) dans lequel on trempe le sushi (attention côté poisson pas côté riz sous peine de devoir se couper un doigt pour réparer l'offense).

  Ensuite nous passons au sukiyaki. Comme le montre la photo, vous vous servez d'une espèce de grosse casserole chauffante dans laquelle on met tout d'abord de l'eau. Quand celle-ci bout, on ajoute les aliments : de fines tranches de viande extrêment tendre et douce (presque sucrée) comme ils aiment au Japon, des champignons, du tofu, du vermicelle, du chou... On ajoute ensuite une sorte de bouillon et on attend que ça cuise.

  Quand ça a changé de couleur c'est bon signe. On attrappe les ingrédients avé les baguettes s'il vous plaît, et on les dépose dans un petit bol où trône un oeuf cru que vous avez normalement éclaté et mélangé à l'avance. Vous mélangez les ingrédients à l'oeuf et il y a plus qu'à. Et quand il n'y a plus rien dans la marmite, on en remet une couche. C'est tout con mais très convivial !


(gyozas pas cuits)

Et enfin les gyozas, qui sont une sorte de raviolis japonais (qu'ils auraient piqués aux Chinois). Comme j'ai lâchement volé la recette dans un forum, je vous la donne :

INGREDIENTS
- 30 feuilles de pâte à gyoza (pâte à ravioli faite à la farine de blé et de riz)
- 200g de viande de porc hâchée
- chou vert
- nira (très grosse ciboulette au goût proche de l'oignon nouveau)
- shôyu
- sel, poivre
- gingembre
- aïl
- sake
- huile de sésame

Hâcher très finement le chou et le nira. Il s'agit d'en avoir le même volume que de viande hâchée. Mélanger le tout en ajoutant les quantités désirées de shoyu, sel, poivre, gingembre (en pot), ail (en poudre), sake et huile de sésame. Conseil : très peu d'huile, pas mal de shoyu et d'épices. Il faut savoir que les gyoza doivent être bien relevés !

Déposer un peu de garniture sur le cote d'une feuille a gyoza, humidifier le bord du disque de pâte et replier pour former un croissant.

Bien pincer les bords pour que la garniture ne s'échappe pas.
Procéder de même avec les 29 autres !

Pour la cuisson, faire chauffer un peu d'huile dans une poêle anti-adhesive, déposer délicatement quelques gyoza (une dizaine par poêlée) et faire dorer des deux coôés. Ajouter ensuite une bonne cuillerée à soupe d'eau, mettre le couvercle et laisser les gyoza s'imprégner d'eau. La cuisson est terminée lorsque toute l'eau est évaporée.

et voila !!!!

Vous pouvez dire merci à Sonoko et lui faire une bise en passant




par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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