Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Catégories

Jeudi 2 mars 2006

  J’étais si pris ces derniers temps que je n’avais pas le temps d’écrire ce qui explique qu’en un jour je balance les faits des cinq derniers jours. A peine revenu d’Atami, j’ai reçu la version du scénario que Toda avait fait à partir du mien. Les japonais ont toujours tendance à minimaliser mais là le scénario fait 3 fois moins de pages, beaucoup de choses sont complètement chamboulées, et bien qu’intéressantes il manque beaucoup d’éléments pour cimenter à la fois l’histoire et les personnages. Je discute donc avec Toda et me lance dans une troisième version. J’écris, j’écris puis je bloque. Trop de stress. On est lundi soir, et mercredi matin je pars à Kyôto pour préparer et effectuer le tournage. Je prends donc mon lecteur MP3 et m’en vais errer dans les rues de Tôkyô de la nuit. 

  Je chausse les écouteurs sur les oreilles afin d’écouter la musique qui m’a inspirée durant toute l’écriture, uniquement des morceaux de piano dont un magnifique d’Aphex Twin qui est pourtant monsieur le roi de l’elektro, et le reste de Philip Glass, m’arrête au conbini le plus proche m’acheter une canette de Lemon Sawa, mélange de Shochu (alcool fort japonais) et de limonade au citron, et je me lance dans la première rue inconnue qui passe à ma portée, mais comme il y a plein de mondes j’en prends une seconde, quasi déserte. Je me laisse emporter par l’alcool, la musique, le vent frais, les petites rues de ce Tôkyô nocturne que j’affectionne tant, et au fur et à mesure que je me dilue dans cet ensemble, y trouvant mon inspiration, je me sens plus vivant que jamais. C’est un univers noir, inconnu et solitaire, que je traverse en observateur, que j’habille de mon imagination, et que la musique m’aide à rendre plus magique, plus sensible. Je suis chez moi, je m’y sens bien, en harmonie. 

  Je profite aussi de ce moment pour mieux me saisir de mon personnage, car inutile de le cacher plus longtemps, je vais interpréter le personnage principal du film. Cela s’est avéré plus que logique en fonction du scénario mettant en scène un personnage français au Japon, et également parce que je pensais pouvoir plus que quiconque exprimer les sentiments de ce personnage. Bonne décision ou pas ? L’avenir le dira. Co-réaliser un film dans une langue que l’on ne maîtrise pas est déjà loin d’être facile et j’aurais peut-être du m’en contenter, mais j’avais besoin de pousser le défi plus loin, de me foutre sous les projecteurs et de prendre le risque d’être soit ridicule soit d’extérioriser des sentiments très personnels et difficiles devant des gens. 

  Au bout de près de deux heures de marche nocturne et deux canettes de Lemon Sawa j’ai à peu près tout le nouveau scénario en tête, ayant parvenu à utiliser le meilleur des deux en les combinant et en créant des nouvelles scènes pour donner de la cohérence à ce nouveau venu. Je passe toute la journée du mardi à écrire et à 22h30 j’ai enfin terminé. Je n’ai toujours rien préparer pour mon voyage et le temps tout faire il est déjà minuit passé. 

  5 heures et demi, il faut se lever, vérifier les derniers points et partir. Sur le quai en attendant le métro, un homme regarde ma sacoche attentivement puis me regarde, et part attendre le métro 50 mètres plus loin. Il faut croire que j’ai une terroriste. En tout cas j’ai du bien lui foutre la trouille car même de loin il continue à jeter des regards vers moi pour voir si ma bombe imaginaire n’a pas encore explosée, et effectivement non.  

  Dans le métro je suis juste à côté d’un vieillard, sûrement SDF, qui empeste un mélange savant d’urine et d’excréments. Au bout d’une demi-heure j’en ai la nausée, surtout qu’il a trouvé une place assiste juste à côté de l’endroit où je me tiens debout, mais pourtant je change pas de place car je ne veux pas le vexer ou l’humilier. En même temps j’ai envie de le frapper pour puer autant et surtout pour être tombé dans un tel état d’abnégation d’amour PROPRE. Entre la compassion et le mépris, je choisi l’indifférence, ça joint facilement les deux. 

  Je quitte enfin le métro pour rejoindre la Yamanote Line , qui est une ligne circulaire à l’intérieur même de Tôkyô et en relie tous les points névralgiques, je monte dans un wagon au hasard, m’installe avec tous mes bagages dans un coin et c’est à ce moment-là que je me rends compte qu’à cinq mètres de mois, il y a une énorme gerbe rougeâtre séchée sur le sol et la cloison. Il y a des jours comme ça où on se demande pourquoi on s’est coiffé, brossé les dents, parfumés, alors qu’il est simple de se faire dessus et de dégueuler dans le premier wagon venu.  

  Quand je prends enfin ma place dans le shinkansen, je m’attends à ce que mon voisin soit une vieille prostituée vérolée revenue de partouze, mais il s’agit d’un simple salaryman. Quelques villes plus loin, il s’en va pour être remplacé par une jeune fille aux cheveux verts, portant un bandeau rouge sur un œil et des vêtements étranges. Mais elle est étonnamment aussi sage et discrète qu’elle est extravagante. Sans doute se rendait-elle à une congrégation de cosplay mais je n’ai pas su reconnaître le personnage qu’elle représentait. 

  Sur le quai de la gare de Kyôto, en face de la porte du shinkansen d’où je descends, se trouve Toda avec un magnifique chapeau. Je ne reconnais pas non plus son personnage mais je suis bien content de le voir. Il n’a pas encore eut le temps que ma femme a courageusement traduit durant la matinée et lui a envoyé par mail. Après un bon repas et diverses discutions, il lit enfin le scénario et l’approuve dans son ensemble à part une scène peut-être un peu difficile à tourner, mais qu’il trouve pourtant intéressante et souhaite réfléchir à une façon de la concrétiser. On passe toute cette journée à discuter du scénario, des personnages, de nos idées et l’on semble apparemment d’accord sur la plupart des points, ce qui est plutôt rassurant. 

  Il m’emmène à mon hôtel après le dîner avec la promesse de revenir demain pour se lancer dans l’atelier story-board. J’ai envie de lire, j’ai envie de me mater un film, mais surtout je souhaite rattraper mon retard sur le BLOG, quitte à y passer toute ma soirée. Voilà qui est chose faites. 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
commentaires (0)    recommander
Mercredi 1 mars 2006

  Atami. Il y a plus d’un an, alors que voyageais en train, j’avais eut l’occasion d’apercevoir cette ville construite à flanc de montagne avec le privilège d’être face à la mer. Le cadre bucolique m’avait tout de suite enchanté et j’avais regretté de ne pouvoir m’y arrêter. Et depuis je repensais souvent à cette paisible petite ville. J’eut l’occasion de la recroiser dans un film d’Ozu : « Voyage à Tôkyô », où un couple de seniors étaient envoyés en cure par leurs enfants pour se débarrasser d’eux. Bien que très courte, mon expérience atamienne me fit dire que le paysage en arrière-plan se devait d’être cette fameuse ville qui me faisait fantasmer, et une courte recherche sur internet me le confirma. Il est donc compréhensible que lorsque mes beaux-parents proposèrent de partir en week-end dans un onsen de Atami, j’en fus si ému que des pétales de sakura me sortirent du nez. 

  A environ 1h30 de train de Tôkyô, je pose enfin les pieds à Atami !... et me retrouve à Pépèreland. Finalement je ne sais pas à quoi je m’attendais mais en tout cas pas à ça. Il y a quelques décennies, Atami était une cité thermale et balnéaire très prisée et très en vue. De nombreux couples extra-conjuguaux venaient ébattre dans tous les sens du terme bien à l’abri des yeux discrets. Il y avait une certaine connotation luxueuse dans cette ville. Puis elle passa soudainement de mode et devint une ville désertée. Ce n’est que tout récemment, que la ville a commencer à se remonter en faisant beaucoup d’efforts économiques mais sans revenir à l’état de grâce qu’elle avait connu autrefois. Aujourd’hui c’est une petite cité thermale sans plus. Et les traces de ce cassage-de-gueule divin sont encore nettement visibles puisque ci et là on y trouve des immeubles crasseux, bouffés par le lierre, et dont j’avais un spécimen juste devant la fenêtre de la chambre d’hôtel où j’ai séjourné, et d’où je pouvais voir la mer entre deux immeubles étroitement serrés l’un contre l’autre. 

  Mais cet hôtel a un autre atout en plus du onsen qui en fait partie intégrante, la grande porte qui mène à la cour a été utilisée par pas moins de deux empereurs. Akihito, fils de Hirohito et actuellement simple Tenno du Japon, dont la photo de son impériale personne entrant dans l’hôtel trône dans le hall de ce même hôtel dans une sorte de mise en abîme péteuse. Et l’autre Empereur est le magnifique et immortel Akira Kurosawa qui avait utilisé la dite porte pour certains plans de Kagemusha.  

  Avant de profiter des bains, nous nous rendons dans les hauteurs de la ville pour visiter un magnifique parc où divers variétés de pruniers se donnent en spectacle pour la plus grande joie de tous, s’empressant de se faire prendre en photo avec ce magnifique arrière-plan. J’y croise même une miss quelque chose qui pose pour quiconque souhaite la prendre en photo ou se faire prendre avec elle. Bien que la prendre sous un de ces pruniers me semble être une idée particulièrement béatifiante, je me dis que ça ne ferait peut-être pas bon mélange avec l’ambiance innocente de ce lieu.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Et puis enfin le bain. J’arrive seul. Je me fous à poil, ouvre la grande baie vitrée couverte de buée et tombe à nouveau sur un yakuza au dos tatoué. Putain ils sont partout ou c’est moi qui n’est pas de chances ? Apparemment après en avoir discuté, c’est moi qui les attire… Mon beau-père arrive quelques minutes plus tard et le croise à son tour. Le yakuza partit, Takazumi de son petit nom, dans son costume d’Adam vient me dire de faire attention à ce yakuza. Il m’explique que la plupart sont nationalistes et n’aiment pas les étrangers et selon lui ce type a du déjà tuer une ou deux personnes. Au Japon les nationalistes sont cons et dangereux comme partout, mais ils sont aussi ouvertement bruyants. Ils se promènent en camionnette avec leurs slogans aussi répétitif que rétrogrades en banderoles, un mégaphone sur le toit gueulant des chansons patriotiques du temps de la seconde de la guerre, vantant l’empereur et la grandeur du peuple japonais. Il faut le voir pour le croire et malheureusement on peut les voir n’importe où et à n’importe quel moment de la journée. Comme quoi la liberté d’expression n’a pas que du bon, ce qui est assez ironique vu que ces gros empaffés du bulbe en abusent alors qu’ils la supprimeraient immédiatement s’ils étaient au pouvoir. 

  Mais le tatoué s’en va vite donc pas d’occasion d’exprimer sa haine raciste, si tant est qu’il en est, n’enfonçons pas les stéréotypes, même sur les yakuzas, bien qu’il ait totalement dédaigné mon bonjour en rentrant… Le bain est scindée en deux partie. Une à l’intérieur, où il fait bien chaud mais c’en est presque étouffant, et une autre extérieure, sur le toît, où il fait bien froid mais le mélange avec l’eau de friture est particulièrement bon. Au début je suis seul, mais très vite d’autres nudistes se joignent à moi, devinent immédiatement que je ne suis pas japonais, et c’est parti pour une discussion sur la France. Les personnalités françaises qui reviennent toujours dans la bouche des Japonais sont : Catherine Deneuve, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, et Jean Gabin pour les plus cultivés. Et s’ils n’étaient pas tous morts ou en attente de l’être, ils en seraient sûrement très honorés. J’hésite à leur dire « mokarimakka ? » histoire de blaguer mais comme je suis timide j’ose pas. Mais que veut dire « mokarimakka ? ». A l’ère d’Edo, Osaka était La ville marchande, certainement méprisée par les samouraïs pour qui les marchands étaient de viles créatures sans morale. Le but de tout marchand étant forcément de se faire des couilles en or (surtout au japon où « couille » se dit « kintama » ce qui signifie littéralement « boule en or ») au lieu de se dire bonjour le matin, il se disaient « mokarimakka » ce qui en gros signifie « ton commerce est fructueux ? ». Sans doute que certains continuent de l’utiliser. 

  La soirée se termine en apothéose avec un repas titanesque amené dans notre chambre par une « servante » en kimono qui fait dix courbettes entre chaque plat apporté. Je mange les aliments les plus étranges, autant en goûts qu’en couleurs, qu’il m’ait été donné de rencontrer et je ne saurais d’ailleurs décrire ce que c’était mais le Japon recèle de ces aliments martiens. La télé étant restant allumé, j’aperçois pour la troisième fois en moins d’une heure un medley de la prestation effectuée par la patineuse japonaise qui a reçu la médaille d’or. Quand le Japon a un gros titre il le passe en boucle si souvent que l’on fini par croire qu’il n’y a rien d’autre qui se passe dans le monde. Depuis qu’elle a gagné cette médaille, dès que je passe devant la télé, ce que j’évite de faire, je vois son string bleu, ce qui n’est pas non plus pour me déplaire. Mais à cela rien d’étonnant. Lorsque j’étais venu au Japon en Novembre 2004, ils continuaient à passer en boucle les victoires japonaises aux Jeux Olympiques d’été de 2004… Quoi qu’il en soit ils finissent par passer l’intégralité de sa prestation. Sincèrement le patinage artistique m’a toujours laissé froid, mais je ne sais pas si c’est d’être venu intime avec elle à force de voir son visage, ou à cause de l’alcool et de la fatigue qu’assène les bains thermaux, ou peut-être parce qu’elle méritait vraiment sa médaille d’or, mais le spectacle qu’elle m’a offert m’a ému à la limite des larmes tant l’ensemble était doux, harmonieux, sensible et sans la moindre imperfection. Merci Shizuka Arakawa.  

 

  Le lendemain matin, on est assaillit dès 8h du matin par un petit déjeuner aussi copieux que la veille, sauf que tous ces poissons, molusques, crustacés, et autres aliments indescriptibles n’ont pas le même attrait au saut du lit. Un café bien noir et un croissant m’aurait convenu, mais je me refuse à faire le difficile et avale tout ce que je peux me permettre. 

  Dehors le temps est con et foireux. Il pleut, il y a de la brume, c’est gris, c’est moche. En temps normal le temps grisailleux me correspond assez bien, mais aujourd’hui il a rien compris car on doit aller sur une petite île en bateau et ce n’est pas le temps rêvé. Sur la mer le bateau tangue, tangue et retangue encore. Je ne suis pas particulièrement sujet au mal de mer mais je suis à deux points de renvoyer le déjeuner du matin dans les fonds sous-marins d’où il a été arraché, et je m’efforce d’ailleurs de ne pas y penser sous risque d’accélérer le processus. En face de moi il y a une vielle femme sur un banc, verte et dégoulinante de sueur, son chapeau sur les genoux, à moitié dessapée, tentant tant bien qu mal de garder la bonne figure qu’elle n’a plus depuis longtemps. On arrive enfin sur l’île !  

  Mais pourquoi être venu ici ? Tout d’abord pour voir une certaine variété de sakura dont j’ai oublié le nom. Normalement Le Sakura si prisé des japonais ne fleurit que fin Mars début Avril selon leur emplacement géographique. Il est d’ailleurs assez hallucinant de voir plusieurs fois par jour à la télévision des journalistes commenter la progression de la floraison qui arrivera à Tôkyô dans deux semaines… dans dix jours… dans deux jours… tandis que les autres membres du plateau poussent des « eeeeehhhh » admiratifs. Et quand les sakuras sont enfin en fleurs, c’est partie pour une méga fiesta où chacun s’approprie son arbre, dépose une grande bâche à son pied, et festoie avec sa famille et ses amis dans un flot de saké. Mais nous ne nommes qu’en février et les sakuras ils hibernent tranquillement. Ce que mon ignorance m’avait caché jusqu’alors, est qu’il existe une grande variété de sakuras (environ 400) et que même s’ils ne possèdent pas la mélancolique noblesse du chef de famille, ils n’en sont pas moins extraordinairement beaux. Mais vu la pluie battante qu’on se prend dans la gueule, il n’y a pas grand-chose à voir, et si j’en ai croisé j’ai oublié. 

  Mais surtout le deuxième atout de cette île c’est sa vue imprenable sur l’île de Honshu (une des 4 îles principales du Japon). Saut qu’aujourd’hui je vois à peine les arbres quelques centaines de mètres plus loin. Mais pas peu têtu, on se rend tout de même dans un grand hôtel de huit étages, pour y admirer le néant grisâtre à défaut d’autres choses. Mais arrivé au dernier étage, le restaurant avec vue panoramique est fermée et on nous refuse donc d’aller remplir nos mirettes de rien du tout. 

  Au retour la mer est redevenue calme. Bientôt on quitte Atami et sa grisaille. Dans le train je suis amusé de lire dans le roman « les bébés de la consigne automatiques » de Murakami Ryu à travers un personnage, qu’une des seules choses en laquelle on peut avoir confiance en  ce monde est la météo de NHK. Effectivement elle m’avait prévenu mais je lui en veux quand même, elle avait qu’à annoncer un temps superbe sur Atami pour tout le week-end !

PHOTOS 25 FEVRIER 

PHOTOS 26 FEVRIER 

INCONNUS DU METRO

 

 

 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
commentaires (0)    recommander
Vendredi 24 février 2006

  Si je vous offre un cadeau, même si je ne compte pas le faire, que me répondez-vous ? Merci ? Et si je suis japonais ? Merci encore ? Bou Bou ! (bruit d’une fausse réponse, à opposer à Pin Pon, qui est le bruit d’une bonne réponse, et dont le jeu télévisé d’où provient ces deux bruits était si populaire que cette façon d’indiquer les bonnes et mauvaises réponses dans le langage usuel est devenue aussi courante qu’agaçante). Au Japon on s’excuse avant tout et pour tout. Je m’excuse donc de vous offrir un cadeau de piètre valeur qui est certainement très nul, et vous vous excusez de m’avoir fait donner la peine de vos offrir ce cadeau… En France on remercie car on accepte l’attention de l’autre, et on en est heureux. Au Japon on est embarrassé d’avoir causé à l’autre de l’attention sur soi même. La nuance est très importante ! A tel point que l’on hésitera parfois à offrir un cadeau à quelqu’un, sachant que cette même personne cherchera à nous rendre l’attention par un cadeau de même valeur voire supérieure et que cela lui causera donc de la gêne… 

  Quasiment pour toutes les occasions où l’on remercierait en France, il convient de s’excuser au Japon, ce qui n’empêche pas de rajouter des remerciements en même temps histoire de ne pas se tromper et tant que vous y êtes, rajoutez deux trois pas de danse et un haïku, ça peut pas faire de mal sauf si vous avez de l’arthrite. Parfois c’est un jeu d’excuses à n’en plus finir, car l’essence de ces pardons à répétition est avant tout l’humilité et la modestie pour lesquels les japonais rivalisent entre eux à savoir qui sera le plus modeste. Ainsi il est bien vue de parler de son conjoint en le rabaissant, du moins en rabaissant ses capacités. En France il y en a qui ne peuvent pas ouvrir la bouche sans vanter les mérites de leurs conjoints (trait particulièrement féminins qu’il faudra m’expliquer…) et au Japon cela serait des plus déplacés, presque inconcevable. En gros pour inviter quelqu’un à dîner, déjà excusez-vous de l’embarrasser à venir jusque chez vous, puis excusez-vous de votre maison moche, de vos enfants qui ne sont pas brillants, et de votre femme qui ne fait pas bien la cuisine si vous êtes un homme ou de votre mauvaise cuisine si vous êtes une femme, car soyons sérieux, on est au Japon, un homme ça ne cuisine pas ! Déjà quand un homme japonais sait enfiler ses chaussettes par lui-même c’est miraculeux... mais je reviendrais sur cet aspect dans un autre article.   

  Il faut un certain temps avant de s’accommoder à cette façon de pensée car il faut tout bonnement changer sa façon de réagir intérieurement. Les premières fois où je me suis vu déprécier par ma femme devant d’autres personnes, alors qu’elle me supporte plutôt d’habitude, il y a eut chocs des cultures avec lâchée de noms d’oiseaux et haussement de ton. Maintenant je prends les devants, quand je me présente je dis « bonjour Guillaume Tauveron, je suis un réalisateur AMATEUR qui n’ai fait que des PETITES choses sans aucune valeurs et je pense d’ailleurs me suicider d’ici la fin de l’année, mais puisque je suis nul j’ai peur de me rater. Et vous comment ça va ? » Au moins on gagne du temps en engueulade.  

  Tant que j’y suis avec les mésententes franco-japonaises, voici une petite anecdote. C’était il y a si longtemps que je commencerais bien mon histoire par « il était une fois », je ne sais plus de quoi je parlais avec ma femme qui ne l’était pas à l’époque (non ce n’est pas un trans…), mais c’était un sujet à fleur de peau. Tout à coup elle m’a tapoté doucement la tête en disant « c’est bien, c’est bien ! » et paf ! Encore un choc culturel. En France on a plutôt l’habitude de faire ça pour se moquer de quelqu’un, comme en caressant la tête d’un chien, « mais oui t’es beau, mais oui t’as raison… ». Evidemment, sans penser que le même geste avait peu de chances d’avoir la même signification j’ai cru qu’elle se foutait de ma gueule et je me suis énervé. Alors qu’en fait, au Japon, on tapote, ou on frotte, la tête de quelqu’un quand il a fait quelque chose de bien. Pour le récompenser en sommes. Ah putain le con ! En plus je n’avais pas d’excuses car j’avais déjà vu ça dans des mangas (je ne citerais pas Dr Slump car apparemment c’est une référence plutôt honteuse… mais je m’en fous, moi ça me fait rire).  

  Tout ça pour dire que de toute façon, même si j’essaie de vous prévenir à l’avance des pièges à éviter, vous foncerez forcément droits dans d’autres que j’ai oublié ou que je n’ai pas encore désamorcé et qui m’attendent sadiquement dans un coin, donc amusez-vous bien !

LIEN VERS PHOTOS D'AUJOURD'HUI 

+ Nouvelle critique : Seppuku de Masaki Kobayashi

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
commentaires (0)    recommander
Mardi 21 février 2006

  J’aimerais parfois que le monde soit un peu plus logique. Je suis confronté actuellement à deux casse-tête Chinois purement administratif. 

  Le premier, il n’y a plus rien à y faire, il n’y a plus qu’à prier. Il concerne ma demande d’intégration à la villa de Kujoyama afin de pouvoir effectuer mon documentaire sur le Japon dans les meilleures conditions possibles. Etant stipulé plutôt deux fois qu’une, que ce qui importait le plus était que le projet soit développé et que l’on possède des contacts afin que l’œuvre crée soit diffusée, j’ai donc tout fait pour. J’ai trouvé des partenariats autant en France qu’au Japon, établit une liste de toutes les personnes prêtes à participer à ce projet et de tous les lieux où je pourrais être hébergés au Japon. Et hier par l’intermédiaire de quelqu’un qui se trouve à un certain maillon de la chaîne vers la décision d’accréditation de la bourse, j’ai appris que sur tous les dossiers, le mien était le plus complet en guise de partenariats, mais que justement à cause de cela, il se pouvait que je ne sois pas pris à la villa Kujoyama, car le jury risque de déterminer que je peux me demmerder tout seul et que je n’ai pas besoin de cette aide… Tout ce que je me rappelle après avoir lu ce mail est que j’avais un flacon de saké vide à côté de moi, car il me fallait au moins être aussi bourré que les organisateurs pour comprendre cette logique… Enfin rien n’est décidé, mais disons que j’ai déjà plus ou moins tiré un trait mental dessus.

  Le second est la demande d’aide à l’écriture du CNC dont je suis en train d’écrire le dossier. Cet argent doit me permettre d’effectuer des recherches, de prendre des contacts, en gros de préparer mon documentaire. Mais pour obtenir cette bourse, je dois leur présenter mon projet de façon si détaillée que finalement je me demande ce qu’il me restera à faire après puisque pour l’écrire il m’a fallut à l’avance lire plein de livres et construire le plan de mon documentaire. Ce que je pensais faire après obtention de la bourse puisque la bourse sert à ça !... Tiens je vois qu’il reste un zest de saké au fond du flacon, et s’il n’était pas 11 heures du mat’ je replongerais volontiers à nouveau à l’intérieur pour y trouver quelques logiques que ce monde ci ne peut m’offrir…

 

 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
commentaires (0)    recommander
Dimanche 19 février 2006

  Gnagna gnagna… Gnagna gnagna… Ouais ok j’ai compris. Il est 6h du matin et il faut encore que je me lève pour aller faire on ne sait quelle périple. A 7 heures pétantes, moins dix minutes parce qu’il est un homme impatient, Taguchi est devant la maison. Il fait un froid d’Ahiru (canard en japonais) et on part tout de suite au trot histoire de se réchauffer. Aujourd’hui pas de course pédestre (attention à ce que vous dîtes !), Tôkyô est notre vaste terrain de course.

  Un arrêt pipi s’imposant, nous allons dans une station service. A l’intérieur se trouve un chauffeur de taxi coiffé comme un œuf, qui lui vient de finir son service. Je ne sais pas s’il est sourd mais putain qu’il parle fort. Comme je m’y attendais il me demande de quel pays je viens. Comment il sait que je ne suis pas japonais ? En France, pays à la multi-ethnicité, demander à un inconnu de quel pays il vient sous l’unique prétexte qu’il n’est pas de type caucasien, serait synonyme de préjugé à tendance raciste et la question serait à peine finie de formuler que SOS racisme, la ligue des droits de l’homme, « ni putes ni soumises », la SPA et Greenpeace auraient été contacté pour immoler le malotru. Mais au Japon il y a 99% de « purs » Japonais. La moitié du pourcent récent sont d’origine Coréenne, et un quart d’origine Chinoise. Donc avec ma gueule, forcément, aucune chance que je sois Japonais. Pourtant la question, bien que purement sympathique, m’emmerde un peu. Même si je vivais trente ans dans ce pays et maniait la langue parfaitement, je resterais un gaïjin, un étranger. C’est pour ça que chaque soir je le fais un mascara au pissenlit et que j’attache les extrémités de mes paupières à mes oreilles en diminuant la longueur de l’élastique un peu plus chaque soir… 

  Et on repart. Au bout d’environ une heure, on arrive dans un des plus grands centres névralgiques de Tôkyô : Shibuya. Univers extrêmement bruyant et coloré, rendez-vous de toute une jeunesse fashionisée. Heureusement, puisqu’on court, on passe vite cet arrondissement tapageur. 

  Notre prochain point de chute est le palais de l’Empereur, mais comme on est en avance sur le programme, on fait un petit détour par l’hôtel où je me suis marié (Meiji Kinenkan) histoire de me rappeler quelques souvenirs nostalgiques qu’il faudra que je conte dans ces pages un de ces jours car le mariage à la japonaise, c’est comme tout, c’est particulier ! Juste à côté se trouve un mur haut de plusieurs mètres, surplombé de barrière et qui court sur des centaines de mètres, avant de s’en aller sur la gauche sur près d’un kilomètre. Ce mur fait tout le tour de l’immense propriété des enfants de l’Empereur. Il y a des policiers placés en permanence tous les 300 mètres environ, sans compter les caméras tous les 5 mètres. Faudra que je me creuse sérieusement la tête si je veux aller prendre des clichés volés à l’intérieur.   

 
 
Nous arrivons enfin à l’immense domaine qui entoure la propriété de l’Empereur (5km de circonférence). Avant ici se trouvait un magnifique château mais il a malheureusement été détruit à la fin du 19è siècle. Taguchi me montre une place. Il m’explique qu’à la fin de la seconde guerre mondiale, apprenant que le Japon avait perdu la guerre, des dizaines de soldats sont venus se faire seppuku sur cette place. Ils ont du bien laver depuis car la place est impeccable. Ayant déjà parcouru près de vingt-cinq kilomètres, Taguchi me demande si je veux prendre le métro pour rejoindre notre prochain point de chute. Comme je commence à avoir mal dans les pattes et que je suis bien mort, j’insiste pour qu’on y aille en courant dans un plaisir masochiste.   

  On court autour du domaine, jusqu’à ce qu’on revienne à notre point de départ et Taguchi me dit alors qu’on devrait prendre le métro car on a plus assez de temps pour être à l’heure à notre rendez-vous. Cela me semble assez logique puisqu’on s’est amusé à faire un tour de manège. Mais je ne suis pas mécontent de l’idée car j’ai un muscle qui est sur le point de partir découvrir le monde extérieur. Après trois heures de course, il me fait comprendre que c’est ma limite et que vouloir faire le malin m’entraînerait à l’hosto. J’obéît immédiatement et marche tranquillement. 

  Quelques arrêts de métro plus loin, on se rend au bain public. C’est la première fois pour moi et je suis assez enthousiaste. C’est un petit bain public de quartier. Je me déchausse et rentre. Tout de suite face à moi, se trouve un petit vestiaire donnant directement sur le bain derrière des portes vitrées qui doit faire à peine 20m2. Je donne 400 yens à l’ouvreuse qui trône au-dessus de nous ayant à la fois vue d’ensemble sur le bain des hommes et sur celui des femmes. J’hésite à lui passer mon appareil-photo pour lui demander de prendre des photos du côté féminin puis je me dis qu’il vaut peut-être mieux pas. Je m’extirpe de mes vêtements trempés de sueur et finis en tenue d’Adam devant les yeux de l’ouvreuse qui en a vu bien d’autres et qui pourrait sans problème interpréter la chanson phallique de Pierre Perret. Heureusement que je ne suis pas pudique ! 

  Je prends ma petite serviette et me joint à tous ces japonais nus en train de se frictionner (n'ayant pas pu prendre de photo j'en ai piqué une sur internet). Je m’assois sur un minuscule banc vert qui au départ me fait froid aux couilles puis prend la bassine posée devant moi et la remplit tour à tour d’eau chaude puis d’eau froide. En face de moi il y a un yakuza au dos en grande partie tatoué que j’évite de trop regarder. C’est comme les guêpes, faut pas trop les exciter, vaut mieux les ignorer ! Le corps soigneusement lavé, je peux rentrer dans la petite source chaude où trempent deux trois japonais l’air de rien. Putain. Après avoir prit un vent glacé dans la gueule pendant 3 heures, se retrouver dans de l’eau à 45° est particulièrement difficile et il me faut bien plusieurs minutes avant de cesser de me prendre pour de la friture. Maso jusqu’au bout je me rince à l’eau froide puis vais me changer. En partant, l’ouvreuse me fait un grand sourire. Tu m’étonnes, après le spectacle que je lui ai offert ! C’est elle qui aurait du me donner de l’argent !

 

 

  Par la suite, nous retrouvons ma femme et des amis et c’est à nouveau l’occasion de se rendre dans un restaurant tout à volonté. Cette fois-ci il s’agit d’un restau de yakiniku. Il s’agit de viande, assez grasse et très tendre, que l’on fait griller avant de tremper dans la sauce spéciale yakiniku. Mais encore une fois, il y a tant d’autres aliments que c’en est une véritable orgie. Pour 1000 yens (soit 8 euros) c’est parti pour 60 minutes de remplissage d’estomac. Et après environ 30 kilomètres de course, 60 minutes de bouffe ininterrompue ne sont pas de trop. Bon je parle pas beaucoup, forcément, mais Taguchi fait de même. Il mange, mange et remange. On parlera avec les autres après. La dernière minute s’écoule avant que j’ai fini de manger ma glace, mais tant mieux car elle était vraiment pas bonne, ce qui n’était heureusement pas le cas du reste de la nourriture.

  Après quelques paroles et quelques au revoir, je finis la journée en mitraillant à tout vent les Japonais que je croise dans la rue, cherchant les visages, ou les tenues vestimentaires (ou capillaires) intéressantes. Et il y en a à foison comme vous jugerez par ces photos.

 

LIEN VERS PHOTOS D'AUJOURD'HUI 

AUTRES PHOTOS

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
commentaires (0)    recommander

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus