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Mardi 7 mars 2006

  En me réveillant ce matin, je trouve plein de marques rouges profondes sur mon corps. Ais-je été abusé durant mon sommeil par une diablesse ? Que neni. C’est que j’ai fait le mariole la veille à me jeter dans tous les sens pour échapper la fausse mort filmée qui m’était destinée, et dans le feu de l’action je n’ai même pas senti la moindre pichenette de Teletubbies. En plus, comme hier on a visité de vieilles maisons japonaises, et que disons le sans détour, il y a quelques génération seule la couleur différenciait les japonais des schtroumphes, je me suis sincèrement éclaté la tête, et je met un certain temps à me rappeler pourquoi j’ai mal au crâne… 

  M’étant levé suffisamment tôt, je pratique ma ½ heure de musculation quotidienne en soufflant comme un veau dans ma chambre aussi étroite qu’un cul de bigote, et peux même courir une petite demi-heure. Jouant un rôle de tueur, la forme physique est la moindre des choses, et cela fait un mois que je pratique sport et régime intensément sans faire trop d’entorses, ce qui ne serait pas pratique pour courir… En revenant je partage l’ascenseur avec deux femmes de ménage et je me colle à la paroi pour ne pas leur faire profiter de mon odeur de barbare. 

  Dans la douche je m’invente un jeu rigolo. Certains y emmènent un canard, d’autres un bateau, quelques uns un partenaire sexuel, mais moi c’est ma lessive. Etant impossible de trouver le moindre temps pour aller la laverie, je me la joue blanchisseuse amateur. 

  Moins drôle est le programme de toute la journée. Je suis dans toutes les scènes, et si hier il m’avait été facile de jouer aujourd’hui c’est une autre paire de manches (si quelqu’un a retrouver l’ancienne paire qu’il me le fasse savoir). J’accumule les dialogues en japonais, ce qui n’est pas naturel pour moi, mais il faut que je rende ces dialogues naturels et en adéquation avec le caractère de mon personnage. Les prises s’accumulent et je me fais du soucis. 

  Entre deux prises, je demande à Yoko ce qu’elle a fait hier soir. Elle a regardé la télé. Quoi ? Evidemment faut encore qu’elle se fasse remarquer, et me répond sereinement qu’elle a regardé l’émission K-1. En gros, plein de pratiquants d’arts martiaux divers se tapent sur la gueule sans aucune règle et c’est celui qui pisse le moins le sang qui a gagné. Poussant le jeu je lui demande si elle aimerait faire un sport de combat et faire des matchs, et la réponse est définitivement oui. Tu parles d’une poupée inoffensive ! 

  A 6 heures de l’après-midi tout le monde part faire une pause. Toda et moi nous retrouvons pour un tête à tête amoureux dans sa chambre où nous matons sans aucune honte les prises de la journée et je suis soulagé de voir que mes scènes sont sans problèmes utilisables et vraiment pas si mal que ça, ceci étant dit sans modestie. Puis on discute des changements du scénario, on fait un brainstorming, chacun sortant des idées et rebondissant sur celles de l’autre. J’avoue qu’au départ j’aurais souhaité profiter de cette pause pour faire une courte sieste et rattraper mon sommeil manquant, mais finalement cette créativité forcenée s’avère encore plus vivifiante. 

  On embraye sur une scène qui se passe dans un restaurant et que l’on tourne en un seul plan-séquence mais aux prises multiplement répétés, et tandis que je m’enfile une bouteille de Saké, Yamada s’enfile 5 assiettes d’Udon (grosses nouilles pâteuses). Mais la scène est vraiment fun. On est 4, on a tous notre rôle et nos réactions attitrées et c’est très intéressant à jouer. Pendant ce temps deux caméras tournent. Celle de Toda et celle d’un réalisateur de NHK qui fait un documentaire sur Toda et filme notre collaboration. J’espère toujours recevoir des petites culottes dédicacées de mes fans japonaises après diffusion de ce documentaire. 

  Et puis une heure du matin passé, il est grand temps d’aller se coucher et de se taper un article de BLOG avant…

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Lundi 6 mars 2006

  Tant de choses aujourd’hui que j’ai l’impression d’avoir vécu une double journée. Dès le matin après avoir embarqué dans la voiture de Toda avec Yoko, on s’élance vers la ville de Fukui. Ce simple voyage se transforme en tournage lorsque l’on s’arrête au bord de la mer pour tourner quelques scènes. Jusqu’ici les scènes n’avaient nécessité que très peu de jeu voire pas du tout mais aujourd’hui cela devient plus complexe. Comme je ne suis pas vraiment acteur, pour citer Simon Jérémy, je ne sais pas quels trucs ils utilisent pour rentrer dans leur personnage. Tout ce que je sais est qu’en écrivant mon personnage, ainsi que tout le scénario, j’écoutais des morceaux de piano précédemment cités. J’ai donc remplit mon lecteur MP3 de ces dits morceaux et les écoutes entre deux prises pour rentrer dans le personnage et ça marche assez bien. Sans doute me faudra-t-il plus d’exercice pour rentrer totalement dans le rôle. 

  La route reprise on passe par la grande plaine où a eut lieu la dantesque bataille de Sekigahara au pied de la montagne Ibuki. Pour ceux qui ne le sauraient pas, cette bataille confrontant deux galvanisations de daimyos et de leurs armées, a vu au bout de 24 heures de luttes sanglantes la victoire du clan Tokugawa qui régna par la suite durant près de trois siècles sur le Japon et en fermèrent les portes au reste du monde. Je m’imagine des milliers de samouraïs combattant dans la plaine, dans les forêts et les montagnes avoisinantes, leur sang tapissant le sol et les arbres en un tableau monochrome. Toda m’apprend également que cette région que nous traversons, était du temps d’Edo, le lieu principal où l’on fabriquait des katanas. Aujourd’hui cela reste encore un lieu fameux pour la confection des couteaux et des katanas de collection. Mais surtout cette région est connue pour la construction de structure de lunettes. C’est ici que 80% de la production mondiale de lunettes est faites. Le design est crée ailleurs, mais la translation du monde des idées au monde concret se fait ici. 

  A peine arrivé à Fukui on se rend chez Monsieur Okayama qui non seulement joue un rôle important dans le film, mais nous prête également sa propriété ainsi que sa voiture pour le tournage. Toda n’a cessé de me répéter que Okayama San est un Okanemochi, ce qui veut dire qu’il a vraiment beaucoup d’argent. Et à la vue de la maison, il est vrai qu’elle est extraordinaire. Mais à la vue du bonhomme, impossible de s’en douter. Vêtu très simplement, à la fois gentil et ouvert, sans aucune prétention, on ne peut pas se douter de la fortune qui se cache derrière son sourire chaleureux. Mais ce qui me ravi le plus, est qu’une des pièces de sa maison est presque en tout point semblable à celle que j’avais imaginé en écrivant le scénario. Sans compter plein d’autres détails non prévus mais qui feront des merveilles à l’écran. 

  Nouvel hôtel. J’attends avec impatience de savoir si ma chambre sera côte à côte avec celle de Yoko. Non pas pour lui rendre une visite nocturne, mais parce l’on va utiliser ce même hôtel dans le film et que la chambre de mon personnage et celui de son personnage doivent être proches. Finalement sa chambre est juste en face de la mienne et c’est encore mieux que si elle avait été à côté. En cas de doute, Toda est dans la chambre à côté de moi et on peut tout aussi bien utiliser sa chambre. Voilà qui est parfait ! 

  Après le dîner du soir un brin tôt, on retrouve au Cinéma Métro où travaille Yamada Shoji, présent dans tous les derniers films de Toda et également acteur dans notre film, une quinzaine de personnes. Devant attendre la fin de la projection du film projeté au public, la Grande Evason , afin de pouvoir tourner à l’intérieur du cinéma, je discute pendant près de trois heures avec toute une horde de japonais très éclectiques. J’y rencontre le parfait stéréotype de l’otaku, avec de touts petits yeux réfugiés derrière des lunettes, une petite moustache à moitié imberbe, une élocution laissant à désirer, me parlant rapidement de dessin-animé tel que Gundam, Evangelion ou Goldorak. Un autre que je ne nommerais pour son intimité m’explique qu’il est en liberté conditionnelle. Pourquoi ? Je n’ose pas lui demander. Cela ne me regarde pas. Si un jour il souhaite me le raconter tant mieux, sinon en attendant il est très sympathique et j’aime sa personnalité mêlant extravagance et timidité. Je discute également beaucoup avec Okayama San qui nous a rejoint. Ce vieil homme de 67 ans est vraiment très intéressant, mais comme me l’a expliqué Toda, c’est un cœur solitaire, que la richesse a du rendre encore plus isolé… Au sein de cette ambiance générale et de toutes ces rencontres, je comprends définitivement que je veux habiter au Japon. Je ne peux plus faire machine arrière. Mon avenir est ici, ou du moins une certaine partie et je ne peux ni ne veux faire autrement. Au risque de me répéter, je suis ici chez moi ! 

  Le film est enfin fini. C’est notre tour d’entrer en scène. La scène de ce soir est assez difficile à jouer et il y a tant de monde pour me voir jouer que c’est trop pour m’en soucier. Je me concentre donc uniquement sur ce que j’ai à faire. Alors que je me fais étrangler, que je me débat pour survivre et que je pointe mon pistolet sur le salaud qui m’a agressé, un sentiment jamais éprouvé jusqu’alors se produit. Pendant un court laps de temps Guillaume a totalement disparu de la surface du globe. Je ne suis plus que Pierre, furieux face à cet homme qui a tenté de me tuer et que je souhaite tuer en retour. Le sentiment est incroyable est encore un peu trop vif pour en parler, mais il me faut presque une demi-heure pour en redescendre une fois le tournage achevé. 

  Le scénario nécessitant des changements pour cause de non faisabilité, je quitte tout le monde et part errer dans les rues, mon walkman dans les oreilles. Les idées affluent, je retrouve finalement quelques membres dînant plus que tardivement dans un restau chinois mais j’ai du mal à me mêler à tout le monde alors qu’avant c’était si facile. J’ai le cul entre deux personnages et je ne peux abandonner ni l’un ni l’autre car tous les deux me sont essentiels pour ce projet. J’accommode Pierre et Guillaume comme je le peux et rentre finalement à 1h du matin. Bonne journée !

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Dimanche 5 mars 2006

  Petit dej, poisson halluciné, Toda, Yoko… Et me voilà à nouveau en train de courir. Cela me manquait, cela faisait au moins dix heures que j’avais pas fait de jogging. Au passage je me prends un insecte dans l’œil, me glace les fesses sur des pierres mouillées, et manque me prendre un pigeon dans la gueule. Yoko est toujours aussi stoïque mais de plus en plus expansive. Quand je lui demande quel genre de musique elle aime je m’attends à ce qu’elle me réponde du trash-metal-death mais elle part directe en sens inverse et me parle des oldies et notamment Olivia Newton-John. Décidément impossible de lui épingler une rassurante étiquette ! 

  Les scènes de Yoko sont finies pour aujourd’hui. Bye bye Yoko, à demain. On se rend à la clinique qui est maintenant comme une seconde maison pour moi en attendant qu’elle devienne ma maison définitive. Sone est dehors. En me voyant dans la voiture son visage s’illumine. Je suis à peine sortit qu’il m’a mit le grappin dessus. Il se marre parce qu’il appris que je l’ai pris en photo en train de ronfler. Mais comme il l’a annoncé à tout le monde depuis hier, je suis son best friend donc pas de problème. Il m’invite même à prendre autant de photos de lui que je le souhaite. 

  Deux infirmiers de la clinique de Toda se joignent à nous. L’un pour jouer un petit rôle, et l’une comme assistante. Toda a pour coutume d’utiliser les membres de son équipe psychiatrique dans ses films, ce qui explique mon impression de déjà vue en les rencontrant pour la première fois. Et Yoko ne fais pas exception à la règle puisqu’elle travaillait jusqu’à peu dans la clinique de Toda. 

  Quelques scènes sont tournées, mais pas celles initialement prévues, celles-ci on les tournera dans quelques jours. J’avoue qu’organiser un tournage avec Toda est à s’arracher les cheveux, et comme il travaille souvent avec lui-même cela explique sûrement sa coupe de non-cheveux. J’ai beau tenter d’organiser au mieux le planning de tournage, ça part dans tous les sens. Je n’oublie pas que Toda doit se partager avec son travail à la clinique et qu’il faut s’adapter en fonction de cela, mais il est quand même bordélique, et comme la seule scripte que l’on a est barbue et porte le doux nom de Guillaume Tauveron, avec le jeu d’acteur et la co-réalisation, et l’assistanat de direction, car il n’a pas d’assistant non plus, je ne sais plus où donner de la casquette. A Kyôto on a plein de temps et peu de scènes à tourner donc il n’y à pas de quoi s’inquiéter. Par contre dès demain on part pour Fukui où l’on a que 4 jours pour réaliser presque les 2/3 du film et sans organisation je ne vois pas comment on va s’en sortir. Heureusement sur place, on doit retrouver d’autres membres de l’équipe technique, dont une assistante de réalisation, et j’espère qu’on arrivera à s’en sortir. Il n’y a rien que je déteste plus que d’abandonner une scène faute de temps !

 PHOTOS 4 MARS 

 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Samedi 4 mars 2006

  C’est le Jour J. Le début du tournage va commencer. Pour affronter cette journée je commence par prendre mon petit-déjeuner au premire-rang face au poisson de mes cauchemars. Mais comme Toda vient d’avancer le rendez-vous d’un quart d’heure, je n’ai même pas le temps de me soucier de ce branchidés ni de mon café que cette foutue serveuse ne m’a pas apporté, et je file faire mes derniers préparatifs. 

  Toda passe par sa clinique où il change son mini 4x4 pour un mini bus avec cinq de ses patients qu’il conduit en ville pour une journée de libre amusement. Entre temps, je vais boire un café dans une salle, échange un sourire avec une jolie infirmière, puis au moment où je pars, elle échange un « kakoi » (beau) discret sur mon compte avec un collègue mais que mes oreilles d’Elfes mégalos captent immédiatement. Que c’est bon d’être au Japon. La moindre des choses en retour est d’en profiter pour lui demander si je peux prendre une photo d’elle mais je n’ai pas le temps. 

  Au moment où je vais monter dans le mini bus la porte s’ouvre et un petit sexagénaire rigolard en sort et me serre la main en me répétant bonjour 10 fois, et tenant mon appendice à 5 branches pendant deux minutes. Il s’agit de Sone. Je l’avais rencontré la veille mais je ne savais pas que c’était un patient de Toda. J’en profite pour lui enseigner un ou deux autres mots de français et on monte dans le bus où il m’assaille de question sur la France. Il me parle des villes françaises qu’il connaît, de Paris et de Milan. Du coup tout le monde se fout dans sa gueule en lui disant de réviser sa géo. Et il est incapable de se rappeler mon prénom. Au Japon, Guillaume se prononce Guiyomou, mais lui il sort des sons qui s’en rapprochent plus ou pas du tout. Il m’appelle même Garlic. Tout le monde se marre à nouveau. Toda me dit que Sone adore le Pachinko. Sone tente de nier mais c’est peine perdu et finalement il s’endort et ronfle. C’est que le trajet prend près d’une heure. Kyôto est une ville énorme, tout en longueur alors que les autres villes principales du Japon sont toutes en hauteur. Cela est du au fait que Kyôto recèle de vieilles maisons et d’environ 2000 temples qui font partie du patrimoine du Japon et que l’on ne peut donc pas tout défoncer pour construire des immeubles de 200 étages. Donc la ville s’étale en longueur. Si Kyôto avait été pilonnée par les bombes américaines comme le reste du pays, elle serait sûrement semblables à toutes les autres villes, mais les américains, dans la grande mansuétude qui leur a fait balancer les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, s’y sont refusés ? Pourquoi ? Sans doute pour les mêmes raisons que le général Von Choltitz avait refusé l’ordre d’Hitler d’incendier Paris. 

  Les patients libérés, on retrouve Yoko et commence à tourner. Mais la scène que l’on souhaite faire nécessite un certain flux de personnes dans les rues et à 11H du matin, il n’y a pas grand monde. Malgré l’heure, on s’en va en quête d’un restaurant. Dans les escalators j’entends derrière moi une toux inhumaine qui sembla avoir été faites dans un porte-voix. Je regarde sur mon sac à dos s’il n’y a pas un poumon qui traîne mais l’autre a du le coincer derrière ses dents.

 

  Après le repas, je marche, marche et marche dans les rues. Toda me suit et me filme de dos… Faut dire que j’ai bon dos. On me regarde bizarrement, plein de gens regardent la caméra en passant, donc évidement c’est inutilisable. Mais avec tout ce qu’on a pris comme vidéo on finira bien par trouver notre bonheur. 

  Après un bref strip-tease, je suis changé en tenue de sport car je me suis crée un personnage qui court faute de pouvoir canaliser sa frustration autrement. Et là c’est parti pour une multitude de scènes de course qui me trempe de sueur jusqu’aux os. Mais Yoko partage les mêmes scènes avec moi et je ne suis pas le seul à en baver en dehors de la caméra pour pas faire mauvais genre. Elle n’arrête pas de me surprendre. Ce petit bout de femme tout stoïque m’apprend qu’elle aime surtout les films d’horreur, les thrillers et tout ce qui est plutôt violent et sanguinolent. C’est un contraste particulièrement intéressant et qui correspond assez bien au personnage que je lui ai crée. Autre surprise, lors des scènes de course, alors qu’elle ne fait jamais de course, elle file comme le vent et je dois foutre un sacré coup de collier pour courir à sa hauteur puis pour la dépasser. On court ainsi durant près de trois heures, multipliant les prises et les lieux. Pendant ce temps le temps se la joue féminine, au départ très peu de nuage, puis tout d’un coup le ciel devient gris, suivit d’un vent à vous décoller la rétine et fini par de la neige. On part donc faire des scènes en sous-sol, on retourne à la surface, il fait beau, re-quelques brises, et en cinq minutes il neige à nouveau. Complètement gaga le temps au Japon ! 

   Les scènes de la journée mise en boite, on dit à plus tard à Yoko, on récupère les patients et c’est reparti pour une heure de voiture. Je demande à Sone comment s’est passé le Pachinko. Il me dit qu’il y a joué 3 heures, et entre les pertes et les gains, il a finalement perdu 3000 yens. Je lui demande s’il se rappelle mon prénom, et il m’appelle « Galileo » ce qui évidement plonge l’ensemble du bus dans un grand fou rire. On discute beaucoup et il dit qu’il est heureux, qu’on est devenu ami. Je n’en pense pas moins et lui fait savoir. Puis il s’endort à nouveau et ronfle encore. 

  Quelques heures plus tard avec au passage un bon repas bien mérité, on repart filmé, retrouvant Yoko. Ce soir on filme une des scènes que j’aime le plus et que j’adorais me repasser dans ma tête en l’écrivant, et au vue des prises de ce soir c’est assez semblable à ce que j’espérais. Par contre il fait extrêmement froid et on essaie de ne pas trop traîner. Pendant que je réfléchis à mon jeu, je lève les cieux vers le ciel étoilé et aperçoit la grande ourse au-dessus de moi, semblable à celle que j’ai toujours contemplait du fin fond de mon Auvergne natale. Je me sens subitement moins dépaysé, moins étranger. Finalement je suis toujours au même endroit, avec moi-même sous un même ciel. 

  Les scènes de Yoko pour aujourd’hui sont finies, et une fois ramené chez elle je retourne à nouveau courir dans les rues nocturnes de Kyôto tandis qu’un étrange bonze me suit en voiture avec sa caméra pointée sur moi. Passé 22h, je commence à avoir vraiment froid, baignant dans ma sueur froide j’attends que l’on tourne la derrière scène. Toda choisit ce moment pour mater un peu les scènes de la journée et m’offre ainsi quinze minutes glacées en plus, que j’utilise néanmoins à profit, me rendant compte qu’en roi Dagobert hors de son royaume j’avais enfilé mon pantalon de sport à l’envers dans une sorte de levrette vestimentaire et me retrouve donc en slip en peine rue. « Non on ne tourne pas un porno gay » ! 

  Tout est en boite pour aujourd’hui. Je suis exténué physiquement mais mon enthousiasme est encore trop fort pour que je puisse me coucher. Vivement demain !

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Vendredi 3 mars 2006

  Depuis hier je travaille avec Toda dans son hôpital psychiatrique sur la préparation du tournage, l’écriture du story-board et autres choses. Tous les patients sont forcément intrigués par le gaïjin malgré lui que je suis, certains viennent me parler immédiatement avec enthousiasme. D’autres perdent subitement leur sourire et ouvrent une bouche qui leur tombe jusqu’aux pieds avec des yeux de merlans frits. Mais le traumatisme passé, ils se montrent tout aussi communicatifs que les autres. J’avoue qu’il y en a deux ou trois où je ne comprends pas un traître mot de ce qu’ils disent, comme ce vieillard édenté au sourire figé sur son visage buriné qui me parlait avec véhémence mais où seul le mot « furansujin » (Français) fut audible. Toda me rassure, lui non plus il ne comprend pas. J’ai même droit à un cadeau par une patiente que j’avais déjà rencontré l’année dernière. Elle a confectionné elle-même un porte-clé pour moi et une broche à ramener pour ma femme. Depuis le début cela a toujours été elle, Yukachan, qui a été la plus chaleureuse et la plus ouverte de tous les patients. Donc forcément c’est avec elle que je suis le plus à l’aise. Il y a un gros rigolard que j’aime bien aussi, avec une carrure de sumo et un sourire poupin perpétuel et qui ronflait à en faire péter les vitres pendant que je me cassais la tête sur le planning de tournage plutôt chaotique. Au moins dans cet univers pas besoin de faire semblant de rien, et je ne m’y sens pas particulièrement mal à l’aise. Pour moi, tous les gens sont fous à un niveau plus ou moins élevés, et certaines habitudes quotidiennes d’aujourd’hui seront peut-être les folies de demain, tandis que d’autres sont d’ores et déjà celles d’hier. 

  A propos de folies, il m’arrive trop souvent de me réveiller en hurlant suite à un cauchemar. Ces cauchemars sont tous différents mais ils ont pour point commun un personnage qui me regarde avec des yeux fixes et dément. Pour exorciser ça ainsi que tout un tas d’autres choses j’ai écrit un scénario de moyen-métrage que je souhaite tourner dès que possible, et j’y ai donc inclus un personnage terrifiant au regard fixe et glaçant, qui n’est autre que le reflet de la conscience du personnage principal. Je voyais parfaitement ce regard dans ma tête mais impossible de l’exprimer sur le papier. Et puis ce matin je l’ai rencontré en chair et en arêtes. En allant prendre le déjeuner dans la salle de l’hôtel, face à moi se trouve un aquarium avec deux gros poissons. L’un deux est inintéressant mais l’autre est immobile, son regard fixé sur moi, les yeux emplis d’une folie prête à exploser à tout moment, totalement identique à l’homme-conscience de mon scénario. Je suis un peu troublé dans mon déjeuner par ce cet aquatique reflet de mes cauchemars, mais je suis soulagé d’avoir trouvé comment rendre un futur acteur semblable à ma vision de l’homme-conscience, je n’ai qu’à lui arracher les paupières ! 

  Pour en revenir à la préparation du film, on passe également une partie de la journée à repérer des lieux pour le tournage et nous nous rendons dans une bijouterie pour y acheter une bague qui servira d’accessoire. Dès l’entrée trois jolie et jeunes vendeuses nous accueillent puis la patronne du magasin que Toda connaît personnellement vient nous voir, et nous installe dans un coin en attendant. Elle revient quelques minutes plus tard et parle en japonais à Toda, pensant peut-être que je ne comprendrais pas. Elle lui dit que les trois jeunes femmes me trouvaient « handsome » et qu’elles voulaient se faire prendre en photo avec moi. Ah putain ça a du bon d’être au Japon ! En France j’ai plutôt un physique passe partout sur lequel on se retourne uniquement quand j’ai oublié de retirer le mouchoir planté dans mon nez ou quand je me suis maquillé en ptérodactyle, mais au Japon je cartonne, et j’ai même pas besoin de me raser pour ça. Alors forcément, ça ne me pousse pas à rentrer en France. Je dois mon succès surtout au fait que je suis français, et ça j’y suis pour rien, il se trouve juste que le spermatozoïde et l’ovule qui m’ont constitué étaient made in France, mais je prends ce qu’il y a à prendre sans faire le difficile. Et comme elles se sont fait prendre en photo chacune à leur tour à côté de moi, je n’hésite pas à demander en retour à prendre des photos d’elle pour mon photo-book. Il y en a une qui commence à se pisser dessus quand je dis ça et insiste pour ne pas être seule sur la photo, et se met à côté de Toda. Je ne dis rien, la prends ne photo, et dès qu’elle se détend et regarde ailleurs, Paf Pastèque ! Enfin Paf Photo ! 

  Et pour finir cette soirée je rencontre l’actrice qui jouera le rôle féminin, Yoko… Elle a un visage très mystérieux. Celui d’une poupée inexpressive avec des yeux mi-clos insondables. Mais c’est pour cela que dès que Toda m’avait montré une photo d’elle deux semaines auparavant j’avais tout de suite mit une option sur elle avec un chèque en blanc de caution. Je ne voulais pas un banale visage comme on en voit toujours. Je recherchais une beauté sensible, non bon marché. Et Yoko a ce quelque chose de fantomatique. A tel point, qu’en rentrant ce soir je me demande si je l’ai réellement rencontrer. 

  Je retrouve la solitude sympathique de ma petite chambre de business hôtel. Ce qui est étonnant est cette télé à pièces alors que toutes les chaînes marchent. Alors à quoi peut bien servir cet attrape-nigaud ? Je ne vous dirais pas comment je le sais, mais j’ai quand on met une pièce dedans, il y a tout d’un coup plein de gens qui se collent le uns aux autres dans des positions abracadabrantes. Sauf que la qualité est vraiment merdique car il y a plein de mosaïques qui se baladent partout, alors payer pour un programme déréglé non merci. De qui se moque-t-on ?

 PHOTOS 2 Mars 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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