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Samedi 4 mars 2006

  C’est le Jour J. Le début du tournage va commencer. Pour affronter cette journée je commence par prendre mon petit-déjeuner au premire-rang face au poisson de mes cauchemars. Mais comme Toda vient d’avancer le rendez-vous d’un quart d’heure, je n’ai même pas le temps de me soucier de ce branchidés ni de mon café que cette foutue serveuse ne m’a pas apporté, et je file faire mes derniers préparatifs. 

  Toda passe par sa clinique où il change son mini 4x4 pour un mini bus avec cinq de ses patients qu’il conduit en ville pour une journée de libre amusement. Entre temps, je vais boire un café dans une salle, échange un sourire avec une jolie infirmière, puis au moment où je pars, elle échange un « kakoi » (beau) discret sur mon compte avec un collègue mais que mes oreilles d’Elfes mégalos captent immédiatement. Que c’est bon d’être au Japon. La moindre des choses en retour est d’en profiter pour lui demander si je peux prendre une photo d’elle mais je n’ai pas le temps. 

  Au moment où je vais monter dans le mini bus la porte s’ouvre et un petit sexagénaire rigolard en sort et me serre la main en me répétant bonjour 10 fois, et tenant mon appendice à 5 branches pendant deux minutes. Il s’agit de Sone. Je l’avais rencontré la veille mais je ne savais pas que c’était un patient de Toda. J’en profite pour lui enseigner un ou deux autres mots de français et on monte dans le bus où il m’assaille de question sur la France. Il me parle des villes françaises qu’il connaît, de Paris et de Milan. Du coup tout le monde se fout dans sa gueule en lui disant de réviser sa géo. Et il est incapable de se rappeler mon prénom. Au Japon, Guillaume se prononce Guiyomou, mais lui il sort des sons qui s’en rapprochent plus ou pas du tout. Il m’appelle même Garlic. Tout le monde se marre à nouveau. Toda me dit que Sone adore le Pachinko. Sone tente de nier mais c’est peine perdu et finalement il s’endort et ronfle. C’est que le trajet prend près d’une heure. Kyôto est une ville énorme, tout en longueur alors que les autres villes principales du Japon sont toutes en hauteur. Cela est du au fait que Kyôto recèle de vieilles maisons et d’environ 2000 temples qui font partie du patrimoine du Japon et que l’on ne peut donc pas tout défoncer pour construire des immeubles de 200 étages. Donc la ville s’étale en longueur. Si Kyôto avait été pilonnée par les bombes américaines comme le reste du pays, elle serait sûrement semblables à toutes les autres villes, mais les américains, dans la grande mansuétude qui leur a fait balancer les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, s’y sont refusés ? Pourquoi ? Sans doute pour les mêmes raisons que le général Von Choltitz avait refusé l’ordre d’Hitler d’incendier Paris. 

  Les patients libérés, on retrouve Yoko et commence à tourner. Mais la scène que l’on souhaite faire nécessite un certain flux de personnes dans les rues et à 11H du matin, il n’y a pas grand monde. Malgré l’heure, on s’en va en quête d’un restaurant. Dans les escalators j’entends derrière moi une toux inhumaine qui sembla avoir été faites dans un porte-voix. Je regarde sur mon sac à dos s’il n’y a pas un poumon qui traîne mais l’autre a du le coincer derrière ses dents.

 

  Après le repas, je marche, marche et marche dans les rues. Toda me suit et me filme de dos… Faut dire que j’ai bon dos. On me regarde bizarrement, plein de gens regardent la caméra en passant, donc évidement c’est inutilisable. Mais avec tout ce qu’on a pris comme vidéo on finira bien par trouver notre bonheur. 

  Après un bref strip-tease, je suis changé en tenue de sport car je me suis crée un personnage qui court faute de pouvoir canaliser sa frustration autrement. Et là c’est parti pour une multitude de scènes de course qui me trempe de sueur jusqu’aux os. Mais Yoko partage les mêmes scènes avec moi et je ne suis pas le seul à en baver en dehors de la caméra pour pas faire mauvais genre. Elle n’arrête pas de me surprendre. Ce petit bout de femme tout stoïque m’apprend qu’elle aime surtout les films d’horreur, les thrillers et tout ce qui est plutôt violent et sanguinolent. C’est un contraste particulièrement intéressant et qui correspond assez bien au personnage que je lui ai crée. Autre surprise, lors des scènes de course, alors qu’elle ne fait jamais de course, elle file comme le vent et je dois foutre un sacré coup de collier pour courir à sa hauteur puis pour la dépasser. On court ainsi durant près de trois heures, multipliant les prises et les lieux. Pendant ce temps le temps se la joue féminine, au départ très peu de nuage, puis tout d’un coup le ciel devient gris, suivit d’un vent à vous décoller la rétine et fini par de la neige. On part donc faire des scènes en sous-sol, on retourne à la surface, il fait beau, re-quelques brises, et en cinq minutes il neige à nouveau. Complètement gaga le temps au Japon ! 

   Les scènes de la journée mise en boite, on dit à plus tard à Yoko, on récupère les patients et c’est reparti pour une heure de voiture. Je demande à Sone comment s’est passé le Pachinko. Il me dit qu’il y a joué 3 heures, et entre les pertes et les gains, il a finalement perdu 3000 yens. Je lui demande s’il se rappelle mon prénom, et il m’appelle « Galileo » ce qui évidement plonge l’ensemble du bus dans un grand fou rire. On discute beaucoup et il dit qu’il est heureux, qu’on est devenu ami. Je n’en pense pas moins et lui fait savoir. Puis il s’endort à nouveau et ronfle encore. 

  Quelques heures plus tard avec au passage un bon repas bien mérité, on repart filmé, retrouvant Yoko. Ce soir on filme une des scènes que j’aime le plus et que j’adorais me repasser dans ma tête en l’écrivant, et au vue des prises de ce soir c’est assez semblable à ce que j’espérais. Par contre il fait extrêmement froid et on essaie de ne pas trop traîner. Pendant que je réfléchis à mon jeu, je lève les cieux vers le ciel étoilé et aperçoit la grande ourse au-dessus de moi, semblable à celle que j’ai toujours contemplait du fin fond de mon Auvergne natale. Je me sens subitement moins dépaysé, moins étranger. Finalement je suis toujours au même endroit, avec moi-même sous un même ciel. 

  Les scènes de Yoko pour aujourd’hui sont finies, et une fois ramené chez elle je retourne à nouveau courir dans les rues nocturnes de Kyôto tandis qu’un étrange bonze me suit en voiture avec sa caméra pointée sur moi. Passé 22h, je commence à avoir vraiment froid, baignant dans ma sueur froide j’attends que l’on tourne la derrière scène. Toda choisit ce moment pour mater un peu les scènes de la journée et m’offre ainsi quinze minutes glacées en plus, que j’utilise néanmoins à profit, me rendant compte qu’en roi Dagobert hors de son royaume j’avais enfilé mon pantalon de sport à l’envers dans une sorte de levrette vestimentaire et me retrouve donc en slip en peine rue. « Non on ne tourne pas un porno gay » ! 

  Tout est en boite pour aujourd’hui. Je suis exténué physiquement mais mon enthousiasme est encore trop fort pour que je puisse me coucher. Vivement demain !

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Vendredi 3 mars 2006

  Depuis hier je travaille avec Toda dans son hôpital psychiatrique sur la préparation du tournage, l’écriture du story-board et autres choses. Tous les patients sont forcément intrigués par le gaïjin malgré lui que je suis, certains viennent me parler immédiatement avec enthousiasme. D’autres perdent subitement leur sourire et ouvrent une bouche qui leur tombe jusqu’aux pieds avec des yeux de merlans frits. Mais le traumatisme passé, ils se montrent tout aussi communicatifs que les autres. J’avoue qu’il y en a deux ou trois où je ne comprends pas un traître mot de ce qu’ils disent, comme ce vieillard édenté au sourire figé sur son visage buriné qui me parlait avec véhémence mais où seul le mot « furansujin » (Français) fut audible. Toda me rassure, lui non plus il ne comprend pas. J’ai même droit à un cadeau par une patiente que j’avais déjà rencontré l’année dernière. Elle a confectionné elle-même un porte-clé pour moi et une broche à ramener pour ma femme. Depuis le début cela a toujours été elle, Yukachan, qui a été la plus chaleureuse et la plus ouverte de tous les patients. Donc forcément c’est avec elle que je suis le plus à l’aise. Il y a un gros rigolard que j’aime bien aussi, avec une carrure de sumo et un sourire poupin perpétuel et qui ronflait à en faire péter les vitres pendant que je me cassais la tête sur le planning de tournage plutôt chaotique. Au moins dans cet univers pas besoin de faire semblant de rien, et je ne m’y sens pas particulièrement mal à l’aise. Pour moi, tous les gens sont fous à un niveau plus ou moins élevés, et certaines habitudes quotidiennes d’aujourd’hui seront peut-être les folies de demain, tandis que d’autres sont d’ores et déjà celles d’hier. 

  A propos de folies, il m’arrive trop souvent de me réveiller en hurlant suite à un cauchemar. Ces cauchemars sont tous différents mais ils ont pour point commun un personnage qui me regarde avec des yeux fixes et dément. Pour exorciser ça ainsi que tout un tas d’autres choses j’ai écrit un scénario de moyen-métrage que je souhaite tourner dès que possible, et j’y ai donc inclus un personnage terrifiant au regard fixe et glaçant, qui n’est autre que le reflet de la conscience du personnage principal. Je voyais parfaitement ce regard dans ma tête mais impossible de l’exprimer sur le papier. Et puis ce matin je l’ai rencontré en chair et en arêtes. En allant prendre le déjeuner dans la salle de l’hôtel, face à moi se trouve un aquarium avec deux gros poissons. L’un deux est inintéressant mais l’autre est immobile, son regard fixé sur moi, les yeux emplis d’une folie prête à exploser à tout moment, totalement identique à l’homme-conscience de mon scénario. Je suis un peu troublé dans mon déjeuner par ce cet aquatique reflet de mes cauchemars, mais je suis soulagé d’avoir trouvé comment rendre un futur acteur semblable à ma vision de l’homme-conscience, je n’ai qu’à lui arracher les paupières ! 

  Pour en revenir à la préparation du film, on passe également une partie de la journée à repérer des lieux pour le tournage et nous nous rendons dans une bijouterie pour y acheter une bague qui servira d’accessoire. Dès l’entrée trois jolie et jeunes vendeuses nous accueillent puis la patronne du magasin que Toda connaît personnellement vient nous voir, et nous installe dans un coin en attendant. Elle revient quelques minutes plus tard et parle en japonais à Toda, pensant peut-être que je ne comprendrais pas. Elle lui dit que les trois jeunes femmes me trouvaient « handsome » et qu’elles voulaient se faire prendre en photo avec moi. Ah putain ça a du bon d’être au Japon ! En France j’ai plutôt un physique passe partout sur lequel on se retourne uniquement quand j’ai oublié de retirer le mouchoir planté dans mon nez ou quand je me suis maquillé en ptérodactyle, mais au Japon je cartonne, et j’ai même pas besoin de me raser pour ça. Alors forcément, ça ne me pousse pas à rentrer en France. Je dois mon succès surtout au fait que je suis français, et ça j’y suis pour rien, il se trouve juste que le spermatozoïde et l’ovule qui m’ont constitué étaient made in France, mais je prends ce qu’il y a à prendre sans faire le difficile. Et comme elles se sont fait prendre en photo chacune à leur tour à côté de moi, je n’hésite pas à demander en retour à prendre des photos d’elle pour mon photo-book. Il y en a une qui commence à se pisser dessus quand je dis ça et insiste pour ne pas être seule sur la photo, et se met à côté de Toda. Je ne dis rien, la prends ne photo, et dès qu’elle se détend et regarde ailleurs, Paf Pastèque ! Enfin Paf Photo ! 

  Et pour finir cette soirée je rencontre l’actrice qui jouera le rôle féminin, Yoko… Elle a un visage très mystérieux. Celui d’une poupée inexpressive avec des yeux mi-clos insondables. Mais c’est pour cela que dès que Toda m’avait montré une photo d’elle deux semaines auparavant j’avais tout de suite mit une option sur elle avec un chèque en blanc de caution. Je ne voulais pas un banale visage comme on en voit toujours. Je recherchais une beauté sensible, non bon marché. Et Yoko a ce quelque chose de fantomatique. A tel point, qu’en rentrant ce soir je me demande si je l’ai réellement rencontrer. 

  Je retrouve la solitude sympathique de ma petite chambre de business hôtel. Ce qui est étonnant est cette télé à pièces alors que toutes les chaînes marchent. Alors à quoi peut bien servir cet attrape-nigaud ? Je ne vous dirais pas comment je le sais, mais j’ai quand on met une pièce dedans, il y a tout d’un coup plein de gens qui se collent le uns aux autres dans des positions abracadabrantes. Sauf que la qualité est vraiment merdique car il y a plein de mosaïques qui se baladent partout, alors payer pour un programme déréglé non merci. De qui se moque-t-on ?

 PHOTOS 2 Mars 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Jeudi 2 mars 2006

  J’étais si pris ces derniers temps que je n’avais pas le temps d’écrire ce qui explique qu’en un jour je balance les faits des cinq derniers jours. A peine revenu d’Atami, j’ai reçu la version du scénario que Toda avait fait à partir du mien. Les japonais ont toujours tendance à minimaliser mais là le scénario fait 3 fois moins de pages, beaucoup de choses sont complètement chamboulées, et bien qu’intéressantes il manque beaucoup d’éléments pour cimenter à la fois l’histoire et les personnages. Je discute donc avec Toda et me lance dans une troisième version. J’écris, j’écris puis je bloque. Trop de stress. On est lundi soir, et mercredi matin je pars à Kyôto pour préparer et effectuer le tournage. Je prends donc mon lecteur MP3 et m’en vais errer dans les rues de Tôkyô de la nuit. 

  Je chausse les écouteurs sur les oreilles afin d’écouter la musique qui m’a inspirée durant toute l’écriture, uniquement des morceaux de piano dont un magnifique d’Aphex Twin qui est pourtant monsieur le roi de l’elektro, et le reste de Philip Glass, m’arrête au conbini le plus proche m’acheter une canette de Lemon Sawa, mélange de Shochu (alcool fort japonais) et de limonade au citron, et je me lance dans la première rue inconnue qui passe à ma portée, mais comme il y a plein de mondes j’en prends une seconde, quasi déserte. Je me laisse emporter par l’alcool, la musique, le vent frais, les petites rues de ce Tôkyô nocturne que j’affectionne tant, et au fur et à mesure que je me dilue dans cet ensemble, y trouvant mon inspiration, je me sens plus vivant que jamais. C’est un univers noir, inconnu et solitaire, que je traverse en observateur, que j’habille de mon imagination, et que la musique m’aide à rendre plus magique, plus sensible. Je suis chez moi, je m’y sens bien, en harmonie. 

  Je profite aussi de ce moment pour mieux me saisir de mon personnage, car inutile de le cacher plus longtemps, je vais interpréter le personnage principal du film. Cela s’est avéré plus que logique en fonction du scénario mettant en scène un personnage français au Japon, et également parce que je pensais pouvoir plus que quiconque exprimer les sentiments de ce personnage. Bonne décision ou pas ? L’avenir le dira. Co-réaliser un film dans une langue que l’on ne maîtrise pas est déjà loin d’être facile et j’aurais peut-être du m’en contenter, mais j’avais besoin de pousser le défi plus loin, de me foutre sous les projecteurs et de prendre le risque d’être soit ridicule soit d’extérioriser des sentiments très personnels et difficiles devant des gens. 

  Au bout de près de deux heures de marche nocturne et deux canettes de Lemon Sawa j’ai à peu près tout le nouveau scénario en tête, ayant parvenu à utiliser le meilleur des deux en les combinant et en créant des nouvelles scènes pour donner de la cohérence à ce nouveau venu. Je passe toute la journée du mardi à écrire et à 22h30 j’ai enfin terminé. Je n’ai toujours rien préparer pour mon voyage et le temps tout faire il est déjà minuit passé. 

  5 heures et demi, il faut se lever, vérifier les derniers points et partir. Sur le quai en attendant le métro, un homme regarde ma sacoche attentivement puis me regarde, et part attendre le métro 50 mètres plus loin. Il faut croire que j’ai une terroriste. En tout cas j’ai du bien lui foutre la trouille car même de loin il continue à jeter des regards vers moi pour voir si ma bombe imaginaire n’a pas encore explosée, et effectivement non.  

  Dans le métro je suis juste à côté d’un vieillard, sûrement SDF, qui empeste un mélange savant d’urine et d’excréments. Au bout d’une demi-heure j’en ai la nausée, surtout qu’il a trouvé une place assiste juste à côté de l’endroit où je me tiens debout, mais pourtant je change pas de place car je ne veux pas le vexer ou l’humilier. En même temps j’ai envie de le frapper pour puer autant et surtout pour être tombé dans un tel état d’abnégation d’amour PROPRE. Entre la compassion et le mépris, je choisi l’indifférence, ça joint facilement les deux. 

  Je quitte enfin le métro pour rejoindre la Yamanote Line , qui est une ligne circulaire à l’intérieur même de Tôkyô et en relie tous les points névralgiques, je monte dans un wagon au hasard, m’installe avec tous mes bagages dans un coin et c’est à ce moment-là que je me rends compte qu’à cinq mètres de mois, il y a une énorme gerbe rougeâtre séchée sur le sol et la cloison. Il y a des jours comme ça où on se demande pourquoi on s’est coiffé, brossé les dents, parfumés, alors qu’il est simple de se faire dessus et de dégueuler dans le premier wagon venu.  

  Quand je prends enfin ma place dans le shinkansen, je m’attends à ce que mon voisin soit une vieille prostituée vérolée revenue de partouze, mais il s’agit d’un simple salaryman. Quelques villes plus loin, il s’en va pour être remplacé par une jeune fille aux cheveux verts, portant un bandeau rouge sur un œil et des vêtements étranges. Mais elle est étonnamment aussi sage et discrète qu’elle est extravagante. Sans doute se rendait-elle à une congrégation de cosplay mais je n’ai pas su reconnaître le personnage qu’elle représentait. 

  Sur le quai de la gare de Kyôto, en face de la porte du shinkansen d’où je descends, se trouve Toda avec un magnifique chapeau. Je ne reconnais pas non plus son personnage mais je suis bien content de le voir. Il n’a pas encore eut le temps que ma femme a courageusement traduit durant la matinée et lui a envoyé par mail. Après un bon repas et diverses discutions, il lit enfin le scénario et l’approuve dans son ensemble à part une scène peut-être un peu difficile à tourner, mais qu’il trouve pourtant intéressante et souhaite réfléchir à une façon de la concrétiser. On passe toute cette journée à discuter du scénario, des personnages, de nos idées et l’on semble apparemment d’accord sur la plupart des points, ce qui est plutôt rassurant. 

  Il m’emmène à mon hôtel après le dîner avec la promesse de revenir demain pour se lancer dans l’atelier story-board. J’ai envie de lire, j’ai envie de me mater un film, mais surtout je souhaite rattraper mon retard sur le BLOG, quitte à y passer toute ma soirée. Voilà qui est chose faites. 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Mercredi 1 mars 2006

  Atami. Il y a plus d’un an, alors que voyageais en train, j’avais eut l’occasion d’apercevoir cette ville construite à flanc de montagne avec le privilège d’être face à la mer. Le cadre bucolique m’avait tout de suite enchanté et j’avais regretté de ne pouvoir m’y arrêter. Et depuis je repensais souvent à cette paisible petite ville. J’eut l’occasion de la recroiser dans un film d’Ozu : « Voyage à Tôkyô », où un couple de seniors étaient envoyés en cure par leurs enfants pour se débarrasser d’eux. Bien que très courte, mon expérience atamienne me fit dire que le paysage en arrière-plan se devait d’être cette fameuse ville qui me faisait fantasmer, et une courte recherche sur internet me le confirma. Il est donc compréhensible que lorsque mes beaux-parents proposèrent de partir en week-end dans un onsen de Atami, j’en fus si ému que des pétales de sakura me sortirent du nez. 

  A environ 1h30 de train de Tôkyô, je pose enfin les pieds à Atami !... et me retrouve à Pépèreland. Finalement je ne sais pas à quoi je m’attendais mais en tout cas pas à ça. Il y a quelques décennies, Atami était une cité thermale et balnéaire très prisée et très en vue. De nombreux couples extra-conjuguaux venaient ébattre dans tous les sens du terme bien à l’abri des yeux discrets. Il y avait une certaine connotation luxueuse dans cette ville. Puis elle passa soudainement de mode et devint une ville désertée. Ce n’est que tout récemment, que la ville a commencer à se remonter en faisant beaucoup d’efforts économiques mais sans revenir à l’état de grâce qu’elle avait connu autrefois. Aujourd’hui c’est une petite cité thermale sans plus. Et les traces de ce cassage-de-gueule divin sont encore nettement visibles puisque ci et là on y trouve des immeubles crasseux, bouffés par le lierre, et dont j’avais un spécimen juste devant la fenêtre de la chambre d’hôtel où j’ai séjourné, et d’où je pouvais voir la mer entre deux immeubles étroitement serrés l’un contre l’autre. 

  Mais cet hôtel a un autre atout en plus du onsen qui en fait partie intégrante, la grande porte qui mène à la cour a été utilisée par pas moins de deux empereurs. Akihito, fils de Hirohito et actuellement simple Tenno du Japon, dont la photo de son impériale personne entrant dans l’hôtel trône dans le hall de ce même hôtel dans une sorte de mise en abîme péteuse. Et l’autre Empereur est le magnifique et immortel Akira Kurosawa qui avait utilisé la dite porte pour certains plans de Kagemusha.  

  Avant de profiter des bains, nous nous rendons dans les hauteurs de la ville pour visiter un magnifique parc où divers variétés de pruniers se donnent en spectacle pour la plus grande joie de tous, s’empressant de se faire prendre en photo avec ce magnifique arrière-plan. J’y croise même une miss quelque chose qui pose pour quiconque souhaite la prendre en photo ou se faire prendre avec elle. Bien que la prendre sous un de ces pruniers me semble être une idée particulièrement béatifiante, je me dis que ça ne ferait peut-être pas bon mélange avec l’ambiance innocente de ce lieu.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

    Et puis enfin le bain. J’arrive seul. Je me fous à poil, ouvre la grande baie vitrée couverte de buée et tombe à nouveau sur un yakuza au dos tatoué. Putain ils sont partout ou c’est moi qui n’est pas de chances ? Apparemment après en avoir discuté, c’est moi qui les attire… Mon beau-père arrive quelques minutes plus tard et le croise à son tour. Le yakuza partit, Takazumi de son petit nom, dans son costume d’Adam vient me dire de faire attention à ce yakuza. Il m’explique que la plupart sont nationalistes et n’aiment pas les étrangers et selon lui ce type a du déjà tuer une ou deux personnes. Au Japon les nationalistes sont cons et dangereux comme partout, mais ils sont aussi ouvertement bruyants. Ils se promènent en camionnette avec leurs slogans aussi répétitif que rétrogrades en banderoles, un mégaphone sur le toit gueulant des chansons patriotiques du temps de la seconde de la guerre, vantant l’empereur et la grandeur du peuple japonais. Il faut le voir pour le croire et malheureusement on peut les voir n’importe où et à n’importe quel moment de la journée. Comme quoi la liberté d’expression n’a pas que du bon, ce qui est assez ironique vu que ces gros empaffés du bulbe en abusent alors qu’ils la supprimeraient immédiatement s’ils étaient au pouvoir. 

  Mais le tatoué s’en va vite donc pas d’occasion d’exprimer sa haine raciste, si tant est qu’il en est, n’enfonçons pas les stéréotypes, même sur les yakuzas, bien qu’il ait totalement dédaigné mon bonjour en rentrant… Le bain est scindée en deux partie. Une à l’intérieur, où il fait bien chaud mais c’en est presque étouffant, et une autre extérieure, sur le toît, où il fait bien froid mais le mélange avec l’eau de friture est particulièrement bon. Au début je suis seul, mais très vite d’autres nudistes se joignent à moi, devinent immédiatement que je ne suis pas japonais, et c’est parti pour une discussion sur la France. Les personnalités françaises qui reviennent toujours dans la bouche des Japonais sont : Catherine Deneuve, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, et Jean Gabin pour les plus cultivés. Et s’ils n’étaient pas tous morts ou en attente de l’être, ils en seraient sûrement très honorés. J’hésite à leur dire « mokarimakka ? » histoire de blaguer mais comme je suis timide j’ose pas. Mais que veut dire « mokarimakka ? ». A l’ère d’Edo, Osaka était La ville marchande, certainement méprisée par les samouraïs pour qui les marchands étaient de viles créatures sans morale. Le but de tout marchand étant forcément de se faire des couilles en or (surtout au japon où « couille » se dit « kintama » ce qui signifie littéralement « boule en or ») au lieu de se dire bonjour le matin, il se disaient « mokarimakka » ce qui en gros signifie « ton commerce est fructueux ? ». Sans doute que certains continuent de l’utiliser. 

  La soirée se termine en apothéose avec un repas titanesque amené dans notre chambre par une « servante » en kimono qui fait dix courbettes entre chaque plat apporté. Je mange les aliments les plus étranges, autant en goûts qu’en couleurs, qu’il m’ait été donné de rencontrer et je ne saurais d’ailleurs décrire ce que c’était mais le Japon recèle de ces aliments martiens. La télé étant restant allumé, j’aperçois pour la troisième fois en moins d’une heure un medley de la prestation effectuée par la patineuse japonaise qui a reçu la médaille d’or. Quand le Japon a un gros titre il le passe en boucle si souvent que l’on fini par croire qu’il n’y a rien d’autre qui se passe dans le monde. Depuis qu’elle a gagné cette médaille, dès que je passe devant la télé, ce que j’évite de faire, je vois son string bleu, ce qui n’est pas non plus pour me déplaire. Mais à cela rien d’étonnant. Lorsque j’étais venu au Japon en Novembre 2004, ils continuaient à passer en boucle les victoires japonaises aux Jeux Olympiques d’été de 2004… Quoi qu’il en soit ils finissent par passer l’intégralité de sa prestation. Sincèrement le patinage artistique m’a toujours laissé froid, mais je ne sais pas si c’est d’être venu intime avec elle à force de voir son visage, ou à cause de l’alcool et de la fatigue qu’assène les bains thermaux, ou peut-être parce qu’elle méritait vraiment sa médaille d’or, mais le spectacle qu’elle m’a offert m’a ému à la limite des larmes tant l’ensemble était doux, harmonieux, sensible et sans la moindre imperfection. Merci Shizuka Arakawa.  

 

  Le lendemain matin, on est assaillit dès 8h du matin par un petit déjeuner aussi copieux que la veille, sauf que tous ces poissons, molusques, crustacés, et autres aliments indescriptibles n’ont pas le même attrait au saut du lit. Un café bien noir et un croissant m’aurait convenu, mais je me refuse à faire le difficile et avale tout ce que je peux me permettre. 

  Dehors le temps est con et foireux. Il pleut, il y a de la brume, c’est gris, c’est moche. En temps normal le temps grisailleux me correspond assez bien, mais aujourd’hui il a rien compris car on doit aller sur une petite île en bateau et ce n’est pas le temps rêvé. Sur la mer le bateau tangue, tangue et retangue encore. Je ne suis pas particulièrement sujet au mal de mer mais je suis à deux points de renvoyer le déjeuner du matin dans les fonds sous-marins d’où il a été arraché, et je m’efforce d’ailleurs de ne pas y penser sous risque d’accélérer le processus. En face de moi il y a une vielle femme sur un banc, verte et dégoulinante de sueur, son chapeau sur les genoux, à moitié dessapée, tentant tant bien qu mal de garder la bonne figure qu’elle n’a plus depuis longtemps. On arrive enfin sur l’île !  

  Mais pourquoi être venu ici ? Tout d’abord pour voir une certaine variété de sakura dont j’ai oublié le nom. Normalement Le Sakura si prisé des japonais ne fleurit que fin Mars début Avril selon leur emplacement géographique. Il est d’ailleurs assez hallucinant de voir plusieurs fois par jour à la télévision des journalistes commenter la progression de la floraison qui arrivera à Tôkyô dans deux semaines… dans dix jours… dans deux jours… tandis que les autres membres du plateau poussent des « eeeeehhhh » admiratifs. Et quand les sakuras sont enfin en fleurs, c’est partie pour une méga fiesta où chacun s’approprie son arbre, dépose une grande bâche à son pied, et festoie avec sa famille et ses amis dans un flot de saké. Mais nous ne nommes qu’en février et les sakuras ils hibernent tranquillement. Ce que mon ignorance m’avait caché jusqu’alors, est qu’il existe une grande variété de sakuras (environ 400) et que même s’ils ne possèdent pas la mélancolique noblesse du chef de famille, ils n’en sont pas moins extraordinairement beaux. Mais vu la pluie battante qu’on se prend dans la gueule, il n’y a pas grand-chose à voir, et si j’en ai croisé j’ai oublié. 

  Mais surtout le deuxième atout de cette île c’est sa vue imprenable sur l’île de Honshu (une des 4 îles principales du Japon). Saut qu’aujourd’hui je vois à peine les arbres quelques centaines de mètres plus loin. Mais pas peu têtu, on se rend tout de même dans un grand hôtel de huit étages, pour y admirer le néant grisâtre à défaut d’autres choses. Mais arrivé au dernier étage, le restaurant avec vue panoramique est fermée et on nous refuse donc d’aller remplir nos mirettes de rien du tout. 

  Au retour la mer est redevenue calme. Bientôt on quitte Atami et sa grisaille. Dans le train je suis amusé de lire dans le roman « les bébés de la consigne automatiques » de Murakami Ryu à travers un personnage, qu’une des seules choses en laquelle on peut avoir confiance en  ce monde est la météo de NHK. Effectivement elle m’avait prévenu mais je lui en veux quand même, elle avait qu’à annoncer un temps superbe sur Atami pour tout le week-end !

PHOTOS 25 FEVRIER 

PHOTOS 26 FEVRIER 

INCONNUS DU METRO

 

 

 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Vendredi 24 février 2006

  Si je vous offre un cadeau, même si je ne compte pas le faire, que me répondez-vous ? Merci ? Et si je suis japonais ? Merci encore ? Bou Bou ! (bruit d’une fausse réponse, à opposer à Pin Pon, qui est le bruit d’une bonne réponse, et dont le jeu télévisé d’où provient ces deux bruits était si populaire que cette façon d’indiquer les bonnes et mauvaises réponses dans le langage usuel est devenue aussi courante qu’agaçante). Au Japon on s’excuse avant tout et pour tout. Je m’excuse donc de vous offrir un cadeau de piètre valeur qui est certainement très nul, et vous vous excusez de m’avoir fait donner la peine de vos offrir ce cadeau… En France on remercie car on accepte l’attention de l’autre, et on en est heureux. Au Japon on est embarrassé d’avoir causé à l’autre de l’attention sur soi même. La nuance est très importante ! A tel point que l’on hésitera parfois à offrir un cadeau à quelqu’un, sachant que cette même personne cherchera à nous rendre l’attention par un cadeau de même valeur voire supérieure et que cela lui causera donc de la gêne… 

  Quasiment pour toutes les occasions où l’on remercierait en France, il convient de s’excuser au Japon, ce qui n’empêche pas de rajouter des remerciements en même temps histoire de ne pas se tromper et tant que vous y êtes, rajoutez deux trois pas de danse et un haïku, ça peut pas faire de mal sauf si vous avez de l’arthrite. Parfois c’est un jeu d’excuses à n’en plus finir, car l’essence de ces pardons à répétition est avant tout l’humilité et la modestie pour lesquels les japonais rivalisent entre eux à savoir qui sera le plus modeste. Ainsi il est bien vue de parler de son conjoint en le rabaissant, du moins en rabaissant ses capacités. En France il y en a qui ne peuvent pas ouvrir la bouche sans vanter les mérites de leurs conjoints (trait particulièrement féminins qu’il faudra m’expliquer…) et au Japon cela serait des plus déplacés, presque inconcevable. En gros pour inviter quelqu’un à dîner, déjà excusez-vous de l’embarrasser à venir jusque chez vous, puis excusez-vous de votre maison moche, de vos enfants qui ne sont pas brillants, et de votre femme qui ne fait pas bien la cuisine si vous êtes un homme ou de votre mauvaise cuisine si vous êtes une femme, car soyons sérieux, on est au Japon, un homme ça ne cuisine pas ! Déjà quand un homme japonais sait enfiler ses chaussettes par lui-même c’est miraculeux... mais je reviendrais sur cet aspect dans un autre article.   

  Il faut un certain temps avant de s’accommoder à cette façon de pensée car il faut tout bonnement changer sa façon de réagir intérieurement. Les premières fois où je me suis vu déprécier par ma femme devant d’autres personnes, alors qu’elle me supporte plutôt d’habitude, il y a eut chocs des cultures avec lâchée de noms d’oiseaux et haussement de ton. Maintenant je prends les devants, quand je me présente je dis « bonjour Guillaume Tauveron, je suis un réalisateur AMATEUR qui n’ai fait que des PETITES choses sans aucune valeurs et je pense d’ailleurs me suicider d’ici la fin de l’année, mais puisque je suis nul j’ai peur de me rater. Et vous comment ça va ? » Au moins on gagne du temps en engueulade.  

  Tant que j’y suis avec les mésententes franco-japonaises, voici une petite anecdote. C’était il y a si longtemps que je commencerais bien mon histoire par « il était une fois », je ne sais plus de quoi je parlais avec ma femme qui ne l’était pas à l’époque (non ce n’est pas un trans…), mais c’était un sujet à fleur de peau. Tout à coup elle m’a tapoté doucement la tête en disant « c’est bien, c’est bien ! » et paf ! Encore un choc culturel. En France on a plutôt l’habitude de faire ça pour se moquer de quelqu’un, comme en caressant la tête d’un chien, « mais oui t’es beau, mais oui t’as raison… ». Evidemment, sans penser que le même geste avait peu de chances d’avoir la même signification j’ai cru qu’elle se foutait de ma gueule et je me suis énervé. Alors qu’en fait, au Japon, on tapote, ou on frotte, la tête de quelqu’un quand il a fait quelque chose de bien. Pour le récompenser en sommes. Ah putain le con ! En plus je n’avais pas d’excuses car j’avais déjà vu ça dans des mangas (je ne citerais pas Dr Slump car apparemment c’est une référence plutôt honteuse… mais je m’en fous, moi ça me fait rire).  

  Tout ça pour dire que de toute façon, même si j’essaie de vous prévenir à l’avance des pièges à éviter, vous foncerez forcément droits dans d’autres que j’ai oublié ou que je n’ai pas encore désamorcé et qui m’attendent sadiquement dans un coin, donc amusez-vous bien !

LIEN VERS PHOTOS D'AUJOURD'HUI 

+ Nouvelle critique : Seppuku de Masaki Kobayashi

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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