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Mercredi 22 mars 2006

  Il est maintenant temps de revenir à l'origine de ce Blog, qui était je vous le rappelle pour une question à mille point, la réalisation d'un documentaire sur le Japon. Pour pouvoir le constituer, j'ai besoin d'effectuer beaucoup de recherches et de beaucoup étudier. Seulement pour avoir les fonds nécessaires pour effectuer cette recherche, j'ai d'ores et déjà lu un certain nombres d'ouvrages afin de constituer un premier brouillon du projet.

  Aujourd'hui, je me propose de vous faire part de ce "brouillon" qui représente la somme non exhaustive et non détaillée de ce que j'ai pu glaner comme infos et comprendre jusqu'ici. Cela ne représente en rien le documentaire que je vais créer, et il n'y a rien d'extraordinairement nouveau là-dedans. Mais il était nécessaire de créer un point de départ avancé récapitulant  les différents points sur lesquels j'aimerais que les japonais s'expriment par eux-mêmes et que j'aimerais développer.

  Voici donc le texte que des inconnus sont en train de juger pour savoir si je mérite de recevoir une bourse... La tension est insoutenable n'est-ce pas ?

 

  Les Japonais. Rarement un peuple a autant fasciné, été critiqué, tout en étant profondément incompris. Il faut dire que la chose n’est pas facile. Tout d’abord parce qu’au Japon on ne cherche pas à se mettre en avant, ni à s’exprimer ouvertement, et ce qui pourrait être, à certains niveaux, une qualité, se révèle préjudiciable pour leurs rapports internationaux. En conséquence ils sont taxés d’êtres froids, renfermés sur eux-mêmes et peu enclins à la communication. Définition aussi simpliste que subjective puisque amputée de son contexte. Héritiers de principes confucianistes et zens aussi ancrés dans la vie quotidienne que la télévision, les Conbinis  ou le Karaoké, les valeurs primordiales pour tout japonais sont le respect de l’autre et de la hiérarchie, et la recherche perpétuelle de l’harmonie. Alors qu’en France on bataillera avec une foi digne des croisades pour, si ce n’est imposer, argumenter son point de vue, au Japon, on gardera le silence et son opinion pour soi par signe de respect pour l’harmonie générale. Il est considéré comme égoïste et même futile de mettre en avant une opinion qui ne concerne que soi-même. Chacun pensant différemment, et ce pour différentes raisons, il est irraisonnable de vouloir convaincre l’autre. Cette attitude, pourtant noble, est la source de toutes les mésententes sur un Japon qui ne cherche pas à s’expliquer. Pour comprendre le Japon il faut devenir un minimum japonais, en l’observant sans rien dire, sans tirer de conclusion hâtive, et finalement accepter que d’autres conceptions que la notre puissent exister. 

  Et puis comment comprendre un peuple qui lui-même ne se comprend plus et se cherche ?  Aujourd’hui il y a pour ainsi dire deux Japon et l’on ne peut pas se permettre de catégoriser facilement alors qu’un tel schisme se développe, et ce à plusieurs niveaux. Car si beaucoup de japonais sont adaptés au système de valeurs précédemment cité, il y a également tous ceux qui n’y trouvent plus leurs repères et qui souhaitent un grand changement sans pour autant pouvoir le définir, principalement chez les jeunes qui cherchent à plus s’extérioriser.  L’image que leur ont laissé leurs parents est celle d’un père constamment absent, travaillant plus que de raisons et passant une grande partie de son temps libre avec ses collègues. Tandis que la mère accumule les tâches ménagères en attendant patiemment le retour de son mari, en s’occupant seule de l’éducation des enfants, et occupant ses loisirs avec ses amies. Finalement, l’on assiste à une scission de la société où les deux sexes semblent rarement se croiser. La journée appartient aux femmes : course, shopping, activités, promenades avec les enfants, sorties entre copines… Mais en fin de l’après-midi, elles rentrent bien vite s’occuper de leur foyer. C’est à cette heure que les hommes commencent à sortir du travail. Les rues, les bars et les restaurants s’emplissent de ces salarymen (terme désignant les cadres) qui même une fois leur travail fini, restent entre collègues. L’entreprise où ils travaillent étant considérés comme une sorte de deuxième famille où il faut cultiver les liens avec tous les membres qui la constituent, rien d’anormal donc au fait qu’ils ne se précipitent pas pour rentrer chez eux. Et puis ces sorties entre collègues servent d’exutoire au stress journalier que le seul bien-être du Home Sweet Home ne suffirait pas à apaiser. Les images de salarymen saoulés à mort, vomissant sur la voie publique, sont devenues d’une triste banalité. Sans compter que beaucoup ne rentrent pas chez eux de toute la nuit, dormant sur leur lieu de travail pour y accomplir le plus de travail possible jusqu’à leur extrême limite. Passer une ou deux nuits par semaine sur son lieu de travail, et travailler qui plus est un week-end sur deux est tout à fait courant au Japon. Pour tenir le coup ces salarymen prennent des pilules énergétiques, qu’ils compensent souvent de somnifères pour pouvoir dormir la nuit. Les japonais restant humains malgré tous leurs efforts surhumains pour leur entreprise, et il arrive trop souvent que certains meurent d’épuisement. Ce phénomène a même un terme : « Karoshi » qui signifie « mort par surtravail ». Il y aurait 10 000 personnes par an au Japon qui mourraient uniquement pour cause de fatigue liée au travail. Et cela est sans compter environ 30 000 personnes par an qui se suicident à cause du trop grand stress (dans ce chiffre il faut compter un grand nombre d’étudiants ne parvenant pas à suivre la course aux examens). Ce sacrifice pour sa société pouvait trouver une once de raison dans le fait que la société protégeait ses employés avec des emplois à vie et les assuraient d’une carrière ascendante, mais si cela était valable durant l’âge d’or de la bulle économique, aujourd’hui le Japon est en crise et les entreprises ne peuvent plus protéger si assurément leurs employés. 

  Chez la nouvelle génération, beaucoup semblent avoir perçu dans ce système une défaillance. Dans quel but travailler autant pour construire un foyer paisible, certes, mais que l’on laissera finalement de côté la plupart du temps ? Et à quoi bon tenir une maison impeccable pour quelqu’un qui est soit absent soit trop saoul pour le remarquer ? Ils ne critiquent pas la vie de leur parent qui est basée sur le sacrifice de soi pour le bien-être de la famille, le père gagnant de l’argent pour sécuriser sa famille et offrir des études à ses enfants, et la mère faisant tout son possible pour faire de son foyer un havre de paix et de tranquillité, et il leur en sont, pour la plupart, reconnaissants. Seulement c’est une façon de penser et de vivre qu’ils ne conçoivent pas pour eux. Les hommes souhaitent moins travailler et les femmes plus travailler. 

  La société tend donc vers un équilibre du travail mais n’y est pas prête aussi bien éthiquement que logistiquement. Par exemple pour ce qui est du travail des femmes, ce sont souvent des taches subalternes, avec peu d’espoir de promotion et avec une réelle inéquité dans les salaires vis-à-vis de leurs homologues masculins. Et il est toujours usuel que ce soient les femmes qui confectionnent le thé ou le café et aillent le servir à leurs collègues, même à postes égaux. Quant aux structures pour accueillir les enfants, telles que les crèches, il y en a peu et le principe de nourrice existe pour ainsi dire pas, et il est donc particulièrement difficile de faire garder son enfant durant ses heures de travail. Mais l’élément le plus rigide reste la pensée machiste selon laquelle passé 30 ans une femme doit se consacrer à son foyer et à son mari, ce qui est souvent tacitement évoqué aux femmes par leurs propres patrons lorsqu’elles approchent de l’age fatidique. Sans compter la pression de la famille pour qui il est sujet embarrassant que sa fille ne soit pas normalement casée comme toute femme qui se respecte. 

  Et bien que les mentalités changent, il faut reconnaître un rythme assez lent, et de nombreux éléments de la société préfèrent quitter le bateau en route. Déçus, sans valeurs ni repères, n’ayant aucune foi en leur avenir, de nombreux jeunes se laissent aller à la dérive. Que ce soit une dérive virtuelle, comme les fameux otakus, enfermés dans leurs univers de jeux-vidéos, de mangas et de télévision, bien souvent incapables d’établir de réels liens humains autrement que cachés à l’abri derrière leur ordinateur, seule vitre de leur antre sur un univers extérieur qu’ils savent inadaptés à leurs désirs et besoins et auquel ils ne comptent pas tenter de s’adapter. Ou que ce soit une dérive morale, avec la banalisation de la prostitution des adolescentes qui vendent facilement leurs charmes dans le seul but de s’offrir un sac Vitton, ou tout autre produit de luxe, elles-mêmes se voyant parfois comme une marchandise vouée à être passée de mode et donc à vendre le plus tôt possible. 

  Il est toutefois intéressant de remarquer que les jeunes  semblent pousser au paroxysme les principes d’une société qu’ils rejettent. Car pour oublier ce monde qui les oppresse ils consomment énormément afin de se divertir et de s’amuser. Vêtements, gadgets, accessoires, mangas, jeux… Pourtant cela n’apaise pas leur frustration, qui augmente donc, et qui les fait consommer d’autant plus. Mais c’est aussi une façon de répondre au stoïcisme formel de leurs anciens, par la fantaisie et l’extravagance, qu’elles soient vestimentaires ou capillaires. Une mode récente chez les jeunes femmes japonaises est de se teindre les cheveux en blond platine et de se bronzer la peau au point de la noircir, devenant ainsi la parfaite imagine négative de la femme supposée idéale japonaise à la peau blanche-porcelaine et aux cheveux noirs de Geai, affirmant ainsi ouvertement leur volonté de ne pas subir le poids de la tradition.   

  Quoi qu’il en soit le malaise actuel est donc plutôt productif au sein de la société puisqu’il a généré la culture Pop japonaise qui se répand à travers le monde : les mangas et les jeux vidéos, la culture kawaii (qui consiste pour les filles à revêtir le plus d’objets mignons sur elles : porte-clés, housse de portable, sac, chaussettes…)… Toute une partie de l’occident ainsi que la Corée du Sud ont le regard tourné vers le Japon et souhaite profiter de sa culture et s’en inspirer. 

  Cette nouvelle génération est une génération au présent. Elle ne se soucie que très peu de son passé, de sa culture et de son histoire ni de l’avenir qu’elle ne peut imaginer. Les jeunes sont devenus très épicuriens, profitant du plaisir immédiat. Tous ces éléments sont jugés très sévèrement par leurs pairs et sont considérés comme iconoclastes, en dehors de la société, mais ces mêmes éléments semblent de plus en plus constituer la société de demain. 

  Mais d’autres éléments restent mis au banc de la société malgré eux. Il s’agit d’un côté des Burakumins, que l’on pourrait comparer d’une certaine manière à la classe des « intouchables » d’Inde. Ils représentaient au temps d’Edo la caste la plus basse et à laquelle il ne fallait absolument pas se mélanger. Les Burakumins étaient pour les Burakumins. Aujourd’hui il est évidement prohibé de pratiquer une quelconque ségrégation de personnes descendants des Burakumins, mais c’est pourtant souvent le cas. Selon le nom de famille, voire le quartier où ils habitent, ou par des études généalogiques, il existe toute sorte de moyen pour s’assurer que son futur conjoint, ou son futur employé, ne descend pas de cette caste. Actuellement aucune personne sensée n’ira mêler son nom sur un registre du mariage à celui d’un Burakumin sous peine d’humilier sa famille et de se marquer de ce sceau indélébile. 

  Et de l’autre côté il y a les Coréens dont les parents ou grands-parents avaient été enlevés de force à leur pays durant la seconde guerre mondiale pour servir l’effort de guerre et en payer un prix plus que lourd. Bien que ceux-ci parlent japonais et portent la nationalité japonaise, aux yeux des « purs japonais » ils restent des Coréens, une ethnie différente de la leur que l’on accuse facilement de nombreux maux. Aujourd’hui la population japonaise ne comprend que 1% de personnes issues de nationalité étrangère, et dont la moitié sont Coréennes. On peut comprendre la difficulté qu’ils ont à s’intégrer dans un pays possédant une identité nationale aussi forte doublée d’une certaine fierté. 

  Car malgré son aspect actuel tape à l’œil et bruyant, les Japonais, qu’ils le veuillent ou non, garde ancrés en eux le Japon traditionnel et ses valeurs, à l’image des rues des grandes villes où entre deux rues marchandes surpeuplées, surgit un petit temple de quartier à l’atmosphère apaisante. Après plusieurs décennies uniquement concentrées sur la résurrection du Japon puis sur un capitalisme exacerbé, il semble que les Japonais qui fonçaient de l’avant, commencent à se retourner sur leur héritage, et y retrouvent des valeurs pour enrichir leur vie. 

  A commencer par l’art du bain. Tout le monde sait qu’au Japon, le bain et tout ce qui va avec est extrêmement important. Le Japon compte des milliers de sources chaudes, onsen, naturelles ou artificielles, disséminées un peu partout, que ce soit au bord de la mer ou en pleine montagne. Ces « cures thermales » dont les japonais sont friands et font partie de leurs habitudes depuis des siècles, étaient principalement visitées par une population au-delà de la cinquantaine. Mais récemment, le stress et la fatigue de la société moderne a crée un véritable boom chez les jeunes qui ont trouvé en ce plaisir ancestrale un moyen de trouver un peu d’apaisement et de renouveau dans leur vie toujours rapide et bien réglée. C’est plus que jamais un retour aux sources ! 

  Le retour du kimono chez les jeunes filles est aussi un signe de ce réveil de la culture. Bien sûr elles ne vont pas se mettre à le porter dans la vie de tous les jours, mais le kimono se porte de plus en plus comme tenue de soirée. A cela s’ajoute une nouvelle tendance, mêlant traditionnel et moderne, consistant à transformer la matière première des kimonos en tenues plus citadines et contemporaines. 

  Mais peut-être n’est-ce là qu’un simple effet de mode. Seul l’avenir pourra dire quelle part de tradition survivra aux grands changements qui s’annoncent… 

  Egarés depuis près d’un siècle et demi entre mondialisation et préservation des valeurs traditionnelles japonaises, l’avènement d’une nouvelle ère qui parviendrait à concilier les deux pourrait bientôt émerger du chaos actuel. Car tout en ayant créé une nouvelle culture typiquement japonaise, beaucoup s’éloignent du matérialisme et recherchent d’autres valeurs plus « saines » qui les amènent finalement vers les sources de leur culture : le zen et la recherche d’un éveil de l’esprit, une plus grande communion avec la nature… Le puzzle japonais pourrait bien arriver à son terme…

   Bon ça manque un peu de sel et de piquant, et cela fait un peu trop scolaire à mon goût; mais laissons la personalisation du projet pour après. Pour le moment, la seule chose qui compte est de montrer l'aspect sérieux et d'en présenter les grandes lignes...

 

PHOTOS 19 Mars 
PHOTOS 22 Mars 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Samedi 18 mars 2006

  Le dernier jour à la clinique de Toda. Deux sœurs viennent m’offrir chacune une carte postale en guise de cadeau d’au revoir. Je sers la main de mon pote dont je comprends rien à ce qu’il dit et il commence à jouer au jeu des pouces. La grand-mère pleure toujours dans son coin… Finalement au moment de partir, je passe plus de temps à dire au revoir personnellement à plusieurs patients, et ne fait qu’un bye bye général envers l’équipe d’infirmiers avec qui je n’ai finalement pas tissé de liens. 

  Dans le train qui me ramène à Tôkyô, je repense à plusieurs anecdotes que je n’ai pas eut le temps d’écrire. Lors d’une scène où je devais entrer dans un bar et descendre trois personnes, on m’avait bien stipulé de cacher mon pistolet tant que j’étais dans la rue, car à deux pas de là se trouvait un repère de yakuza, sous le nez desquels il ne valait mieux pas agiter de flingues, aussi faux soit-il. On s’attend même à les voir débarquer en entendant le bruit des balles à blanc, mais on n’en voit pas moignon de bout coupé. 

  Autre évènement qui m’a conforté dans l’idée d’abandonner le second degré avec les japonais. Je m’apprêtais à jouer une scène où, dans une pièce au lit défait, arborant mon plus beau marcel, je devais payer une prostituée. Mais je n’avais pas encore rencontré l’actrice qui jouait le rôle. Quand elle arrive, c’est une adorable jeune fille d’une vingtaine d’années que je rencontre. Comme je suis un peu timide, je tente de l’humour histoire de briser la glace. Ma première phrase envers elle est donc « Alors c’est comment le métier de Call-girl ? ». Et là je vois son visage se décomposer, elle se met à bafouiller qu’elle n’est pas call girl. Je jette un œil désespéré vers les cinq autres personnes qui nous entoure, mais aucune ne sourient et nous regarde avec une perplexité silencieuse et gênante. Je me vois donc forcé d’expliquer que c’est de l’humour français. Et comme personne ne sourie toujours pas. Je suis obligé de m’excuser et de me couper un doigt sur place ! Le plus étonnant est que cette fille discrète et timide, se transforme totalement dès que la caméra commence à tourner, se dévergondant dans son rôle, et redevient instantanément sage comme une image dès que la caméra s’est arrêtée. Une vraie actrice ! 

  Dans le train, je regarde le film monté sur mon portable en notant ce que l’on peut améliorer. Je ne m’en rends pas tout de suite compte mais on a fait une grosse bourde. Dans une des scènes, on a inversé les chambres des personnages. Je rentre dans la chambre de la fille, et elle dans la mienne. C’est donc une scène inutilisable. Heureusement elle est peu importante et très courte. Mais on est quand même très con car personne ne s’en est rendu-compte ! 

  Depuis j’ai entamé la préparation du tournage en France de Sakura no kage ainsi que sa publicité. Au moins un journal devrait venir sur le tournage et réaliser un article à ce sujet. Il faut aussi que je trouve quelques acteurs, mais comme je ne suis pas sur place, la Commission du Film d’Auvergne va m’aider à trouver des comédiens et à les contacter par mail. Il faudra donc que je m’organise à distance pour que tout soit prêt à tourner quand on arrivera à Clermont-Ferrand. 

  Enfin, une heureuse nouvelle, mon court-métrage Katremille Cinsenvintedeu, qui m’est le plus chère mais qui n’avait jamais eut de succès jusqu’ici, à été sélectionné avec neuf autres courts-métrages pour être projetés en compétition au Festival du Film Web d’Oloron Sainte-Marie. J’y suis qui plus est cordialement invité durant trois jours, avec au programme : diffusion d’autres courts-métrages hors compétition, rencontre avec la presse et le public, puis diffusion des courts-métrages et remises des prix. Ce qui me fait un bon mois chargé : 4 Avril : Retour du Japon ; 6 Avril : Festival d’Orléans pour le concours de Scénario ; 9 Avril : Festival asiatique de Tours pour la diffusion de Tenshi to Akuma ; 10 au 16 Avril : Tournage à Clermont-Ferrand ; 28 et 30 Avril : Festival d’Oloron Sainte Marie… Je voulais tourner un court-métrage au mois d’Avril mais je devrais sûrement attendre le mois de Mai. Quoi qu’il en soit, pas le temps de chômer. Le jour où l’argent sera au rendez-vous de toute cette dose de travail j’avoue que je n’en serais pas fâché…

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Mercredi 15 mars 2006

  Ah les mecs ! Tout seul ça fait n’importe quoi. Ce matin je n’avais plus rien de propre à porter. Le montage véhémente de la veille nous ayant entraîné jusqu’à trois heures du matin j’ai complètement zappé de jouer à la blanchisseuse. Et ce matin je suis obligé de fouiller dans mon sac de linge sale, de sentir mes chaussettes pour voir celles qui puent le moins. C’est honteux d’avouer ça mais j’avoue que ça me fait marrer. J’ai quand même la chance par la suite de pouvoir utiliser la machine à laver de la clinique de Toda, mais comme on est deux mecs, je me rendrais-compte le lendemain que certains vêtements ont rétréci au point de faire passer le costume de Spiderman pour des vêtements bouffants. 

  Quoiqu’il en soit, trois jours durant c’est atelier montage. On prend à peine le temps de manger, avalant sandwichs et sushis à emporter sur place. On partage de temps en temps le repas dans la cantine de la clinique où je suis maintenant des leurs. Une des patientes de Toda, sérieusement atteinte, viens s’asseoir à côté de moi pour me dire qu’elle m’aime. Merci c’est gentil. Ah tiens elle me caresse les poils des bras, largement apparent puisque les manches longues de mon t-shirt me remontent maintenant jusqu’aux coudes, en me disant qu’ils sont beaux (mes poils, pas mes bras !). Puis elle tire dessus en me demandant si ça fait mal. Au même moment j’ai mon pote au langage incompréhensible qui surgit derrière moi et entreprend de me masser sans prévenir, de façon virile mais efficace. Tout ça est bien sympa mais je suis quand même en train d’essayer de manger. Toda le leur fait comprendre et ils s’en vont. Je découvre à trois chaises de mois une grand-mère, le regarde dans le vide, extrêmement triste. Elle tourne vers moi un regard dénué de quoi que ce soit, regarde à nouveau devant elle, puis s’effondre sur la table, tête dans les mains, en pleurant. Bon ça y est j’ai plus faim moi ! 

  Le troisième soir, ayant fini plus tôt que d’habitude, vers 22h, j’en profite pour aller courir. Très vite je sors de la ville et me retrouve sur des petites routes de campagne, bordées de forêts de bambous, baignant dans la lumière de cette nuit sans nuages. Tout en courant, j’écoute les morceaux de piano qui m’ont servit à écrire et interpréter le film que l’on a tourné. Ce soir je ne sais finalement pas qui est en train de courir à ce moment même. Est-ce Pierre ou Guillaume ? Créer et jouer ce personnage m’a permis de mieux me trouver et de mieux me comprendre. Sans doute me suivra-t-il toujours à partir de maintenant… Mais finalement tout ça est trop sérieux et manque un peu de rythme, et à trop se frotter le bambou on finit par le casser. Changement radical. Bye bye piano mélancolique, bonjour les Village People pour ma part d’homosexualité refoulée et pour mon goût de la simplicité comique. Les jambes doublent leur rythme tandis que les Village People chantent « We are who we are », et je suis bien d’accord avec ça ! 

  Finalement au bout de quatre jours, on achevé et  parachevé le montage et trouvé même le temps de tourner deux scènes additionnelles. On est vraiment tous les deux extrêmement satisfait du résultat et l’on a plus que hâte de tourner les scènes en France et que Mikiko HASEGAWA nous compose une musique magnifique pour que l’ensemble soit parfait ! Mais tout d’un coup je m’aperçois d’un sentiment de légèreté et de sérénité que je n’avais pas ressenti depuis des années. Car maintenant je peux mourir. Jusqu’ici j’étais obsédé quotidiennement par l’idée que si je venais à décéder tout à coup, ma vie n’aurait eut aucun sens. Mais maintenant que j’ai réalisé cette œuvre, même si je meurs demain, je n’aurais pas vécu pour rien. Bien sûr je souhaite avoir l’occasion d’en réaliser beaucoup plus et de me perfectionner, et sans doute est-ce un peu difficile à comprendre, mais un poids énorme qui était sur mes épaules s’est envolé. 

  Pour fêter cet achèvement, Toda s’est absenté 1h30 pour son travail et m’a laissé en compagnie d’une patiente aux yeux inquiétants qui m’a abreuvé de questions sur la France. Elle avait fait toute une liste qu’elle avait préparé où aux habitudes des français, se mêlaient mardi-gras, Pâques, la salutation… Je ne sais même pas comment j’ai fait pour tout comprendre et pour parler en japonais durant plus d’une heure. Mais au final elle était contente et moi j’avais mal au crâne. On ne peut pas tout avoir dans la vie ! 

  Et enfin triste nouvelle, mon poisson cauchemar a du passer l’arme à gauche, ou plus sûrement à la casserole, car depuis que je suis revenu il n’est plus là. Ils ont bien essayé de me le cacher en mettant un autre poisson à sa place, mais on ne me la fait pas, ce n’est pas le même ! Au revoir donc vilain poiscaille, j’espère que mes cauchemars sont morts avec toi.

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Samedi 11 mars 2006

  Aujourd’hui c’est avec la plus grande joie érectile que Toda et moi nous attaquons au montage. L’écriture d’un scénario, bien que nécessitant d’intenses émotions est une partie calme, puis l’étape de la réalisation nécessitant de multiples aspects, le plaisir et l’excitation vont de paire avec le stress et la fatigue. Seule l’étape du montage est purement enthousiasmante, où l’on s’éclate à réunifier un puzzle à choix multiples. 

  Ce que je vois aujourd’hui me réconforte. Je ne suis pas Al Pacino mais je ne suis pas Steven Seagal. Je laisse le soin à Toda de choisir quelles scènes sont les mieux jouées en japonais et moi pour celles en français. Etonnamment je ne parle quasiment pas en français à part « Bonjour » et « Pourquoi ? » entre lesquels se glissent un « Putain d’enfoiré »… Tous les dialogues en français sont assumés par Yukako qui parle réellement français et dont le personnage use et abuse au plus grand désarroi du mien qui refuse de lui répondre en français. 

  Et puis tout à coup, en plein montage, PAF PASTEQUE ! Le logiciel bug sans avoir la décence de prévenir et nous plante une bonne heure de travail où tout à notre enthousiasme on n’avait pas pensé à sauver. On fait deux trois prises de karaté en l’air et on recommence sans trop se plaindre. 

   Le temps passe incroyablement vite, lui non plus sans prévenir (je vous parle d’un monde !), et il est déjà l’heure d’aller tuer quatre personnes. Avec toutes celles que j’ai tué depuis dix jour je ne suis plus à ça près. C’est donc parti pour la boucherie. Toutes les victimes sont des infirmiers travaillant avec Toda et une autre personne que je n’ai pas l’occasion d’assassiner est une patiente de Toda, Yuka-chan. Pendant ce temps, de nombreux autres patients assistent à la scène, silencieux et attentifs. Le montage aussi a lieu à l’étage de la clinique de Toda. C’est décidément un étrange studio, peuplé de personnages fantomatiques dans une ambiance enfumée. La plupart établissent un contact avec moi mais certains en sont incapables. 

  Le carnage terminé, on se rejette en courant sur le montage. On s’est décidé pour finir le montage avant que je parte le 15 Mars au soir. Ce soir on a décidé de travailler jusqu’à deux heures du matin et j’écris pendant que l’ordinateur calcule. Encore peu de sommeil pour les jours à venir mais pourquoi en vouloir plus ?

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Samedi 11 mars 2006

  Le tournage et ses multiples à côtés ayant remplit les jours précédents du matin jusqu’à des heures avancées de la nuit, je ne peux reprendre que maintenant l’écriture de ce blog. 

  L’ensemble de cette aventure a été si dense et si intense qu’il me semble être parti plusieurs mois alors que cela ne fait que 10 jours. Les évènements, les expériences et les rencontres se sont multipliées à un rythme surhumain mais ennivrant. MEGURO Yukako qui avait joué dans le précédent film de Toda, September Steps, nous a rejoint. C’est la seule de toute l’équipe à être une actrice professionnelle. Okayama a aussi fait un peu de théâtre mais pour elle il s’agit de son métier, du coup on lui en demande forcément plus qu’aux autres mais elle s’en sort parfaitement et avec talent !   

  Quant à mon propre jeu, je n’ai pas encore eut l’occasion de voir les scènes que j’ai tourné. Je n’ai plus qu’à espérer que je n’étais pas mauvais. La seule chose que je sais est qu’au bout de quelques heures de tournage, j’ai fini par rentrer totalement dans la peau du personnage, au point d’avoir du mal à me mêler à l’équipe par la suite, préférant m’isoler pour rester dans la solitude et la froideur du personnage. L’avant dernier jour de tournage était complexe puisque ayant décidé de faire un film quasi sans paroles, et comme il fallait tout exprimer par les expressions. Je m’isolais, écoutait la musique m’inspirant pour l’atmosphère du personnage, mais au moment de jouer, forcément il y a plein d’indications qu’on vous donne, puis le STARTO est crié avant d’avoir repris sa concentration. Je ne sais donc pas ce que ça a donné finalement, entre toute la tristesse que je faisais monter sur mon visage, puis partait revenait, partait, revenait… et cela pendant près de trois heures, je ne sais pas quel visage s’affiche à l’écran… Peut-être que j’ai un visage à la double-face peint par un Picasso sous amphétamines… 

  Mais le plus dur pour se concentrer, était ce putain de bonze dans le temple voisin qui s’est mis à faire des gammes de taiko (énorme tambour). En même temps ça rythmait l’action mais j’avais plus des images de bonze cloué à son taiko en tête que des images tristes. On finit par attendre qu’il se calme en discutant et tout à coup le son se double. Est-ce la fin qui me fait avoir des illusions sonores ? Surgi de nulle part un second bonze et son apprenti en file indienne, tout deux disposant d’un petit tambour portatif, tapant dedans en psalmodiant des chants religieux. Il y a un grand dome à côté de l’endroit où l’on tourne. Ils en font le tour, s’arrêtant au nord, à l’ouest, au sud, et à l’est en le saluant, ils sont revenus à leur point de départ, ils vont partir ?... Et ils repartent pour un autre tour, tambourinant et chantant à n’en plus pouvoir, du moins moi au bout de leur quatrième tour je n’en peux plus et je suis prêt à faire passer mon personnage de tueur de la fiction à la réalité. Mais ils s’en vont. Et tout d’un coup le silence, magnifique, parfait ! Peut-être que le taiko de l’autre bonze s’est décroché et qu’il étouffe actuellement en dessous, mais en tout cas plus un bruit. Acteurs et caméra en place, c’est parti pour tourner… BOUM BOUM ahhhhhhh ahhhhhhhh ! Bon on a plus de patience, on les laisse continuer à faire les guignols et on s’en va. De toute façon on a tout en boite. 

  Puis le lendemain après quelques scènes on repart pur Kyôto. Le temps est à l’image de notre humeur, gris et triste de voir s’achever le tournage où on a pris tant de plaisir et de dire au revoir à toutes ces personnes à qui on s’est attaché. Durant le trajet de retour je piaille 3 heures sans discontinuer avec Yoko qui est toujours de plus en plus surprenante. Pourquoi ne suis-je pas surpris qu’elle adore les serpents, le comics X-men, et tout un tas d’autres choses qui la rende inclassable ? A la richesse excentrique de son intérieur, s’ajoute l’extraordinaire lever de soleil qu’elle offre lorsque son visage glacé s’illumine subitement d’un sourire à la sincérité désarmante avant de mourir aussitôt dans un crépuscule plein de regret pour son observateur.   On arrive finalement à Kyôto. Je retrouve le même hôtel qu’avant de partir mais sans pouvoir le reconnaître. Le sentiment est terrifiant et excitant à la fois…

 PHOTOS TOURNAGE FUKUI 

 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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