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Vendredi 7 avril 2006

  Planning serré, emploi du temps chargé, panne d'internet... Les raisons qui m'ont empêché d'écrire le blog jusqu'ici ne manquent pas. Mais je m'excuse quand même de ne pas avoir écrit durant près de deux semaines...
  Voici donc un premier résumé des trois premiers jours depuis mon retour du Japon le 4 Avril. Le reste viendra très bientôt...

  Métro, train, avion. La nourriture est moins dégueulasse qu’à l’aller mais pour cause de grèves anti-cpe notre correspondance entre Milan et Paris se prend une heure de retard dans le programme sans un mot d’excuse de qui que ce soit. Après les déblatérations d’un chauffeur de taxi sur le CPE, les jeunes et le monde, nous arrivons enfin chez une amie qui nous loge. Il est 1h du matin et à nouveau 24 heures nous séparent du moment de notre départ. Bien qu’ayant été un peu triste de quitter le Japon, je suis très enthousiasmé en retrouvant la France car de nombreuses nouvelles aventures m’y attendent.   Comme si nous n’en avions pas eut assez, on retourne dès le lendemain à l’aéroport Charles de Gaulle. L’ami Toda arrive, un chapeau de pêcheur Lacoste sur le crâne. Je suis en France mais finalement je continue à parler principalement en japonais. Les retrouvailles sont brèves car chacun a du décalage horaire plein les pattes.

   La nuit porte peu de sommeil pour cause d’horloge interne schizophrène, puis dès le matin on embarque dans le train direction Orléans. Valises lourdées à l’accueil de l’hôtel, on se lance à la recherche d’un restaurant dans cette ville blanche aux multiples représentations de Jeanne la pucelle. Le restaurant une fois choisi et après ¾  d’attente, on nous apprend finalement qu’il y a un problème avec les plats du jour que l’on a commandé. Le problème c’est qu’il y en a plus. On rechange donc entièrement la commande et après une brève attente et une autre heure d’attente, on a enfin droit à notre plat à moitié froid et le vin offert dans le menu est oublié. Je pars râler et obtient trois cafés gratos. C’est pas grand-chose mais c’est toujours ça de pris. En attendant Toda se marre car c’est typiquement français et ça lui plaît.    

 

 

 On se promène dans la ville, visitant la cathédrale qu’il faut avouer très belle, puis par hasard on passe devant une armurerie dont la vitrine attire le regard de Toda. On a besoin d’un autre pistolet pour notre film et celui que voit Toda lui plait particulièrement. Le vendeur nous met en garde sur les balles à blanc qui sont fortes, mais cause toujours Emile, on a l’habitude des pistolets à blanc. 
  Toda est tout heureux de son achat et se dépêche de rentrer à l’hôtel pour tester l’engin. Une fois dans sa chambre et le flingue chargé, je me bouche quand même les oreilles au cas où mais Toda tout à son innocence ne prend aucune mesures préventives, lève le pistolet et tire. Pour ce qui est du bruit je ne peux juger que par Toda dont les oreilles ont sifflé pendant heures car j’avais suffisamment protégé les miennes, mais la flamme qui en est sorti faisait largement dix centimètres et n’avait rien à voir avec la petite fumée qui sortait des pistolets utilisés au Japon. Toda est aussi effaré qu’extrêmement content. Je suis mort de rire en voyant cette joie infantile sur ce visage âgé et la plupart du temps si sérieux. 
  Mais il est maintenant temps de se rendre au festival de courts-métrages d’Orléans où un de mes scenarii a été sélectionné avec neuf autres pour la finale du concours de scénario. L’intérêt principal de la soirée est qu’une troupe de théâtre amateur a mis en scène les scénarii et les jouent devant le public. Le mien est joué en dernier. Le titre est « ça me tape sur les bambous » et raconte l’antagonisme entre Bernard Lavilliers et Philip Lavil... C’est forcément une comédie absurde et les gens dans la salle se marrent beaucoup. Vu que je ne gagne pas de prix c’est déjà une très bonne récompense. La déception n’est pas au rendez-vous puisque je dois m’habituer à ce genre d’évènements et que je me doutais que mon scénario ne ferait pas l’unanimité. 
  Après quelques heures d’un sommeil encore non-réparateur, je retrouve un Toda tout enthousiaste car il a décidé d’aller acheter un autre modèle de pistolet avant de reprendre le train pour Paris. L’arme achetée et le Toda enjouée, une heure de train s’écoule avant qu’on ne retrouve Yoko, non pas celle qui a joué avec moi dans le film, mais une autre Yoko, amie de Toda, et vivant en Angleterre. 
  Quelques rames de métros après et 130 marches vers les entrailles de la terre, les squelettes nous entourent de toute part. En tant que créateur de Skeleton Films Toda est plus que heureux de se retrouver dans les catacombes, et je dois avouer que c’est assez fantastique. Comme Toda porte toujours sa caméra avec lui, on en profite pour tourner quelques plans dans les couloirs emplis d’os impersonnels. La caméra une fois rangée je me laisse aller à penser. Tous ces crânes ont appartenus à des gens qui possédaient de leur temps des rêves, des sentiments, des gens auxquels ils tenaient. Des milliers de vies oubliées pour l’éternité m’entourent. Finalement entre ces catacombes et le monde du dessus il n’y a pas beaucoup de différence, si ce n’est qu’ici dans ces profondeurs mortuaires il n’y a pas de place pour l’hypocrisie. Chacun vit dans son propre couloir obscur, aujourd’hui vivant grâce aux morts du passé et bientôt appelé à faire partie du grand rien du tout. 
  Revenu à la surface et à des idées plus optimistes, on se fait quand même attaquer par un adorable mort-vivant poilu dans un café. Je ne connais pas son prénom mais je sais qu’elle est née au Vietnam et y a vécu jusqu’à l’âge de six ans. Mais c’était il y a bien longtemps. Aujourd’hui elle a 91 ans, une barbe impressionnante pour son sexe (que l’on ne se méprenne pas sur cette phrase…), la peau sur les os et les yeux enfoncés dans les orbites, mais elle est toute mignonne dans son costume de petit chaperon rouge. Une autre dame, moins âgée mais en ayant quand même pris pour son grade, l’accompagne jusque dans la monochromie des couleurs puisque celle-ci est habillée toute en bleue. Elle me dit qu’elle trouve que Toda est très beau et qu’elle envisagerait bien de se marier avec lui. Je traduis ça à Toda qui rigole beaucoup. Après m’avoir appris une dixième fois qu’elle est née au Vietnam, la nostalgie dans sa voix toujours aussi intense, le petit chaperon vermeil s’en va avec son chaperon bleu.  

  Histoire de rester dans le même thème, on va au Cimetière Montparnasse où un panneau très avenant m’apprend qu’ici est enterré Serge Gainsbourg. On passe une bonne demi-heure a chercher Serge, et on a beau l’appeler il ne répond pas. Au moment où l’on va rentrer broucouille (ou bredouille comme on dit en dehors du Bouchonois) un vieil anglais que j’avais accosté  pour m’aider à trouver la tombe de Gainsbourg et qui n’avait su m’aider, surgit d’on ne sait où, triomphateur, et nous guide jusqu’à la tombe de Serge. Parmi toutes les fleurs se trouvent un chou et un paquet de gitane. Toda y laisse un paquet de cigarette en souvenir.  

  Et là soudain miracle ! Non Serge ne s’est pas réincarnée dans le chou, mais à quelques mètres de là se trouvent deux sakuras en fleurs surplombant des tombes. Toda et moi n’osons y croire. Notre film s’appelle Sakura no Kage, on y traite de mort et de solitude, et surtout on y mélange culture française et japonaise. Et dans un cimetierre français se trouve deux magnifiques cerisiers. C’est tellement parfait qu’à l’écran cela semblera peut-être faux. Toda sort sa caméra et son trépied télescopique, moi je rentre aussi subitement que possible dans la peau de Pierre, et on tourne quelques scènes parmi les tombes tandis que les pétales de sakuras s’envolent autour de nous. Le détail comique est que le vent s’est tu pendant un moment, et que Toda s’est mis à secouer l’arbre comme un gorille pour que les pétales en tombe avant de courir derrière sa caméra. Du coup la prise est foirée parce que je me marre mais la suivante je parviens à oublier le gorille chauve pour me concentrer sur mon rôle. Les scènes dans la boite on est particulièrement heureux de cette trouvaille inopinée. Serge si tu as l’ADCELESTE et que tu me lis, merci du coup de main !  

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Lundi 3 avril 2006

  Dernier jour au Japon. Demain, si la gigantesque manifestation qui se prépare n’empêche pas mon avion d’arriver, je serais de retour en France. Tant de sentiments multiples et intenses durant ce séjour que je me mets à trembler en y repensant. Le sol et les maisons voisines en tremblent par la même occasion. Bon d’accord, j’avoue, il s’agit d’un tremblement de terre de faible magnitude, mais il ne fait que susciter d’autant plus de souvenirs car le jour même de mon arrivée il y a de cela deux mois, il y avait eut un tremblement de terre de même amplitude. Je pensais que dans la grande mise en scène dans la vie, ces deux tremblements de terre étaient là pour ouvrir et refermer la parenthèse de ce séjour, mais une bien plus belle façon de fermer la boucle m’a été offert à ma plus grande surprise. 

  Je dois donc revenir 63 jours en arrière. Je ne suis pas encore au Japon, mais je suis à Paris, chez une amie, Sophie. Cette Auvergnate qui se la joue Parigote prend des cours de chant car il faut l’avouer, elle a une sacrée belle voix. Son professeur lui a appris récemment une chanson en japonais qu’elle me chante, et dont le titre est : Sakura. La chanson est très belle mais l’air me dit quelque chose… Surgit de ma mémoire d’ancien téléphile la publicité d’Obao que je cherche tant bien que mal à repousser. Non je ne veux pas que cette belle chanson soit assimilée à une putain de pub pour un savon (même si les corps dénudés de cette publicité ont beaucoup joué dans l’érotisme de mon enfance). Je me concentre donc pour écouter cette chanson mais Sophie ne la connaît pas entièrement et le temps ne suffit pas à enterrer cette pub… 

  Le temps défile : Arrivée au Japon, retrouvaille avec m belle-famille, avec mes amis, je cours plus de raison, multiplie les photos, écris, écris, écris, je pars pour Kyôto puis Fukui, je suis réalisateur, acteur, puis monteur, avant que le rythme ralentisse et ne me ramène à Tôkyô où je me remets à écrire, à courir et à voir mes amis, puis nous sommes le 3 Avril. Ma belle belle-maman, que nous nommerons intimement Miwako, me fait part que sa meilleure-amie va venir d’ici une heure pour nous offrir un souvenir avant de repartir en vacances. Nos deux valises font déjà près de 60 kilogs, et je ne sais pas s’il y aura de la place pour son cadeau car je ne sais pas ce que c’est. 

  L’amie en question se nomme Madame Matsukado et je suis devenu ami avec elle lors de nombreuses rencontres, ainsi qu’avec l’un de ses fils, Yohei, qui est l’acteur le plus talentueux que je connaisse et dont je n’avais pas vu un tel charisme et une telle aura depuis Toshiro Mifune. On attend depuis longtemps avec impatience de pouvoir travailler ensemble mais les éléments ne nous l’ont pas permis pour le moment… Ce sera pour une prochaine histoire… En attendant Madame Matsukado est arrivé. Je descends dans le salon. Malgré ses presque 60 ans, c’est encore une très belle femme au corps raffiné et je suis toujours ravi de voir une jolie femme. Elle me parle de la saison des sakuras qui arrive à sa fin et fait allusion à son cadeau. Par terre derrière elle, se trouve un énorme objet tout en longueur couvert d’une housse que je n’avais pas remarqué. Une idée passe très vite dans ma tête mais je n’ai pas le temps de la saisir. Madame Matsukado me demande si je connais la chanson traditionnelle en l’honneur des sakuras. Je réponds sincèrement non, car j’ai complètement oublié Sophie ainsi que la France. Les deux beautés pré-sexagénaires échangent un regard puis se mettent à chanter. Je prends ma première baffe. Quelle grâce chez ces deux femmes, dans leur voix et dans cette chanson. Je souris pour ne pas pleurer, car il y a tant de beauté et de délicatesse dans ce chant comme dans ces deux femmes qu’il n’y a pas plus de mots pour l’exprimer. 

  Puis une fois la chanson finie, Mme Matsukado s’en va déshabiller le superbe koto qu’elle a apporté. Le koto est un instrument à cordes entre deux et trois mètres de longueur, et dont les sonorités sont utilisées dès que l’on présente quoi que ce soit en rapport avec le Japon (même un putain de savon…). C’est la première fois que j’en vois un d’aussi près. Je la regarde l’accorder sans perdre la moindre miette de sa préparation. Elle chausse sur trois de ses doigts ce qui pourrait correspondre à des sortes de médiators montés sur bague. Elle se met à jouer et je prends ma seconde baffe. Je suis hypnotisé par ses doigts glissant sur les cordes et par la mélodie qui me transperce d’une heureuse mélancolie. J’ai mon appareil-photo avec moi mais je suis incapable de prendre la moindre photo. Tout d’abord parce que je ne veux pas sortir de la transe dans laquelle je suis rentré, mais aussi par respect pour qui elle qui me donne tant et parce que je le dois de le recevoir en me fondant intégralement dans sa musique (alors pourquoi y a-t-il des photos sur ce blog ?... je vous laisse résoudre la devinette) Aucun autre cadeau n’aurait pu être plus précieux que ce qu’elle m’offre en ce moment, et je pourrais l’emporter où que ce soit avec moi. Et me rendant-compte qui plus est de la magnifique façon dont s’achève cette parenthèse japonaise j’en suis ému à un degré inexplicable. Je ne sais pas ce que vaut le fond du film de ma vie, mais la forme est souvent très belle et si bien pensée que je finirais presque par croire vivre mon propre Truman Show. Sans doute est-ce parce que je suis constamment à la recherche de ce genre de détails que je les remarque, et certainement n’y a-t-il aucun sens ni volonté derrière ces simples hasards, mais la seule chose importante est qu’ils rendent ma vie plus belle et plus poétique jusque dans le simple quotidien. 

  Le morceau s’achève. Je ne sais même pas quoi dire pour la remercie et pour exprimer ma gratitude. Car elle est parvenue à concevoir quel cadeau me serait le plus précieux alors que l’on ne se connaît pourtant que très peu. J’ai beau dire merci, que c’était superbe et que j’étais ému, elle ne saura sans doute jamais à quel point.

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Mercredi 22 mars 2006

  Il est maintenant temps de revenir à l'origine de ce Blog, qui était je vous le rappelle pour une question à mille point, la réalisation d'un documentaire sur le Japon. Pour pouvoir le constituer, j'ai besoin d'effectuer beaucoup de recherches et de beaucoup étudier. Seulement pour avoir les fonds nécessaires pour effectuer cette recherche, j'ai d'ores et déjà lu un certain nombres d'ouvrages afin de constituer un premier brouillon du projet.

  Aujourd'hui, je me propose de vous faire part de ce "brouillon" qui représente la somme non exhaustive et non détaillée de ce que j'ai pu glaner comme infos et comprendre jusqu'ici. Cela ne représente en rien le documentaire que je vais créer, et il n'y a rien d'extraordinairement nouveau là-dedans. Mais il était nécessaire de créer un point de départ avancé récapitulant  les différents points sur lesquels j'aimerais que les japonais s'expriment par eux-mêmes et que j'aimerais développer.

  Voici donc le texte que des inconnus sont en train de juger pour savoir si je mérite de recevoir une bourse... La tension est insoutenable n'est-ce pas ?

 

  Les Japonais. Rarement un peuple a autant fasciné, été critiqué, tout en étant profondément incompris. Il faut dire que la chose n’est pas facile. Tout d’abord parce qu’au Japon on ne cherche pas à se mettre en avant, ni à s’exprimer ouvertement, et ce qui pourrait être, à certains niveaux, une qualité, se révèle préjudiciable pour leurs rapports internationaux. En conséquence ils sont taxés d’êtres froids, renfermés sur eux-mêmes et peu enclins à la communication. Définition aussi simpliste que subjective puisque amputée de son contexte. Héritiers de principes confucianistes et zens aussi ancrés dans la vie quotidienne que la télévision, les Conbinis  ou le Karaoké, les valeurs primordiales pour tout japonais sont le respect de l’autre et de la hiérarchie, et la recherche perpétuelle de l’harmonie. Alors qu’en France on bataillera avec une foi digne des croisades pour, si ce n’est imposer, argumenter son point de vue, au Japon, on gardera le silence et son opinion pour soi par signe de respect pour l’harmonie générale. Il est considéré comme égoïste et même futile de mettre en avant une opinion qui ne concerne que soi-même. Chacun pensant différemment, et ce pour différentes raisons, il est irraisonnable de vouloir convaincre l’autre. Cette attitude, pourtant noble, est la source de toutes les mésententes sur un Japon qui ne cherche pas à s’expliquer. Pour comprendre le Japon il faut devenir un minimum japonais, en l’observant sans rien dire, sans tirer de conclusion hâtive, et finalement accepter que d’autres conceptions que la notre puissent exister. 

  Et puis comment comprendre un peuple qui lui-même ne se comprend plus et se cherche ?  Aujourd’hui il y a pour ainsi dire deux Japon et l’on ne peut pas se permettre de catégoriser facilement alors qu’un tel schisme se développe, et ce à plusieurs niveaux. Car si beaucoup de japonais sont adaptés au système de valeurs précédemment cité, il y a également tous ceux qui n’y trouvent plus leurs repères et qui souhaitent un grand changement sans pour autant pouvoir le définir, principalement chez les jeunes qui cherchent à plus s’extérioriser.  L’image que leur ont laissé leurs parents est celle d’un père constamment absent, travaillant plus que de raisons et passant une grande partie de son temps libre avec ses collègues. Tandis que la mère accumule les tâches ménagères en attendant patiemment le retour de son mari, en s’occupant seule de l’éducation des enfants, et occupant ses loisirs avec ses amies. Finalement, l’on assiste à une scission de la société où les deux sexes semblent rarement se croiser. La journée appartient aux femmes : course, shopping, activités, promenades avec les enfants, sorties entre copines… Mais en fin de l’après-midi, elles rentrent bien vite s’occuper de leur foyer. C’est à cette heure que les hommes commencent à sortir du travail. Les rues, les bars et les restaurants s’emplissent de ces salarymen (terme désignant les cadres) qui même une fois leur travail fini, restent entre collègues. L’entreprise où ils travaillent étant considérés comme une sorte de deuxième famille où il faut cultiver les liens avec tous les membres qui la constituent, rien d’anormal donc au fait qu’ils ne se précipitent pas pour rentrer chez eux. Et puis ces sorties entre collègues servent d’exutoire au stress journalier que le seul bien-être du Home Sweet Home ne suffirait pas à apaiser. Les images de salarymen saoulés à mort, vomissant sur la voie publique, sont devenues d’une triste banalité. Sans compter que beaucoup ne rentrent pas chez eux de toute la nuit, dormant sur leur lieu de travail pour y accomplir le plus de travail possible jusqu’à leur extrême limite. Passer une ou deux nuits par semaine sur son lieu de travail, et travailler qui plus est un week-end sur deux est tout à fait courant au Japon. Pour tenir le coup ces salarymen prennent des pilules énergétiques, qu’ils compensent souvent de somnifères pour pouvoir dormir la nuit. Les japonais restant humains malgré tous leurs efforts surhumains pour leur entreprise, et il arrive trop souvent que certains meurent d’épuisement. Ce phénomène a même un terme : « Karoshi » qui signifie « mort par surtravail ». Il y aurait 10 000 personnes par an au Japon qui mourraient uniquement pour cause de fatigue liée au travail. Et cela est sans compter environ 30 000 personnes par an qui se suicident à cause du trop grand stress (dans ce chiffre il faut compter un grand nombre d’étudiants ne parvenant pas à suivre la course aux examens). Ce sacrifice pour sa société pouvait trouver une once de raison dans le fait que la société protégeait ses employés avec des emplois à vie et les assuraient d’une carrière ascendante, mais si cela était valable durant l’âge d’or de la bulle économique, aujourd’hui le Japon est en crise et les entreprises ne peuvent plus protéger si assurément leurs employés. 

  Chez la nouvelle génération, beaucoup semblent avoir perçu dans ce système une défaillance. Dans quel but travailler autant pour construire un foyer paisible, certes, mais que l’on laissera finalement de côté la plupart du temps ? Et à quoi bon tenir une maison impeccable pour quelqu’un qui est soit absent soit trop saoul pour le remarquer ? Ils ne critiquent pas la vie de leur parent qui est basée sur le sacrifice de soi pour le bien-être de la famille, le père gagnant de l’argent pour sécuriser sa famille et offrir des études à ses enfants, et la mère faisant tout son possible pour faire de son foyer un havre de paix et de tranquillité, et il leur en sont, pour la plupart, reconnaissants. Seulement c’est une façon de penser et de vivre qu’ils ne conçoivent pas pour eux. Les hommes souhaitent moins travailler et les femmes plus travailler. 

  La société tend donc vers un équilibre du travail mais n’y est pas prête aussi bien éthiquement que logistiquement. Par exemple pour ce qui est du travail des femmes, ce sont souvent des taches subalternes, avec peu d’espoir de promotion et avec une réelle inéquité dans les salaires vis-à-vis de leurs homologues masculins. Et il est toujours usuel que ce soient les femmes qui confectionnent le thé ou le café et aillent le servir à leurs collègues, même à postes égaux. Quant aux structures pour accueillir les enfants, telles que les crèches, il y en a peu et le principe de nourrice existe pour ainsi dire pas, et il est donc particulièrement difficile de faire garder son enfant durant ses heures de travail. Mais l’élément le plus rigide reste la pensée machiste selon laquelle passé 30 ans une femme doit se consacrer à son foyer et à son mari, ce qui est souvent tacitement évoqué aux femmes par leurs propres patrons lorsqu’elles approchent de l’age fatidique. Sans compter la pression de la famille pour qui il est sujet embarrassant que sa fille ne soit pas normalement casée comme toute femme qui se respecte. 

  Et bien que les mentalités changent, il faut reconnaître un rythme assez lent, et de nombreux éléments de la société préfèrent quitter le bateau en route. Déçus, sans valeurs ni repères, n’ayant aucune foi en leur avenir, de nombreux jeunes se laissent aller à la dérive. Que ce soit une dérive virtuelle, comme les fameux otakus, enfermés dans leurs univers de jeux-vidéos, de mangas et de télévision, bien souvent incapables d’établir de réels liens humains autrement que cachés à l’abri derrière leur ordinateur, seule vitre de leur antre sur un univers extérieur qu’ils savent inadaptés à leurs désirs et besoins et auquel ils ne comptent pas tenter de s’adapter. Ou que ce soit une dérive morale, avec la banalisation de la prostitution des adolescentes qui vendent facilement leurs charmes dans le seul but de s’offrir un sac Vitton, ou tout autre produit de luxe, elles-mêmes se voyant parfois comme une marchandise vouée à être passée de mode et donc à vendre le plus tôt possible. 

  Il est toutefois intéressant de remarquer que les jeunes  semblent pousser au paroxysme les principes d’une société qu’ils rejettent. Car pour oublier ce monde qui les oppresse ils consomment énormément afin de se divertir et de s’amuser. Vêtements, gadgets, accessoires, mangas, jeux… Pourtant cela n’apaise pas leur frustration, qui augmente donc, et qui les fait consommer d’autant plus. Mais c’est aussi une façon de répondre au stoïcisme formel de leurs anciens, par la fantaisie et l’extravagance, qu’elles soient vestimentaires ou capillaires. Une mode récente chez les jeunes femmes japonaises est de se teindre les cheveux en blond platine et de se bronzer la peau au point de la noircir, devenant ainsi la parfaite imagine négative de la femme supposée idéale japonaise à la peau blanche-porcelaine et aux cheveux noirs de Geai, affirmant ainsi ouvertement leur volonté de ne pas subir le poids de la tradition.   

  Quoi qu’il en soit le malaise actuel est donc plutôt productif au sein de la société puisqu’il a généré la culture Pop japonaise qui se répand à travers le monde : les mangas et les jeux vidéos, la culture kawaii (qui consiste pour les filles à revêtir le plus d’objets mignons sur elles : porte-clés, housse de portable, sac, chaussettes…)… Toute une partie de l’occident ainsi que la Corée du Sud ont le regard tourné vers le Japon et souhaite profiter de sa culture et s’en inspirer. 

  Cette nouvelle génération est une génération au présent. Elle ne se soucie que très peu de son passé, de sa culture et de son histoire ni de l’avenir qu’elle ne peut imaginer. Les jeunes sont devenus très épicuriens, profitant du plaisir immédiat. Tous ces éléments sont jugés très sévèrement par leurs pairs et sont considérés comme iconoclastes, en dehors de la société, mais ces mêmes éléments semblent de plus en plus constituer la société de demain. 

  Mais d’autres éléments restent mis au banc de la société malgré eux. Il s’agit d’un côté des Burakumins, que l’on pourrait comparer d’une certaine manière à la classe des « intouchables » d’Inde. Ils représentaient au temps d’Edo la caste la plus basse et à laquelle il ne fallait absolument pas se mélanger. Les Burakumins étaient pour les Burakumins. Aujourd’hui il est évidement prohibé de pratiquer une quelconque ségrégation de personnes descendants des Burakumins, mais c’est pourtant souvent le cas. Selon le nom de famille, voire le quartier où ils habitent, ou par des études généalogiques, il existe toute sorte de moyen pour s’assurer que son futur conjoint, ou son futur employé, ne descend pas de cette caste. Actuellement aucune personne sensée n’ira mêler son nom sur un registre du mariage à celui d’un Burakumin sous peine d’humilier sa famille et de se marquer de ce sceau indélébile. 

  Et de l’autre côté il y a les Coréens dont les parents ou grands-parents avaient été enlevés de force à leur pays durant la seconde guerre mondiale pour servir l’effort de guerre et en payer un prix plus que lourd. Bien que ceux-ci parlent japonais et portent la nationalité japonaise, aux yeux des « purs japonais » ils restent des Coréens, une ethnie différente de la leur que l’on accuse facilement de nombreux maux. Aujourd’hui la population japonaise ne comprend que 1% de personnes issues de nationalité étrangère, et dont la moitié sont Coréennes. On peut comprendre la difficulté qu’ils ont à s’intégrer dans un pays possédant une identité nationale aussi forte doublée d’une certaine fierté. 

  Car malgré son aspect actuel tape à l’œil et bruyant, les Japonais, qu’ils le veuillent ou non, garde ancrés en eux le Japon traditionnel et ses valeurs, à l’image des rues des grandes villes où entre deux rues marchandes surpeuplées, surgit un petit temple de quartier à l’atmosphère apaisante. Après plusieurs décennies uniquement concentrées sur la résurrection du Japon puis sur un capitalisme exacerbé, il semble que les Japonais qui fonçaient de l’avant, commencent à se retourner sur leur héritage, et y retrouvent des valeurs pour enrichir leur vie. 

  A commencer par l’art du bain. Tout le monde sait qu’au Japon, le bain et tout ce qui va avec est extrêmement important. Le Japon compte des milliers de sources chaudes, onsen, naturelles ou artificielles, disséminées un peu partout, que ce soit au bord de la mer ou en pleine montagne. Ces « cures thermales » dont les japonais sont friands et font partie de leurs habitudes depuis des siècles, étaient principalement visitées par une population au-delà de la cinquantaine. Mais récemment, le stress et la fatigue de la société moderne a crée un véritable boom chez les jeunes qui ont trouvé en ce plaisir ancestrale un moyen de trouver un peu d’apaisement et de renouveau dans leur vie toujours rapide et bien réglée. C’est plus que jamais un retour aux sources ! 

  Le retour du kimono chez les jeunes filles est aussi un signe de ce réveil de la culture. Bien sûr elles ne vont pas se mettre à le porter dans la vie de tous les jours, mais le kimono se porte de plus en plus comme tenue de soirée. A cela s’ajoute une nouvelle tendance, mêlant traditionnel et moderne, consistant à transformer la matière première des kimonos en tenues plus citadines et contemporaines. 

  Mais peut-être n’est-ce là qu’un simple effet de mode. Seul l’avenir pourra dire quelle part de tradition survivra aux grands changements qui s’annoncent… 

  Egarés depuis près d’un siècle et demi entre mondialisation et préservation des valeurs traditionnelles japonaises, l’avènement d’une nouvelle ère qui parviendrait à concilier les deux pourrait bientôt émerger du chaos actuel. Car tout en ayant créé une nouvelle culture typiquement japonaise, beaucoup s’éloignent du matérialisme et recherchent d’autres valeurs plus « saines » qui les amènent finalement vers les sources de leur culture : le zen et la recherche d’un éveil de l’esprit, une plus grande communion avec la nature… Le puzzle japonais pourrait bien arriver à son terme…

   Bon ça manque un peu de sel et de piquant, et cela fait un peu trop scolaire à mon goût; mais laissons la personalisation du projet pour après. Pour le moment, la seule chose qui compte est de montrer l'aspect sérieux et d'en présenter les grandes lignes...

 

PHOTOS 19 Mars 
PHOTOS 22 Mars 

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Samedi 18 mars 2006

  Le dernier jour à la clinique de Toda. Deux sœurs viennent m’offrir chacune une carte postale en guise de cadeau d’au revoir. Je sers la main de mon pote dont je comprends rien à ce qu’il dit et il commence à jouer au jeu des pouces. La grand-mère pleure toujours dans son coin… Finalement au moment de partir, je passe plus de temps à dire au revoir personnellement à plusieurs patients, et ne fait qu’un bye bye général envers l’équipe d’infirmiers avec qui je n’ai finalement pas tissé de liens. 

  Dans le train qui me ramène à Tôkyô, je repense à plusieurs anecdotes que je n’ai pas eut le temps d’écrire. Lors d’une scène où je devais entrer dans un bar et descendre trois personnes, on m’avait bien stipulé de cacher mon pistolet tant que j’étais dans la rue, car à deux pas de là se trouvait un repère de yakuza, sous le nez desquels il ne valait mieux pas agiter de flingues, aussi faux soit-il. On s’attend même à les voir débarquer en entendant le bruit des balles à blanc, mais on n’en voit pas moignon de bout coupé. 

  Autre évènement qui m’a conforté dans l’idée d’abandonner le second degré avec les japonais. Je m’apprêtais à jouer une scène où, dans une pièce au lit défait, arborant mon plus beau marcel, je devais payer une prostituée. Mais je n’avais pas encore rencontré l’actrice qui jouait le rôle. Quand elle arrive, c’est une adorable jeune fille d’une vingtaine d’années que je rencontre. Comme je suis un peu timide, je tente de l’humour histoire de briser la glace. Ma première phrase envers elle est donc « Alors c’est comment le métier de Call-girl ? ». Et là je vois son visage se décomposer, elle se met à bafouiller qu’elle n’est pas call girl. Je jette un œil désespéré vers les cinq autres personnes qui nous entoure, mais aucune ne sourient et nous regarde avec une perplexité silencieuse et gênante. Je me vois donc forcé d’expliquer que c’est de l’humour français. Et comme personne ne sourie toujours pas. Je suis obligé de m’excuser et de me couper un doigt sur place ! Le plus étonnant est que cette fille discrète et timide, se transforme totalement dès que la caméra commence à tourner, se dévergondant dans son rôle, et redevient instantanément sage comme une image dès que la caméra s’est arrêtée. Une vraie actrice ! 

  Dans le train, je regarde le film monté sur mon portable en notant ce que l’on peut améliorer. Je ne m’en rends pas tout de suite compte mais on a fait une grosse bourde. Dans une des scènes, on a inversé les chambres des personnages. Je rentre dans la chambre de la fille, et elle dans la mienne. C’est donc une scène inutilisable. Heureusement elle est peu importante et très courte. Mais on est quand même très con car personne ne s’en est rendu-compte ! 

  Depuis j’ai entamé la préparation du tournage en France de Sakura no kage ainsi que sa publicité. Au moins un journal devrait venir sur le tournage et réaliser un article à ce sujet. Il faut aussi que je trouve quelques acteurs, mais comme je ne suis pas sur place, la Commission du Film d’Auvergne va m’aider à trouver des comédiens et à les contacter par mail. Il faudra donc que je m’organise à distance pour que tout soit prêt à tourner quand on arrivera à Clermont-Ferrand. 

  Enfin, une heureuse nouvelle, mon court-métrage Katremille Cinsenvintedeu, qui m’est le plus chère mais qui n’avait jamais eut de succès jusqu’ici, à été sélectionné avec neuf autres courts-métrages pour être projetés en compétition au Festival du Film Web d’Oloron Sainte-Marie. J’y suis qui plus est cordialement invité durant trois jours, avec au programme : diffusion d’autres courts-métrages hors compétition, rencontre avec la presse et le public, puis diffusion des courts-métrages et remises des prix. Ce qui me fait un bon mois chargé : 4 Avril : Retour du Japon ; 6 Avril : Festival d’Orléans pour le concours de Scénario ; 9 Avril : Festival asiatique de Tours pour la diffusion de Tenshi to Akuma ; 10 au 16 Avril : Tournage à Clermont-Ferrand ; 28 et 30 Avril : Festival d’Oloron Sainte Marie… Je voulais tourner un court-métrage au mois d’Avril mais je devrais sûrement attendre le mois de Mai. Quoi qu’il en soit, pas le temps de chômer. Le jour où l’argent sera au rendez-vous de toute cette dose de travail j’avoue que je n’en serais pas fâché…

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Mercredi 15 mars 2006

  Ah les mecs ! Tout seul ça fait n’importe quoi. Ce matin je n’avais plus rien de propre à porter. Le montage véhémente de la veille nous ayant entraîné jusqu’à trois heures du matin j’ai complètement zappé de jouer à la blanchisseuse. Et ce matin je suis obligé de fouiller dans mon sac de linge sale, de sentir mes chaussettes pour voir celles qui puent le moins. C’est honteux d’avouer ça mais j’avoue que ça me fait marrer. J’ai quand même la chance par la suite de pouvoir utiliser la machine à laver de la clinique de Toda, mais comme on est deux mecs, je me rendrais-compte le lendemain que certains vêtements ont rétréci au point de faire passer le costume de Spiderman pour des vêtements bouffants. 

  Quoiqu’il en soit, trois jours durant c’est atelier montage. On prend à peine le temps de manger, avalant sandwichs et sushis à emporter sur place. On partage de temps en temps le repas dans la cantine de la clinique où je suis maintenant des leurs. Une des patientes de Toda, sérieusement atteinte, viens s’asseoir à côté de moi pour me dire qu’elle m’aime. Merci c’est gentil. Ah tiens elle me caresse les poils des bras, largement apparent puisque les manches longues de mon t-shirt me remontent maintenant jusqu’aux coudes, en me disant qu’ils sont beaux (mes poils, pas mes bras !). Puis elle tire dessus en me demandant si ça fait mal. Au même moment j’ai mon pote au langage incompréhensible qui surgit derrière moi et entreprend de me masser sans prévenir, de façon virile mais efficace. Tout ça est bien sympa mais je suis quand même en train d’essayer de manger. Toda le leur fait comprendre et ils s’en vont. Je découvre à trois chaises de mois une grand-mère, le regarde dans le vide, extrêmement triste. Elle tourne vers moi un regard dénué de quoi que ce soit, regarde à nouveau devant elle, puis s’effondre sur la table, tête dans les mains, en pleurant. Bon ça y est j’ai plus faim moi ! 

  Le troisième soir, ayant fini plus tôt que d’habitude, vers 22h, j’en profite pour aller courir. Très vite je sors de la ville et me retrouve sur des petites routes de campagne, bordées de forêts de bambous, baignant dans la lumière de cette nuit sans nuages. Tout en courant, j’écoute les morceaux de piano qui m’ont servit à écrire et interpréter le film que l’on a tourné. Ce soir je ne sais finalement pas qui est en train de courir à ce moment même. Est-ce Pierre ou Guillaume ? Créer et jouer ce personnage m’a permis de mieux me trouver et de mieux me comprendre. Sans doute me suivra-t-il toujours à partir de maintenant… Mais finalement tout ça est trop sérieux et manque un peu de rythme, et à trop se frotter le bambou on finit par le casser. Changement radical. Bye bye piano mélancolique, bonjour les Village People pour ma part d’homosexualité refoulée et pour mon goût de la simplicité comique. Les jambes doublent leur rythme tandis que les Village People chantent « We are who we are », et je suis bien d’accord avec ça ! 

  Finalement au bout de quatre jours, on achevé et  parachevé le montage et trouvé même le temps de tourner deux scènes additionnelles. On est vraiment tous les deux extrêmement satisfait du résultat et l’on a plus que hâte de tourner les scènes en France et que Mikiko HASEGAWA nous compose une musique magnifique pour que l’ensemble soit parfait ! Mais tout d’un coup je m’aperçois d’un sentiment de légèreté et de sérénité que je n’avais pas ressenti depuis des années. Car maintenant je peux mourir. Jusqu’ici j’étais obsédé quotidiennement par l’idée que si je venais à décéder tout à coup, ma vie n’aurait eut aucun sens. Mais maintenant que j’ai réalisé cette œuvre, même si je meurs demain, je n’aurais pas vécu pour rien. Bien sûr je souhaite avoir l’occasion d’en réaliser beaucoup plus et de me perfectionner, et sans doute est-ce un peu difficile à comprendre, mais un poids énorme qui était sur mes épaules s’est envolé. 

  Pour fêter cet achèvement, Toda s’est absenté 1h30 pour son travail et m’a laissé en compagnie d’une patiente aux yeux inquiétants qui m’a abreuvé de questions sur la France. Elle avait fait toute une liste qu’elle avait préparé où aux habitudes des français, se mêlaient mardi-gras, Pâques, la salutation… Je ne sais même pas comment j’ai fait pour tout comprendre et pour parler en japonais durant plus d’une heure. Mais au final elle était contente et moi j’avais mal au crâne. On ne peut pas tout avoir dans la vie ! 

  Et enfin triste nouvelle, mon poisson cauchemar a du passer l’arme à gauche, ou plus sûrement à la casserole, car depuis que je suis revenu il n’est plus là. Ils ont bien essayé de me le cacher en mettant un autre poisson à sa place, mais on ne me la fait pas, ce n’est pas le même ! Au revoir donc vilain poiscaille, j’espère que mes cauchemars sont morts avec toi.

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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