Après m’être tapé
Après m’être tapé
A ceux qui pourraient penser que je finirais par me lasser du francojaponisme je prouve l’inverse en persistant et signant. J’ai récemment lié amitié avec un couple franco-japonais, j’ai nommé Gauthier et Hiroko, expatriés de force sur Clermont-Ferrand pour des raisons qui les regardent mais qui malheureusement vont s’en enfuir d’ici un mois.
Afin d’immortaliser notre amitié, et surtout parce que Gauthier a bien plus la gueule et la personnalité d’une rock-star que d’un contrôleur des impôts, je leur ai proposé de tourner un court-métrage ensemble et dont ils seraient les vedettes. J’ai pris goût avec Toda à diriger des acteurs amateurs, dont le premier était moi-même, et je trouve que cela a un certain charme. Bien sûr, à moins de tomber sur un acteur né qui s’ignore, il faut ensuite savoir ne pas demander l’impossible, limiter les dialogues et les sentiments trop complexes, mais cela reste une expérience très intéressante autant pour moi envers la direction d’acteur que pour eux.
Toujours est-il que cela faisait quelques temps que j’y réfléchissais et hier le sujet est tombé. J’y ai travaillé une partie de la journée, et, ayant retrouvé Gauthier et Hiroko pour manger le soir, leur ai expliqué le contenu et ils ont eut l’air bien emballés. Sans vous dévoiler encore le sujet, il y aura encore des dialogues en français et en japonais, la moitié des personnages seront français et l’autre japonais. Et comme j’y ai pris goût, que c’est devenu une véritable drogue, et que j’ai envie de tester plus en avant mes capacités d’acteur, je me suis attribué un rôle. Et comme ma femme m’avait agréablement surpris lorsqu’elle avait joué pour moi dans Tenshi to Akuma, elle a été embauchée d’office pour jouer dedans.
Et dès aujourd’hui j’ai commencé à filmer alors que je n’ai même pas écrit le scénario. J’ai profité du fait que Hiroko participait à un match de Soft Ball (Base ball féminin) pour filmer quelques scènes d’elle jouant ou de Gauthier l’observant. J’ai même volé une ou deux scènes de leur simple vie de couples, pendant qu’ils discutaient de choses et d’autres. Une amie japonaise à eux, Hiromi, étant venue leur rendre visite, j’en profite aussi pour la filmer. Pas de pitié ! Je verrais ensuite ce qu’il sera possible d’utiliser ou pas mais cette méthode me plaît de plus en plus. Et puis je m’aperçois que j’ai énormément appris en bossant avec Toda. Non seulement j’ai acquis une grande confiance en ma réalisation mais je laisse beaucoup plus l’inspiration guider mes plans. J’ai hâte de voir ce que donnera ce court-métrage qui vient après un nouveau tournant dans ma carrière et après une foule d’expériences aussi enrichissantes que diverses. Mais je mets la charrue avant les bœufs car faudrait d’abord que je rédige le scénario. Allez hop, c’est parti !
La vie en France a repris son cours « normal ». J’attends toujours avec impatience les réponses pour les différentes bourses que j’ai demandées, réfléchissant à une ultime solution dans le cas où tout s’avèrerait négatif…
Mais même en France je continue à voir mon travail être connecté au Japon. Un ami à moi, Ho-Duy, m’avait contacté alors que j’étais au Japon pour me demander de participer à une « ouverture sur la culture japonaise » organisée par la bibliothèque de la ville de Riom, et devant se dérouler durant un mois au début de l’automne. Toujours intéressé pour faire partager mes humbles connaissances sur le Japon, j’avais évidemment répondu d’accord.
Et aujourd’hui je me rends à Riom pour rencontre l’instigatrice de ce festival, Brigitte Bessot. Le projet n’en est encore qu’à son ébauche, donc beaucoup d’éléments sont flous et restent à déterminés, mais dans l’ensemble il y aura des ateliers d’initiation à l’origami (mené par Ho Duy), à l’ikebana, à la cérémonie du thé, des conférences sur la littérature japonaise, sur les
mangas… Ma participation reste également à développer. L’idée principale est d’intervenir sur l’histoire du cinéma japonais. Après la forme est à définir. Est-ce que ce sera une conférence ? Est-ce que j’interviendrais avant la projection de films japonais ? C’est à moi de proposer et de voir selon les possibilités. Il est aussi question d’un atelier vidéo où les participants devront réaliser un court-métrage en rapport avec le Japon. Quelqu’un encadre déjà cet atelier mais il est aussi question que je puisse y participer.
Evidemment ce n’est pas avec cela que je vais gagner ma vie, mais cela reste très intéressant pour moi qui souhaiterais, dans un lointain avenir, être un Docteur Es Japon et faire des conférences à ce sujet. Donc commencer dès aujourd’hui sur cette voie est une expérience que je souhaite acquérir, surtout que rédiger une conférence serait un bon exercice préparatoire pour mon documentaire.
Seul soucis, je ne sais pas quand je devrais intervenir et il se peut que je doive partir au Japon début Octobre. Ma femme comptant intégrer une école d’interprète au Japon ver mi- Octobre je souhaiterais partir en même temps qu’elle, mais cela dépend des réponses obtenues pour les aides demandées et des projets montés d’ici là, et actuellement je ne suis pas en mesure de savoir à partir de quand je retournerais au Japon. Mais il y a également un évènement particulier vers la mi-octobre au Japon auquel j’aimerais participer mais sur lequel je préfère garder le secret en attendant d’être sûr de pouvoir y participer.
Donc, pour ne pas changer, rien de défini mais un sujet intéressant en perspective.
Après près de deux mois et demi à travailler sur le film à toutes les étapes, à parler en japonais jusqu’à s’en faire péter le crâne, un simple moment de détente et de repos avec les amis retrouvés en France est la simple et juste récompense que j’attendais.
Aujourd’hui est le dernier jour de tournage. On retrouve la journaliste de Clermont-Première mais apparemment il y a eut mésentente. Selon moi elle devait nous suivre en voiture jusqu’au village où l’on devait tourner, mais elle avait compris que l’on tournait à Clermont-Ferrand… Donc changement de programme. Elle grimpe dans la voiture avec son énorme caméra, et moi je démarre sans trop savoir où je vais. Je réponds à ses questions sur le film tout en essayant de structurer un nouveau planning dans ma tête car tout est chamboulé…
Le plus simple étant encore de laisser la voiture dans un parking et de chercher un lieu où tourner à pied en marchant dans les petites rues, je m’enfonce donc dans les profondeurs d’un parking sous-terrain. Et tout à coup, en sortant de la voiture, je me dis qu’ici est le lieu idéal pour tourner une scène où le personnage que joue Toda recherche une voiture que l’on a préparé pour lui (un flingue l’attend dans la boite à gants). Je le propose à Toda qui est tout de suite emballé et déballe aussitôt sa caméra. On est un peu tributaire des voitures qui errent dan
s le parking, et je redoute qu’un gardien nous voie sur une caméra de contrôle mais tout de passe sans encombre. La journaliste, Laetitia, nous a filmés durant toute la durée du tournage puis m’interview à la fin.
Remonté à la surface, nouveau problème. La scène que l’on va jouer maintenant devait se jouer dans l’après-midi et je n’ai pas les vêtements adéquats. Pour expliquer brièvement, je devais jouer un second rôle où l’on aurait vu juste mes jambes et ma main. Mais le problème est que je porte le pantalon et les chaussures habituelles du personnage de Pierre. Donc ça risque de foutre le bordel dans le film. On se retourne alors vers l’innocente Yuka qui nous avait accompagné pour servir d’interprète. Et hop la voilà dans le film à jouer une (jolie) silhouette de
dos, le temps de déposer des clés près de Toda. Jean-Michel, le photographe du magazine Demain Clermont, débarque subitement de je ne sais où avec son appareil-photo. Est-il devin ? En fait la fenêtre de son bureau donne sur la place. Il en profite donc pour prendre quelques clichés supplémentaires.
Après le repas, on se rend à Radio France Bleue. Pas grand-chose à dire à ce sujet là. Le journaliste, Laurent Boucry, nous accueille chaleureusement et nous interview durant un petit quart d’heure, Yuka servant à nouveau d’interprète. Maintenant on commence à être rodé, les questions ayant été souvent les mêmes : comment nous sommes-nous rencontrés ? Comment est-venu l’idée du film et de cette collaboration ? Pourquoi avoir choisit Clermont-Ferrand et que pense Monsieur Toda de cette ville ? L’interview finit je questionne sur la sa diffusion mais aucune date n’a encore été décidée.
L’heure tourne, le soir approche, et l’on a encore quelques scènes à tourner. On s’en va dans la campagne afin de tourner quelques prises où je flingue à tout vent. J’ai beau tendre le bras autant que possible pour que le
pistolet ne me décolle pas les tympans mais au bout d’une quinzaine de détonation j’ai de sérieux problèmes d’audition et je me mets à marcher sur les mains.
18h30. On est revenu à temps pour voir les news de Clermont-Première. Le journaliste annonce les titres pêle-mêle et parle d’un film franco-japonais. Il développe les titres puis arrive enfin au sujet qui nous intéresse. Je ne sais pas si ça lui fait vraiment plaisir ou s’il se fout de notre gueule mais en tout cas il a énorme sourire en parlant. Puis le court reportage est lancé. Il dure à peine deux minutes. On nous y voit tourner dans le parking avec une courte interview de moi puis sur la place avec une interview de Toda. Et étonnamment, les dernières images sont pour Yuka qu’on ne savait même pas avoir été filmée. En bonne japonaise ça l’embête car elle n’aime pas être mise en avant, mais comme elle est belle moi je suis plutôt fier.
La nuit est tombée, il est près de 22h. Toda et moi nous promenons encore avec la caméra pour deux ultimes scènes. Et puis tout est enfin? fini. Je suis un peu triste de dire au revoir au personnage de Pierre. Même si je sais qu’il m’accompagnera tout le temps désormais, j’ai pris énormément de plaisir à l’interpréter et j’espère avoir pu lui donne suffisamment de vie. Il y a certaines scènes tournées tout au début que je souhaiterais pouvoir retourner, car ayant pris de l’expérience et de la confiance, je sais que je pourrais donner beaucoup plus maintenant, mais ce n’est malheureusement pas possible. J’espère que le résultat sera à la hauteur de mes attentes. Maintenant je dois confier la fin du montage à Toda. Je lui demande d’ailleurs, s’il a le temps, de tourner juste quelques scènes contemplatives de Kyôto et de la nature environnante.
Mais la tristesse laisse aussi place à l’excitation car de nombreux autres projets m’attendent maintenant…
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