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Samedi 15 avril 2006

  Après près de deux mois et demi à travailler sur le film à toutes les étapes, à parler en japonais jusqu’à s’en faire péter le crâne, un simple moment de détente et de repos avec les amis retrouvés en France est la simple et juste récompense que j’attendais.

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Vendredi 14 avril 2006

  Aujourd’hui est le dernier jour de tournage. On retrouve la journaliste de Clermont-Première mais apparemment il y a eut mésentente. Selon moi elle devait nous suivre en voiture jusqu’au village où l’on devait tourner, mais elle avait compris que l’on tournait à Clermont-Ferrand… Donc changement de programme. Elle grimpe dans la voiture avec son énorme caméra, et moi je démarre sans trop savoir où je vais. Je réponds à ses questions sur le film tout en essayant de structurer un nouveau planning dans ma tête car tout est chamboulé…

  Le plus simple étant encore de laisser la voiture dans un parking et de chercher un lieu où tourner à pied en marchant dans les petites rues, je m’enfonce donc dans les profondeurs d’un parking sous-terrain. Et tout à coup, en sortant de la voiture, je me dis qu’ici est le lieu idéal pour tourner une scène où le personnage que joue Toda recherche une voiture que l’on a préparé pour lui (un flingue l’attend dans la boite à gants). Je le propose à Toda qui est tout de suite emballé et déballe aussitôt sa caméra. On est un peu tributaire des voitures qui errent dans le parking, et je redoute qu’un gardien nous voie sur une caméra de contrôle mais tout de passe sans encombre. La journaliste, Laetitia, nous a filmés durant toute la durée du tournage puis m’interview à la fin.

  Remonté à la surface, nouveau problème. La scène que l’on va jouer maintenant devait se jouer dans l’après-midi et je n’ai pas les vêtements adéquats. Pour expliquer brièvement, je devais jouer un second rôle où l’on aurait vu juste mes jambes et ma main. Mais le problème est que je porte le pantalon et les chaussures habituelles du personnage de Pierre. Donc ça risque de foutre le bordel dans le film. On se retourne alors vers l’innocente Yuka qui nous avait accompagné pour servir d’interprète. Et hop la voilà dans le film à jouer une (jolie) silhouette de dos, le temps de déposer des clés près de Toda. Jean-Michel, le photographe du magazine Demain Clermont, débarque subitement de je ne sais où avec son appareil-photo. Est-il devin ? En fait la fenêtre de son bureau donne sur la place. Il en profite donc pour prendre quelques clichés supplémentaires.

  Après le repas, on se rend à Radio France Bleue. Pas grand-chose à dire à ce sujet là. Le journaliste, Laurent Boucry, nous accueille chaleureusement et nous interview durant un petit quart d’heure, Yuka servant à nouveau d’interprète. Maintenant on commence à être rodé, les questions ayant été souvent les mêmes : comment nous sommes-nous rencontrés ? Comment est-venu l’idée du film et de cette collaboration ? Pourquoi avoir choisit Clermont-Ferrand et que pense Monsieur Toda de cette ville ? L’interview finit je questionne sur la sa diffusion mais aucune date n’a encore été décidée.

  L’heure tourne, le soir approche, et l’on a encore quelques scènes à tourner. On s’en va dans la campagne afin de tourner quelques prises où je flingue à tout vent. J’ai beau tendre le bras autant que possible pour que le pistolet ne me décolle pas les tympans mais au bout d’une quinzaine de détonation j’ai de sérieux problèmes d’audition et je me mets à marcher sur les mains.

  18h30. On est revenu à temps pour voir les news de Clermont-Première. Le journaliste annonce les titres pêle-mêle et parle d’un film franco-japonais. Il développe les titres puis arrive enfin au sujet qui nous intéresse. Je ne sais pas si ça lui fait vraiment plaisir ou s’il se fout de notre gueule mais en tout cas il a énorme sourire en parlant. Puis le court reportage est lancé. Il dure à peine deux minutes. On nous y voit tourner dans le parking avec une courte interview de moi puis sur la place avec une interview de Toda. Et étonnamment, les dernières images sont pour Yuka qu’on ne savait même pas avoir été filmée. En bonne japonaise ça l’embête car elle n’aime pas être mise en avant, mais comme elle est belle moi je suis plutôt fier.

  La nuit est tombée, il est près de 22h. Toda et moi nous promenons encore avec la caméra pour deux ultimes scènes. Et puis tout est enfin? fini. Je suis un peu triste de dire au revoir au personnage de Pierre. Même si je sais qu’il m’accompagnera tout le temps désormais, j’ai pris énormément de plaisir à l’interpréter et j’espère avoir pu lui donne suffisamment de vie. Il y a certaines scènes tournées tout au début que je souhaiterais pouvoir retourner, car ayant pris de l’expérience et de la confiance, je sais que je pourrais donner beaucoup plus maintenant, mais ce n’est malheureusement pas possible. J’espère que le résultat sera à la hauteur de mes attentes. Maintenant je dois confier la fin du montage à Toda. Je lui demande d’ailleurs, s’il a le temps, de tourner juste quelques scènes contemplatives de Kyôto et de la nature environnante.

  Mais la tristesse laisse aussi place à l’excitation car de nombreux autres projets m’attendent maintenant…

  

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Jeudi 13 avril 2006

  Ce matin dès le réveil je vais acheter le journal La Montagne. Je descends à l’épicerie au bas de chez moi, prend un exemplaire, l’ouvre et, stupéfaction, l’article est en deuxième page, avec une grande photo en couleur. J’en suis bouche bée. Je m’attendais à une brève chronique en noir et blanc perdue parmi d’autres articles mais là l’information est inévitable. La première chose que vont voir les lecteurs de ce journal en l’ouvrant ce matin seront ma gueule et celle de Christian, avec un minuscule Toda en arrière-plan. Persuadé que j’étais de trouver un petit article, je n’ai même pas regardé la une du journal, où se trouve un petit encadré résumant l’article. Cela je ne l’apprendrais que le soir même après avoir jeté le journal, hormis l’article nous concernant bien entendu…

  L’article parle plus de moi que de Toda malgré mes efforts pour préciser que c’était une totale collaboration à tous niveaux. Mais je comprends que c’est plus intéressant pour le lectorat Auvergnat que de mettre en avant l’un des leurs. D’ailleurs, lorsque j’étais à Fukui, ville natale de Toda, un journal de la région, le Fukui Shinbun (shinbun voulant dire journal) a également écrit un article sur le tournage de Sakura no kage et ils avaient parlé plus de Toda que de moi car c’était lui qu’ils avaient besoin de mettre en avant pour attirer l’attention. Donc la symétrie est parfaite ! Par contre sur toutes les photos qu’avait pris le journaliste après nous avoir interviewés, il en a choisit une où j’avais une gueule de terroriste. Pas la peine de se demander pourquoi je joue un tueur. Reste quand même que mon premier article a été publié dans un journal japonais, non français, et que cela représente pour moi une juste rétribution après tout ce temps à lier mon travail avec le Japon.

  Après cette courte digression vers le passé, comme d’autres vont s’acheter un croissant le matin, moi je prends ma voiture pour aller acheter un litre de faux sang. Il y a des gens comme ça qui ne savent pas avoir une vie ordinaire.

  Le Toda récupéré, on rentre à mon appartement pour y tourner de nombreuses scènes de vie quotidienne du personnage. A peine arrivé je reçois un coup de fil de Clermont-Première, la chaîne télé de la ville, qui après avoir lu l’article dans le journal souhaite faire un petit reportage. Comme les scènes d’aujourd’hui sont toutes prévues dans mon appartement et que le décor n’est pas particulièrement enthousiasmant, je donne rendez-vous pour le surlendemain où nous tournerons en ville. Une ou deux scènes tournées et le téléphone sonne à nouveau. Cette fois c’est Radio France Bleue qui souhaite nous interviewer. Même chose, je prends rendez-vous pour le surlendemain.

  Enfin arrive une des scènes clés du film. Dans cette scène je dois être torse nu. Cela fait deux mois que je me suis préparé pour cette scène. Comme je m’étais bêtement coincé le dos au mois de Décembre en voulant jouer à Hulk avec une porte de garage de plusieurs centaines de kilos qui refusait de s’ouvrir, j’avais été privé de sport pour un bon mois en même temps que les fêtes de fin d’année m’engraissait comme une oie. Durant mes deux mois au Japon, j’ai donc fait un régime, courut énormément, fait des pompes et des abdos presque tous les jours, parce qu’un tueur avec du bide ça ne fait pas bon genre. Et après ces deux mois de privation et de sueurs, on décide finalement que de me montrer de dos sera plus impactant… Sans commentaires !

  La journée d’aujourd’hui se finit tôt car nous avons une sortie de prévu. Il ne nous reste plus que quelques scènes à tourner maintenant. La fin approche à grand pas et j’espère que ce film en sera un pour nous.

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Mercredi 12 avril 2006

  Le jour s’est levé il y a à peine quelques heures. Clermont-Ferrand est encore drapée de sa brume matinale. Dans les hauteurs à l’extérieur de la ville, je grignote un sandwich. Un homme à casquette et moustache au faciès purement français fait son footing. Il passe près de moi puis s’en va par un petit chemin. Je jette mon sandwich au sol, met mes gants en cuir et attend son retour. L’homme revient, courant à un bon rythme malgré son âge. De là où il est il ne peut pas me voir. Je me positionne soudainement devant lui. Il s’arrête, surpris. Ses yeux s’écarquillent lorsqu’il aperçoit le pistolet que je pointe vers lui. La seconde d’après il tombe à terre, touché au ventre. Je fais quelques pas autour du corps puis tire une seconde balle dans sa tête pour m’assurer qu’il ne se relèvera pas. Tranquillement, je fouille dans sa poche, trouve un portable, compose un numéro puis repose le cellulaire dans la main du macchabée sans attendre la réponse. Tout a été fait avec précision. Je peux maintenant partir…

  Et la scène est finie. J’aide le cadavre nommé Christian Eustache à se relever, tandis que Toda range la caméra. Nous sommes très contents de la scène. Ici la vue sur Clermont est imprenable et c’est bien pour ça qu’on l’a prit, et Christian a été vraiment parfait. Je ne l’ai véritablement rencontré que le matin même. Je l’avais choisit puis contacté grâce à des fiches que m’avait fait passer la Commission du Film d’Auvergne lorsque j’étais au Japon. Pour bien expliquer le rôle et ses tenants et aboutissant je n’ai eut que le court trajet entre mon appartement et le lieu de tournage.

  Ce matin trois « invités » assistent au tournage. Aurélie, journaliste pour le quotidien La montagne, Thierry Lindauer, photographe pour La Montagne , et Jean-Michel Geugnot, photographe pour le magazine Demain Clermont. Cela fait beaucoup de voyeurs pour un meurtre mais c’est plaisant de voir que ce projet de film est suffisamment intéressant pour attirer la presse. Tandis que l’on discute avec Toda de la scène où que je m’adonne à mon passe-temps favori, le meurtre de moustachu à casquette, nous sommes à notre tour mitraillé par les engins impressionnants des deux photographes, et ce malgré le froid quasi hivernal de ce matin d’Avril…

  Nous offrons le repas de midi à Christian comme seule rétribution pour son bon travail… Ah les joies du cinéma indépendant ! Christian est vraiment sympathique et passionné par le cinéma. Il me raconte comment il avait aidé le réalisateur des Choristes, lorsqu’il était venu tourner le dit film dans la région. Christian lui a déniché tout un tas de lieu et l’a aidé à de nombreux niveaux. Il a d’ailleurs joué deux rôles de figuration dans Les choristes, et il récemment joué dans Jacquou le Croquant. Avec des gens aussi passionnés et plaisant c’est un véritable plaisir de travailler et j’espère bien recommencer à l’avenir.

  L’après-midi est maintenant dédiée aux scènes « volées » dans Clermont-Ferrand. Nous ne disposons d’aucune autorisation de tournage et comme les flics sont plutôt du genre tatillon et portés sur la question con, on se fait aussi discret que possible. On se promène au hasard des rues avec Toda et quand on en trouve une qui nous plaît, on filme un bout puis on repart ni vu ni connu. Ce qui rend le jeu est d’autant plus amusant est que, Toda et moi jouant tous les deux dans ce film, on est tour à tour devant puis derrière la caméra, choisissant quelle rue ou quel lieu convient mieux à quel personnage.

  On fait ensuite un petit détour par la cathédrale de Clermont-Ferrand où l’on monte tout au sommet de la tour afin de prendre des vues d’ensemble de Clermont-Ferrand. Les escaliers en colimaçon grimpent sec et Toda doit s’arrêter quatre fois pour reprendre son souffle. Cela n’a rien à voir avec son âge car c’est quelqu’un de particulièrement énergique. La faute revient aux cigarettes qu’il fume à longueur de journée et dont je me passerais bien. J’avoue que c’est l’élément le plus désagréable de notre collaboration. J’ai constamment de la fumée dans le nez et en tant qu’ancien fumeur je ne le supporte d’autant pas… Mais enfin arrivés en haut de la cathédrale, la vue est sublime et cela me donne quelques idées pour mon prochain court-métrage que je compte dédier la sombre cathédrale de Clermont.

  Le temps passe vite et nous sommes déjà au soir. Au pied de la cathédrale nous attend François Papini, mon second meurtre de la journée. Comme pour Christian, je l’ai choisit via des fiches de figurants et c’est la première fois que je le rencontre. D’emblée il me demande si je lui conviens afin de ne pas me faire perdre mon temps si je n’aime pas sa bouille, mais moi elle me plaît particulièrement. Je fais la bourde de lui demander si ses origines sont italiennes et il me répond fièrement qu’il vient de l’île de Corsica. Je tente une blague « Pour un Corse ça tombe bien de jouer un rôle de mafieux ». C’est un pari risqué. Soit je le vexe et il s’en va, soit il se marre et ça crée une ambiance plus sympathique. Heureusement pour moi et ma grande gueule, il a le sens de l’humour et rigole beaucoup. Je traduis à Toda qui se met à rire fort également, et pour paraître con je me marre aussi. Les gens regardent étrangement ce trio hilare qui descend la rue.

  Une pizza enfournée et c’est parti pour la boucherie. Pour changer un peu, le crime de ce soir aura lieu au couteau. Toda met du scotch sur la lame afin qu’elle ne coupe pas véritablement la gorge de François, mais ni lui ni moi ne sommes rassurés. Heureusement, même après de nombreuses prises, la jugulaire François est intacte. Faut dire aussi que je me suis appliqué à passer la lame plus sur son nœud de cravate que sur sa gorge, de toute façon vu qu’il est de dos personne ne le verra.

  Quand je me couche enfin, j’ai l’impression d’avoir vécu plusieurs journées en une seule.

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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Lundi 10 avril 2006

  Enfin une bonne nuit de sommeil. Heureusement parce qu’il me faut ensuite accompagner Toda et Yoko au marché aux puces où je m’y emmerde sérieusement et où ils chinent de façon très attentive et surtout très lente. Au bout de presque deux heures, Toda achète des peintures à un étalage et comme à son habitude, me demande de le filmer pendant qu’il côtoie d’autres français. Les sacs du vendeur s’envolent, je les ramasse gentiment et il remarque que je filme. Il s’énerve subitement, débite des propos incohérents, comme quoi il n’est pas intéressé, qu’il ne sait pas ce que je vais faire de cette vidéo. Je lui réponds que c’est pour faire un porno mais ça n’a pas l’air de le calmer et il part de plus belle. Je lui dis donc de « reprendre ses sacs à la con » et m’en vais avant que la démangeaison dans ma droite ne s’abatte sur sa tronche d’abruti. Toda me rejoint juste après. C’est la première fois qu’il me voit énervé et il est très étonné car je suis toujours bonne patte d’ordinaire, souriant et blaguant la plupart du temps. Mais faut pas toucher au grizzli !
  Et enfin on quitte Paris. Plus je viens dans la capitale et moins je la supporte. Je m’y ennuie sérieusement, je n’aime pas la gueule fermée et maniaco-dépressive de la plupart des gens et dont le regard étincelle de vide, l’air pue, il n’y a pas de vert, ça me fatigue, j’y étouffe physiquement et intellectuellement. Même si Paris est un lieu avec lequel je devrais forcément collaborer à l’avenir pour mon travail, je me refuse à y vivre, quitte à me galérer en train plus que de raisons. Pour garder mon intégrité d’ours des montagnes, je ne peux pas vivre dans cet enfer de béton.
  J’ai deux heures et demi de train jusqu’à Tours pour digérer ma colère du matin et ma frayeur du midi, car ma femme aimant m’offrir des surprises, s’est payée une crise d’anémie et a presque perdu connaissance. Mais au moins cela a animé les regards des gens dans le restaurant où la scène s’est passée.
 A la gare de Tours nous attend Lucie Jurvillier, la directrice du festival de cinéma asiatique de Tours. C’est une petite femme d’une cinquantaine d’année, très sympathique et partageant étonnamment un grand dynamisme avec une certaine timidité, ce qui n’est pas sans me rappeler Jean-Pierre Gimenez, le directeur du festival Asiexpo avec qui elle me semble partager les mêmes qualités. 
  Le lendemain a lieu la projection pour laquelle nous sommes invités. La salle, déjà pas très grande, est à peine remplie à moitié. C’est apparemment la faute aux manifestations et boycotts anti CPE, car d’ordinaire la plus grande partie de l’audience du festival est constituée par les étudiants, mais dans les conditions anarchiques de ces dernières semaines, impossible de faire de la pub auprès d’eux dans les facs, et beaucoup, n’habitant la  ville que pour leurs études, sont rentrés chez leurs parents en attendant de reprendre les cours. 
  Malgré tout la projection est lancée. Elle commence par mon court-métrage, Tenshi to Akuma, puis est suivie de Snow in Spring de Toda. Et lorsque la lumière se rallume il est l’heure pour un peu d’exhibition et d’auto-promotion. On traverse la salle sous bien peu d’applaudissements en raison du petit nombre de paires de mains, puis face aux quelques personnes restantes, beaucoup ayant quitté la salle dès la fin de la séance, dans une ambiance presque intime, commencent les questions. La plupart portent évidemment sur le film de Toda, puisqu’étant un long métrage et qu’il faut relativement pertinent. Mais quelques questions se tournent tout de même vers moi, et en bon promoteur je ne loupe pas l’occasion pour glisser quelques mots sur Sakura no Kage. C’est la deuxième fois en trois jours que je me retrouve avec un micro face à un public et j’avoue me sentir plus à l’aise que la première fois. Mais il le fait que Toda et ma femme, en tant qu’interprète, soient à côté de moi, enlève beaucoup du côté intimidant. 
  Et maintenant je tiens à avoir quelques mots sur l’hôtel où l’on a logé durant deux nuits. Au départ, le gérant, quinquagénaire bedonnant et peu bavard me semblait du type ours sympathique. Arrivé dans la chambre, il n’y a qu’une dose de shampoing et qu’une serviette pour deux, et malgré ma demande il me dit que ce n’est pas possible, car c’est la femme de ménage qui a la clé de la pièce où sont rangés ce genre de chose. Il me ment effrontément, car on ne va pas me faire croire qu’il n’a pas de double des clés et qui plus est, quand en grave pénurie de PQ je lui en ai demandé, il est parvenu à trouver ses propres clés… Le plus « drôle » reste à venir. Le premier matin, lors du petit-déjeuner, il n’a pas cessé de nous observer. Il s’agissait d’un buffet censé être à volonté mais voyant que nous avions mangé plusieurs croissants et pains au chocolat il n’a pas hésité à reprendre le plateau, à aller le cacher dans une pièce voisine, puis à les distribuer au compte goutte aux clients suivants. Et le lendemain, pas de plateau remplit de croissants. Il nous en a donné un chacun. Pas plus. Qui plus est, ayant vu la veille que nous avions bu beaucoup de jus d’orange sans toucher au jus de pamplemousse, ce matin il n’a servit que du jus de pamplemousse. Pour les  trois japonais qui m’accompagnent son avarice et l’illogisme de son attitude est incompréhensible. En économisant quelques centimes, il perd quatre clients qui ne reviendront assurément pas dans son hôtel d’une part mais qui risque aussi de lui faire une mauvaise publicité. Je ne dirais pas son nom car ce serait mesquin, mais en tout cas je vous déconseille l’hôtel ROISNY !
  Et c’est donc en ce matin du 10 Avril que Yoko repart pour l’Angleterre, l’estomac retourné à l’idée des mauvais petits plats anglais qu’elle n’a cessé de critiquer durant tout le séjour, et que nous, nous partons pour Clermont-Ferrand où nous attend la fin du tournage.

par Guillaume Tauveron publié dans : Documentaire live
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