Dès le petit dej on retrouve l’ensemble des heureuses rencontres de la veille. Bon départ pour la journée. Arrivé à l’espace Jeliote, Gilles demande innocemment à Matthew au cas où s’il y aurait une caméra à nous prêter si on décidait de se lancer dans le speed filming. Une porte s’ouvre alors dans ma tête. On a donc une possibilité d’y participer. Et qui plus est je ne peux m’empêcher de voir un ours se cacher derrière les bouclettes de Gilles, sa carrure massive et son pull en peau de grizzli. Après avoir chacun donné une brève interview à une journaliste radio, Gilles, Guillaume et Florent s’en vont regarder un court-métrage projeté dans la salle, tandis que je m’isole avec un carnet et commence à griffonner des idées où Gilles se frotte le dos contre un arbre. Puis mes nouveaux potos reviennent. Gilles me demande ce que j’écris. Je lui explique donc, en me tenant à distance d’un coup de patte, que je
l’imaginerais bien en ours bougon. Et en quelques secondes on se met d’accord pour réaliser le film ensemble.
Le repas achevé, et quelques verres de jurançon dans le nez plus tard, on a la caméra et le gros de l’histoire, simple mais efficace : Mise en abîme. Des gars se prennent la tête sur le sujet du speed filming. Ils voient un ours par la fenêtre et ils lui courent après pour le filmer. L’ours se carapate avant de s’énerver et de vouloir se venger sur l’instigateur de ce sujet à la con, Mr Poulpe… En cours de route Roberto nous a rejoint, ce qui fait que l’on est quatre réalisateurs sur ce coup là.
On tourne immédiatement la scène du début et la scène de la fin nécessitant Mr Poulpe. On
habille également notre ours Gilles avec des oreilles découpée dans du carton et collée sur son crâne avec du gros scotch marron.
La seconde scène nécessitant un travelling à tendance rotative, on pique un caddie à Champion, Guillaume grimpe dedans, Gilles pousse le caddie, et ils tournent autour de la table où je suis assis en compagnie de Roberto et de deux autres gars rencontrés au festival, Xavier Landy et Camille Parra.
Et puis c’est parti pour la chasse à l’ours. Gilles et moi courrons comme des dératés sous le soleil et les regards des gens, amusés ou hallucinés devant cette scène surréaliste. On s’interrompt quelques minutes afin d’aller faire les figurants sur le tournage de Olivesimon (un gars qui sait qu’Ils sont là !) et qui nous permet
de secouer les grilles de la sous-préfecture en toute impunité, puis on reprend notre jogging. Tant que je lui cours après je ne prends pas trop de risques. Mais ensuite vient la scène où il me secoue comme un prunier en me criant dessus. Résultat : douche gratuite et l’arrière de mon pull déchiré, mais je m’en fous, c’est pour le « cinéma » et surtout je me suis vraiment marré.
Mais il est déjà 17h, et le montage est censé être fini pour 19h30. Heureusement on a dans notre équipe Florent Plisson qui est monteur, et qui nous fait un bon travail. On se permet de dépasser jusqu’à 20H30 histoire de
fignoler, Gilles et Florent y sacrifiant leur repas du soir.
Et le film est à peine encodé qu’il faut se rendre dans la salle pour la projection. Chaque film est suivi d’un discours du réalisateur. Le premier à être projeté est Loop. En attendant venir mon tour, qui ne sera que vers la fin, j’admire le travail des autres. Sincèrement je serais incapable de dire quel court je préfère tant ils ont tous leurs qualités particulières. Je suis scotché par la beauté des images et de la lumière de Gilles, surpris par la virtuosité de Guillaume, et j’ai la bouche grande ouverte devant le travail de Roberto qui a été vraiment modeste sur son travail où des dizaines de jouets prennent vie.
Puis vient le tour de la projection de Katremille et de mon discours bien foireux… M’étant fait ramasser, voire limite insulter, sur ce film par le passé, étant un film extrêmement personnel, et relevant d’une trop grande naïveté dans laquelle je ne me reconnais qu’à moitié aujourd’hui, je me sentais à poil devant le public et me voyait déjà lapider. Ce qui fait que j’ai sorti un discours d’une neutralité affligeante, achevé par un « je pense que je n’ai rien à dire de plus » alors que j’avais une foule de choses à dire sur ce sujet… Ce discours est le seul mauvais souvenir ce de festival… Je ferais mieux la prochaine fois !
La projection est finie. Le jury se retire et pendant qu’ils délibèrent est lancé la projection de la dizaine de petits films réalisés pour le speed filming. Ah quel plaisir de voir son travail être projeté. Gilles est vraiment irrésistible en ours et les gens se marrent. A part un seul film irregardable, tous les autres sont aussi marrants et truffés de bonnes idées.
Enfin l’heure des résultats. Guillaume Pierret remporte le troisième prix du public pour Le dernier Psaume, et le premier prix va à un Roberto incrédule et son Super Héros Blues. Roberto est un gars tellement gentil qu’il me demande par la suite si je ne suis pas trop déçu. Dans la bouche de certaines autres personnes cette phrase aurait pu être mal perçue et imprégnée d’une certaine auto-suffisance. Mais venant de Roberto c’est au contraire désarmant de sincérité et d’attention. Il en mérite d’autant plus le prix qu’il a reçu ! Quant à moi je ne suis pas déçu car être déjà sélectionné en compétition officielle était une reconnaissance suffisante. Et je savais que les erreurs de jeunesse de Katremille ne pourraient pas gagner l’unanimité du jury. Au final j’ai néanmoins énormément gagné avec ce festival : des amis vraiment extras, beaucoup de plaisir durant le week-end, beaucoup d’inspirations.
Donc merci à tous ceux que j’ai rencontré durant ce festival, participants comme organisateurs, et à l’instar d’un Terminator constipé laissez moi vous dire l : « I’ll be back ! ».
Les vidéos du Speed filming sont dispos à l'adresse suivante (notre film s'appelle Papa ours était en colère) :
http://festivaldufilmweb.free.fr/speedfilming/speedfilming.html